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Il faut en parler…

Philippe Caignon, term. a., trad. a.

Les événements qui se sont produits dans les locaux de Charlie Hebdo ne nous ont pas laissés indifférents. Bien au contraire. Le comité de rédaction de Circuit a été bouleversé par la mort des journalistes et des policiers. Qui plus est, la suite des événements qui a conduit à des prises d’otages et au décès d’autres personnes, d’autres êtres humains, ont exacerbé notre douleur.

Bien entendu, nous nous posons toutes et tous la question du pourquoi. Les journaux et revues du monde entier abondent de réponses socioculturelles, historiques et politico-religieuses. Elles ont toutes une valeur inhérente. Toutefois, les solutions proposées révèlent un malaise humain essentiel : nous ne savons toujours pas comment réagir à l’extrémisme. De fait, nous devenons parfois extrémistes. Une réponse déroutante puisqu'elle a les mêmes racines que l'acte que nous dénonçons. C’est alors que l’humanité, notre humanité, perd sa voie et sa voix… car nous nous renfermons sur nous, nous n’allons plus vers l’autre et nous ne lui parlons plus. Il n’y a plus de dialogue. Et sans dialoguer, nous ne pouvons comprendre, nous comprendre!

Dans notre quête d’identité, nous finissons souvent par nous définir en mettant de l’avant ce qui nous distingue des autres, de l’Autre. Nous nous réclamons alors d’une idéologie politique, d’un mouvement social, d’une allégeance économique. Nous cherchons naturellement à nous rapprocher de ceux qui nous ressemblent le plus, car ils nous renvoient notre image, ce qui nous sécurise.

Nous avons ainsi fini par créer des frontières là où il n’y en a pas. Il s’agit de frontières floues, comme la race. En fait, l’humanité n’est formée que d’une seule race. Oui, nous sommes une espèce qui ne comporte qu’une seule race, mais qui s’extériorise par un arc-en-ciel de couleurs, qui se chante en milliers de langues, qui se raconte dans autant de cultures et qui célèbre son existence par ses croyances.

En fait, rien ne nous divise, tout nous unit. Notre richesse, c’est justement notre diversité. C’est en allant de l’avant, en découvrant comment notre humanité s’exprime par nos frères et nos sœurs du monde entier que nous allons nous comprendre en tant que personnes uniques, membres d’une race unique.

C’est ainsi que nous nous rendrons compte que devant la mort d’un enfant, d’un parent, d’une amie, d’une collègue ou d’une connaissance, nous réagissons toutes et tous de la même façon fondamentale : une atroce douleur, inscrite dans l’histoire de l’humanité, dans l’histoire de l’univers.


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