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Une pionnière s’éteint

La nuit n'est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l'affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.


Paul Éluard

Solange Lapierre nous a quittés depuis déjà un mois alors que je prends la plume avec tristesse pour lui rendre hommage. Un grand esprit et une belle âme se sont envolés. Le souvenir de cette grande dame que fut Solange restera vivant dans mon cœur, comme dans celui de tous ceux qui l’ont connue, en personne ou à travers ses écrits. Puisque Circuit a été notre lieu de rencontre et un de ses principaux lieux d’expression, c’est ici que je choisis de témoigner de l’admiration que je lui vouais et de l’amitié que nous avons partagée.

J’ai fait la connaissance de Solange lorsque le comité de rédaction de Circuit m’a accueillie dans ses rangs en 2002. J’étais déjà une lectrice assidue de la revue, et les chroniques de Solange ont été parmi celles qui m’ont le plus motivée à m’y associer. Je n’étais pas peu fière de siéger aux côtés d’une journaliste de son calibre. Au fil de ma collaboration à Circuit, Solange m’a toujours encouragée à m’exprimer et m’a soutenue dans toutes mes initiatives. C’est elle qui m’a invitée à prendre la direction de Circuit en 2009, et je lui suis reconnaissante de cette expérience fort enrichissante. Solange a été pour moi un mentor et une précieuse alliée, et elle a contribué à révéler « la journaliste en moi ».

Solange Lapierre était animée d’une curiosité et d’une capacité d’étonnement intarissables. Pionnière de la revue Circuit, chroniqueuse prolifique et polyvalente, elle nous a fait découvrir d’innombrables ouvrages, auteurs et sujets tout au long des quelque trente années de sa généreuse collaboration. Outre ses entrevues avec des figures marquantes de notre univers langagier, comme Marie-Éva de Villers (nos 56 et 59) ou Alain Rey et Yves Garnier (no 96), elle nous a touchés par sa sensibilité à des sujets peu courants, comme les dangers du métier de guide-interprète en zone de conflit (no 104) ou la pratique des métiers langagiers dans le Grand Nord (no 89). Militante engagée dans la défense des langues minoritaires, elle nous a fait partager, entre autres, la richesse et la diversité des dialectes autochtones du Canada (nos 39 et 89) et nous a initiés à la complexité de la langue catalane (nos 59 et 97). Son vaste savoir a abondamment nourri la réflexion du comité de rédaction et ses relations avec des journalistes de renom, comme Agnès Gruda et Alexandra Szacka, ont valu à Circuit plusieurs articles en prise directe sur l’actualité langagière des médias.

« La langue que parle la majorité des 120 000 résidents nordiques n’est ici ni l’anglais, ni le français, mais une foule d’autres langues. Outre les plus répandues que sont le cri et l’inuktitut, il faut compter avec l’unuinaqtun, le slavey, le tlingit, et plusieurs autres, certaines parlées par des communautés entières, d’autres en voie d’extinction et connues de seuls quelques individus. »

Solange Lapierre – Introduction au dossier Tout au Nord, no 89

Je ne peux nous souhaiter à tous, collègues et lecteurs de Circuit, qu’une seule chose, que le plaisir de Solange Lapierre se poursuive encore longtemps pour qu’elle continue, avec toute la passion qu’on lui connaît et qu’elle sait si bien transmettre, de nous présenter ses découvertes et ses réflexions livresques et personnifiées sur la langue, les mots et la traduction.

Éric Poirier, traducteur agréé – Entre mémoire et présent, no 100

Passionnée de langue, Solange Lapierre a enseigné pendant plus de vingt ans divers cours de rédaction, de traduction et de stylistique à l’Université de Montréal. Elle a aussi été réviseure auprès de la Direction de la santé publique de Montréal pendant une quinzaine d’années. Par ailleurs, elle a collaboré à titre de chercheure, rédactrice et réviseure à plusieurs projets de documentaires de l’Office national du film, dont les derniers sont l’Arctique (2009), Langues en danger (2011), et Histoires francophones (2011-2012). De 1996 à 2002, elle a également collaboré en tant que coscénariste, chercheure, intervieweuse et narratrice à quatre autres documentaires qui ont remporté des prix prestigieux, dont André Markowicz, la voix d’un traducteur, réalisé par Anne-Marie Rocher (Prix spécial du jury, FIFA, Montréal; Prix du meilleur film, FIFAP, Paris, 1999).

À mes yeux, Solange incarnait un modèle d’intelligence, de culture, de clairvoyance – à la fois intellectuelle et affective –, d’intégrité, d’engagement, de persévérance et de dévouement au service de nos professions. C’était aussi une amie très chère. Par son écoute bienveillante et sa discrète empathie, elle m’a souvent donné la confiance nécessaire pour franchir des étapes, et nos conversations m’ont toujours éclairée dans mon cheminement.

Je pleure la perte de cet être d’exception qu’a été Solange, mais sa lumière continue de briller pour moi, comme pour tous ceux qui en ont partagé l’éclat.

Yolande Amzallag, traductrice agréée, ancienne directrice de la rédaction de Circuit

Témoignage de Michel Buttiens, traducteur  agréé, ancien directeur de la rédaction de Circuit :

« C’était une femme d’une grande sensibilité et une intellectuelle remarquable. Et puis, bien sûr, elle a fait partie des premiers artisans de Circuit et en a été pendant très longtemps un véritable pilier.
Salut, Solange, bon repos et un grand merci pour ton dévouement! »

Témoignage de Betty Cohen, traductrice agréée, ancienne présidente de l’OTTIAQ et présidente sortante de la FIT, ancienne directrice de la rédaction de Circuit
« Solange a apporté à Circuit une richesse intellectuelle supplémentaire, l'œil d'une collaboratrice suffisamment près de nous pour nous comprendre et suffisamment loin pour soulever les questions qui permettaient de tout mettre en perspective. Solange était pour moi la gardienne éditoriale de Circuit. Quand j'avais une idée, je savais immédiatement à son regard si j'allais dans le bon sens. Son amitié, sa rigueur et sa passion surtout, nous manqueront. »


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