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Bonne ou mauvaise langue?

Par Martine Des Landes, traductrice agréée
livre-mauvaise-langue
Cassivi, Marc. Mauvaise langue, Somme toute, 2016, 104 p., ISBN 978-2-924606-14-8

 

En début d’année, Marc Cassivi, chroniqueur à La Presse, a publié Mauvaise langue, court manifeste critiquant les dérives de certains défenseurs de la langue française. L’auteur y dénonce le discours catastrophiste et manichéen des « chevaliers de l’Apocalypse linguistique » pour qui l’anglais est à la source du déclin du français au Québec.

Cet essai se veut également une riposte à ceux qui croient que le franglais, jugé « sabir honteux », est en voie de devenir, particulièrement à Montréal, la langue commune. « Le franglais n’est pas – et ne sera jamais – la langue commune des Québécois », de dire l’auteur. N’étant pas sociologue ni linguiste, il a choisi d’illustrer son propos en nous faisant part, non sans une pointe d’humour, de son propre rapport avec la langue. De fait, il nous parle de son ouverture à la langue de Shakespeare, d’abord au contact de sa gardienne anglophone, puis par son éducation dans l’ouest de Montréal et ses amitiés de jeunesse.

« Une langue n’est pas une prison »

Marc Cassivi est conscient de la fragilité du français au Québec et de l’importance de le protéger étant donné le statut minoritaire de ses locuteurs et du contexte géopolitique. Cependant, ce n’est pas, selon lui, en refusant d’apprendre l’anglais que l’on garantira la pérennité du français dans notre société. « Une langue ne peut pas être une prison », on peut la protéger sans verser dans la paranoïa, sans se replier sur soi-même. Il souligne en outre que l’on défend mieux sa langue lorsqu’on en parle une autre. Il cite à ce propos Alain Rey, l'un des rédacteurs du dictionnaire Le Robert, qui affirme « que ce sont les traducteurs qui emploient le moins d’anglicismes ».

La lingua franca de notre époque

D’après l’auteur, notre peur irraisonnée du bilinguisme et le refus obstiné de l’anglais illustrent un certain obscurantisme. À ses yeux, il s’agit d’un repli identitaire, dans un contexte mondial où l’anglais – langue véhiculaire ayant supplanté le français comme langue culturelle ou diplomatique – est la lingua franca du XXIe siècle.

L’anglais est à présent la langue des échanges internationaux, et il est impossible d’en faire abstraction. À des fins d’illustrations, il évoque Xavier Dolan et Cœur de Pirate (tous deux parlent un anglais impeccable), qui ont réussi à faire briller le Québec au-delà de la Francophonie. Sur cette nouvelle génération d’artistes, il dit : « Ils ne perçoivent pas le bilinguisme comme une menace à l’identité québécoise, mais une façon de faire rayonner la culture québécoise à l’étranger (…). »

En somme, l’auteur nous invite à une réflexion sur notre rapport à la langue et sur nos insécurités linguistiques. Sans pour autant nier les dangers qui guettent le français (mondialisation, suprématie culturelle des États-Unis), il nous exhorte à vivre dans une langue libérée de ses complexes.


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