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L’interprétation s’adapte à un monde qui se transforme

Par Philippe Caignon, terminologue agréé et traducteur agréé

La profession d’interprète est essentielle au bon fonctionnement de notre société. Les interprètes sont en effet au centre de toute communication officielle, communautaire ou privée, de nature politique, économique, judiciaire, scientifique, technique ou encore médicale, qui s’établit entre des partis parlant des langues différentes.

Bien entendu, au Canada, les langues anglaise et française bénéficient d’un avantage certain puisqu’elles sont les langues officielles du pays. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle un grand nombre d’interprètes travaillent au Parlement d’Ottawa. Les femmes et les hommes politiques d’aujourd’hui doivent débattre de sujets complexes et variés dans un monde dont les frontières diplomatiques, économiques et culturelles s’ouvrent de plus en plus. Par conséquent, pour transmettre une information juste à leurs employeurs, les interprètes aussi doivent s’adapter à cette réalité mouvante.

C’est dans ce contexte que nous avons conçu le présent numéro de Circuit. Nous avons ainsi demandé à nos auteurs de nous dévoiler des aspects nouveaux ou encore peu connus de la profession.

Dès lors, il nous a paru logique de commencer par la formation que reçoivent les futurs interprètes. Malcolm Williams nous présente ainsi la Maîtrise en interprétation de conférence de l’Université d’Ottawa. Il nous dévoile les changements apportés aux critères de sélection des candidats et au parcours qu’entament les étudiants inscrits au programme. Continuant sur cette lancée, Sylvie Lambert nous explique les avantages d’une méthode pédagogique novatrice utilisée en interprétation : la déconstruction des compétences cognitives. L’objectif est bien entendu d’améliorer la performance professionnelle des diplômés.

Cette performance et la compétence qui la soutient intéressent justement Silvia Yáñez. En effet, Mme Yáñez prône l’établissement de lignes directrices claires pouvant servir à valider la compétence des interprètes qui travaillent dans les tribunaux. Pour elle, l’agrément est essentiel pour quiconque désire exercer la profession d’interprète judiciaire, surtout dans les langues non officielles, comme l’espagnol.

Parmi les langues les moins employées au Canada, certaines sont vraiment rares. C’est le cas du romani, langue encore oubliée par de nombreuses personnes, même si le peuple qui la parle souffre toujours de discrimination flagrante, et ce, dans le monde entier. Deborah Folaron nous présente donc trois interprètes qui travaillent avec cette langue et qui œuvrent en même temps pour son peuple. Le vécu professionnel de ces trois personnes est révélateur des enjeux de notre époque.

La place que nous réservons aux personnes sourdes et muettes dans les activités et les événements qui jalonnent notre quotidien constitue un autre enjeu de notre époque. L’interprétation en langue des signes est essentielle pour que tous s’émancipent et participent à l’avancement de notre société. Suzanne Villeneuve désire nous éveiller à cette forme d’interprétation en nous faisant d’abord connaître un programme universitaire dont on ne parle que trop rarement : le certificat de premier cycle en interprétation visuelle de l’Université du Québec à Montréal. Elle nous entretient ensuite du vécu des interprètes en langue des signes et des nouveaux horizons qui s’ouvrent à eux. Enfin, Joëlle Fortin traite d’un aspect rarement abordé de l’interprétation en langue des signes : la transmission de l’humour.

Nous espérons que ce dossier saura vous faire découvrir des aspects inusités de l’interprétation et vous enrichir d’idées nouvelles. L’interprétation est en effet une profession passionnante qui mérite d’être connue en profondeur par chacune et chacun d’entre nous.


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