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L’OTTIAQ et le système professionnel du Québec

Par Philippe Caignon, terminologue agréé et traducteur agréé

En 1994, après des années de travail acharné de la part de nombreuses personnes courageuses, déterminées et patientes, la Corporation professionnelle des traducteurs et interprètes agréés du Québec devient officiellement un ordre professionnel : l’Ordre des traducteurs et interprètes agréés du Québec (OTIAQ). C’est une victoire magnifique pour ces langagiers, qui voient leur importance sociale et leurs qualités professionnelles reconnues par l’État québécois. Il s’agit aussi d’un grand honneur que les terminologues partageront six ans plus tard, soit en 2000… et c’est ainsi que l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) voit enfin le jour.

En tant qu’ordre officiellement reconnu, l’OTTIAQ entre dans le système professionnel régi par le Code des professions. En vigueur depuis 1973, ce code est en fait une loi-cadre qui règle l’ensemble du système professionnel de la province et qui traite surtout des ordres professionnels en statuant sur la « majorité de leurs pouvoirs et de leurs devoirs à l’égard du contrôle de la profession1 »

Le système professionnel est formé, d’une part, de l’Assemblée nationale et du gouvernement du Québec – notamment du Conseil des ministres – et, d’autre part, du Conseil interprofessionnel du Québec, de l’Office des professions du Québec ainsi que de 46 ordres professionnels.

Le Conseil interprofessionnel du Québec se définit comme « la voix collective des ordres professionnels du Québec ». Il agit à titre d’organisme-conseil auprès du ministre responsable de l’application des lois professionnelles, le ministre de la Justice, et auprès de l’Office des professions. Au sein du Conseil, tous les ordres sont représentés par leur président ou par un délégué désigné par leur conseil d’administration.

L’Office des professions, dont le mandat est défini par le Code des professions, relève quant à lui du ministre de la Justice. Selon l’article 12 de ce code, l’Office a pour fonction de voir à ce que chaque ordre assure la protection du public. En effet, les ordres n’existent pas pour sauvegarder les intérêts de leurs membres, ils ont été créés avant tout pour protéger le public. L’OTTIAQ respecte cette mission en veillant entre autres à l’application du code de déontologie qu’il s’est donné et en surveillant la façon dont ses membres exercent leur profession par des inspections régulières. Mais plus encore, de par les valeurs de responsabilité, de professionnalisme et de leadership qu’il défend, l’Ordre se doit d’être à l’avant-scène des débats sociaux et professionnels entourant l’usage de la langue.

Au Québec, 46 ordres encadrent l’exercice de 54 professions réglementées, parmi lesquelles figurent les avocats, les médecins ou encore les urbanistes. On peut s’interroger sur le fait qu’il y a plus de professions réglementées que d’ordres, or la raison est simple : les professions sont généralement regroupées par compétences. L’OTTIAQ, par exemple, est responsable de trois professions langagières distinctes : traducteur, terminologue et interprète. Ces professions ont comme point commun le transfert des éléments linguistiques et culturels d’une langue-culture à une autre. Pour sa part, l’Ordre des technologues en imagerie médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale du Québec compte quatre professions, soit technologue en électrophysiologie médicale, technologue en imagerie médicale dans le domaine du radiodiagnostic, technologue en imagerie médicale dans le domaine de la médecine nucléaire et technologue en radio-oncologie. Ici, la technologie médicale est au cœur de l’exercice professionnel.

Sur les 54 professions réglementées, seules 28 sont d’exercice exclusif, les 26 autres, comme nos trois professions langagières, étant d’exercice réservé. Ainsi, une personne peut légalement offrir ses services d’interprète sans être membre de l’OTTIAQ, à la condition, bien entendu, qu’elle n’utilise pas le titre d’interprète agréée réservé aux membres de l’Ordre.

Si vous êtes comme moi, vous avez certainement remarqué une incohérence juridico-professionnelle dans la mission fondamentale des ordres : celle-ci n’est pas collective, elle est seulement individuelle. Puisque tous les ordres professionnels ont pour mission de protéger le public, on est en droit de se demander pourquoi les 45 autres ordres n’exigent pas que les documents qu’ils rédigent ou que leurs membres écrivent soient traduits par des traductrices ou des traducteurs agréés. La protection du public doit s’appliquer partout, aussi bien dans les documents originaux que rédigent les quelque 390 000 membres des ordres, que dans leurs versions en d’autres langues. Or, seules les traductions que produisent les 2189 membres de l’OTTIAQ offrent cette protection.

Depuis des années, l’OTTIAQ travaille fort sur ce dossier. Comme nous le constaterons à la lecture du présent numéro de Circuit piloté par Caroline Mangerel, traductrice agréée, l’Ordre a réalisé quelques avancées à ce sujet. Nous verrons aussi dans ce numéro les raisons pour lesquelles il est important d’être membre de l’OTTIAQ et quels progrès sont attendus pour appuyer efficacement l’exercice de nos professions respectives.



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