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Prendre soin de soi

Philippe Caignon, terminologue agréé et traducteur agréé

La santé physique et psychologique des personnes que l’on côtoie au quotidien, comme les membres de sa famille, les collègues de travail ou les employé∙e∙s des services de transport en commun, reste autant un thème de conversation passionnée abordé en privé qu’un sujet de prédilection analysé dans les médias. En effet, les journaux radiophoniques et télévisés du Québec produisent une pléthore de reportages sur la santé publique. De surcroît, une multitude de chaînes YouTube et de comptes TikTok se spécialisent dans la diffusion de conseils santé tous azimuts, dans toutes les langues.

Difficile de se sentir bien

La société québécoise est constituée d’une myriade d’individus qui composent avec les hauts et les bas de la vie de manière différente et avec plus ou moins de succès. Une telle divergence de résultats reflète aussi bien une philosophie existentielle propre qu’une perspective communautaire. Par ailleurs, la maladie mentale, facteur tant familial que personnel, joue un rôle prépondérant dans la perception qu’on a de soi, des autres et des événements qui marquent l’histoire.

Depuis seize mois, les fluctuations de la pandémie laissent entrevoir un jour le retour à la « normale » et un autre jour le retour de la COVID sous une forme variante. De fait, on se sent déchiré entre un espoir triomphant et une angoisse résurgente. C’est alors « dur dur » pour la santé du corps et ce l’est davantage pour le bien-être de l’esprit, qui pour beaucoup n’était pas très fort dès le début de l’épidémie mondiale.

Une société déjà mal en point

En effet, avant que la COVID-19 ne frappe la province, nombre de personnes souffraient déjà d’anxiété. Les bibliothèques et les kiosques à journaux étaient remplis de livres et de magazines décrivant les ravages de ce mal silencieux. En 2019, la journaliste Laurie Noreau présentait l’anxiété comme « le grand mal du siècle1 ». Selon Noreau, les troubles anxieux étaient « les troubles de santé mentale les plus répandus1 ». Elle renchérissait en écrivant qu’au « Québec, une personne sur quatre vivra un épisode d’anxiété intense au moins une fois dans sa vie1 ».  D’autres autrices sonnaient l’alarme à propos du stress. Camille Lacroix en faisait d’ailleurs « le fléau de notre siècle2 ». À ces maux s’ajoutait la détresse psychologique que la docteure Christine Grou, psychologue et neuropsychologue, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, qualifiait en 2020 d’autre épidémie3. Dans son article, elle expliquait que les mesures prises pour protéger la population (de la COVID) propageaient malheureusement cette détresse psychologique. Elle redoublait sa déclaration en affirmant qu’aucun groupe ne semblait « à l’abri des contrecoups psychologiques liés à la pandémie3 ». 

De son côté, le ministère de la Santé et des Services sociaux publiait quelques études et chiffres sur la détresse psychologique, la dépression et l’anxiété dans son site web4. Même si les chiffres qui sont toujours affichés dans le site sont un peu vieillots, car ils présentent des données allant de 2008 à 2016, ils demeurent révélateurs. Ainsi, on y apprend que le tiers des femmes et le quart des hommes du Québec se situent « à un niveau élevé à l’échelle de détresse psychologiques4 ». On y mentionne également que les jeunes de 15 à 24 ans sont plus affectés par la détresse psychologique que les aînés de 65 ans et plus – une proportion de 36 % chez les jeunes contre 22 % chez les aînés. En fait, la détresse diminue avec l’âge : 31 % chez les 25 à 44 ans et 26 % chez les 45 à 64 ans. On pourrait se rassurer en se disant que plus on vieillit, mieux on est dans sa peau, mais ces chiffres cachent une autre réalité. Entre 2008 et 2016, on observe une augmentation de 7 % de la détresse chez les 15 à 24 ans et de 2 % chez les 45 à 64 ans. Il va de soi que la pandémie, comme le soutenait la présidente de l’Ordre des psychologues l’année dernière, n’a pas dû arranger les choses.

Le monde professionnel souffre aussi

Dès avril 2020, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux diffusait une réponse rapide sur la « détresse psychologique et la santé mentale du personnel du réseau de la santé et des services sociaux dans le contexte de l'actuelle pandémie5 ». Dans cette réponse, l’Institut constatait non seulement que ce personnel pouvait vivre « de la détresse psychologique et des problèmes de santé mentale5 » mais que des « facteurs liés à des caractéristiques personnelles et familiales, à des lieux de travail particuliers ou à des conditions organisationnelles5 » pouvaient aggraver la situation. 

En fait, ces facteurs sont communs à presque toutes les personnes qui travaillent à temps plein ou à temps partiel, qu’elles soient professionnelles ou non. Mais les membres de professions à haut niveau de stress sont particulièrement susceptibles de souffrir rapidement d’angoisse, de dépression ou de détresse psychologique.

L’Office des professions se fie aux ordres

L’Office des professions du Québec n’a pas le mandat de régir ou de garantir l’harmonisation des réponses des 46 ordres qu'il regroupe aux diverses situations fragilisantes affectant leurs quelque 407 000 membres. Par conséquent, l’Office s’en remet aux différents ordres pour fournir les renseignements appropriés à leurs membres. L’organisme publie néanmoins le lien du ministère de la Santé et des Services sociaux6 menant à de l’information générale destinée aux personnes travaillant dans un milieu professionnel.

L’OTTIAQ agit en conséquence

Sans contredit, l’OTTIAQ fait sa part. Ainsi, la foire aux questions sur la COVID-19 figurant dans la zone membre du site de l’Ordre7 présente des documents pertinents sur la façon de gérer les difficultés qui peuvent miner le bon exercice de nos professions. On peut notamment y lire : « Nous sommes rapidement passés de ‘‘comment se protéger et protéger les autres’’ à des thèmes comme l’isolement, l’anxiété, le stress financier, la conciliation télétravail et vie familiale, etc.7 ». Il faut également prendre note que le Programme d’aide aux langagiers (PAL) est toujours disponible en direct et en tout temps. Ainsi, chaque membre a droit à six séances par an. De plus, les partenaires de vie et les enfants à charge sont aussi admissibles au programme, même si certaines conditions peuvent s’appliquer pour eux.

Qui plus est, en automne 2008, dans son numéro 101, Circuit s’intéressait à la santé mentale des langagiers8. On trouve dans ce dossier des éléments de réponse, des astuces et des trucs qui sont toujours pertinents et qui s’appliquent parfaitement à la présente situation. D’une certaine façon, l’actualité de ce numéro, publié il y a presque 13 ans, reste bouleversante. Comme quoi certains sujets sont intemporels.



1) Noreau, Laurie (2019). « Anxiété, grand ma du siècle? » in Le Devoir. Page créée le 2 mars 2019 et consultée le 10 juin 2021. [En ligne]. https://www.ledevoir.com/societe/sante/548845/sante-anxiete-grand-mal-du-siecle

2) Lacroix, Camille (2019). Stop Stress: Le Stress, le fléau de notre siècle, autopublication, France.

3) Grou, Christine (2020). « Détresse psychologique: l’autre pandémie » in Le Journal de Montréal. Page créée le 7 novembre 2020 et consultée le 10 juin 2021. [En ligne]. https://www.journaldemontreal.com/2020/11/07/detresse-psychologique-lautre-pandemie 

4) Ministère de la Santé et des Services sociaux (2019). « Statistiques et données sur la santé et le bien-être – Flash surveillance ». Page modifiée le 6 mars 2019 et consultée le 11 juin 2021. [En ligne]. https://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/statistiques-donnees-sante-bien-etre/flash-surveillance/detresse-psychologique-en-quelques-chiffres/ 

5) Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (2020). COVID-19 et la détresse psychologique et la santé mentale du personnel du réseau de la santé et des services sociaux dans le contexte de l’actuelle pandémie. Page créée le 8 avril 2020 et consultée le 11 juin 2021. [En ligne]. https://www.inesss.qc.ca/covid-19/services-sociaux/la-detresse-psychologique-et-la-sante-mentale-du-personnel-du-reseau-de-la-sante-et-des-services-sociaux-dans-le-contexte-de-lactuelle-pandemie.html 

6) Ministère de la Santé et des Services sociaux (2019). « Professionnels - Maladies infectieuses - Coronavirus (COVID-19) ». Page modifiée le 23 décembre 2020 et consultée le 11 juin 2021. [En ligne]. https://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/maladies-infectieuses/coronavirus-2019-ncov/

7) Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (2021). [En ligne]. https://ottiaq.org/ 

8) Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (2008). « La santé mentale des langagiers », Circuit. Numéro 101. Montréal. [En ligne à la BAnQ]. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2404725?docref=yCbA6LTlQi1eo3sJAY0Dfw&docsearchtext=la%20sant%C3%A9%20mentale%20des%20langagiers,%20Circuit 



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