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Travailler dans une entreprise de traduction audiovisuelle

Les bureaux de traduction audiovisuelle prennent des formes variées afin de s’adapter au marché. Sette Postproduction, entreprise montréalaise, a pour sa part choisi d’offrir notamment des services de sous-titrage pour malentendants et de vidéodescription (narration accompagnant les visuels pour les non-voyants) en plus de la traduction. Elle dessert principalement les productions télévisuelles. Circuit a rencontré Julie Bouchard, directrice du service de sous-titrage, traduction et vidéodescription, et Danielle Chaput, gestionnaire.

Par Jean-Philippe Thériault

Leurs parcours universitaires et professionnels

Julie Bouchard : J’ai obtenu un bac en cinéma à l’Université Concordia. Ensuite, j’ai fait une maîtrise en littérature et j’ai enseigné le français. Enfin, je suis arrivée dans les services de sous-titrage, j’y suis devenue rédactrice et, de fil en aiguille, me voilà.

Danielle Chaput : Mon parcours n’est pas du tout lié à la traduction. J’ai travaillé dans des boîtes liées aux médias et à la communication. J’ai étudié en droit, donc ça n’a pas trop rapport.

Julie Bouchard : Mais ça nous est utile parfois!

Danielle Chaput : Il y avait un service de transcription où je travaillais avant. Je pense que c’est plus cet aspect-là de mon ancien travail qui a intéressé mes nouveaux employeurs.

Les particularités de leur travail

Julie Bouchard : Nous voulons offrir un bon service à la clientèle, que les gens se sentent pris en charge dès le départ. En télévision, les échéances sont souvent très serrées; la mise en ondes est souvent très proche. Les clients ont besoin d’être rassurés par le fournisseur.

Danielle Chaput : Notre qualité principale, c’est de servir les clients rapidement, efficacement et calmement, de façon à ce qu’ils ne se rendent pas compte de la petite folie derrière leur projet. Ils ont généralement des délais précis et des contraintes particulières. Ils disent « écoutez, on a ça à faire » et nous, on trouve des solutions.

Circuit : Le travail [de traduction, de rédaction et de montage] est-il effectué par une équipe interne?

Danielle Chaput : Les traducteurs sont tous à l’externe. Ici, nous nous occupons de la réception des visuels et de la coordination de tâches comme le positionnement de la traduction dans un fichier de sous-titrage. Nos traducteurs pigistes ne savent pas nécessairement comment utiliser nos outils; des employés qui ont une formation en traduction effectuent donc le travail de positionnement à l’interne.

Julie Bouchard : Ce qu’il est important de se rappeler, c’est que les projets dans notre industrie ne marchent jamais exactement comme on le voudrait. Nous pouvons rencontrer des problèmes avec les visuels en plus des difficultés de langue. Dans notre domaine, il est important de savoir régler les contretemps audiovisuels — ce qui n’est pas le cas dans les autres domaines de traduction — en plus d’autres embûches tout en gardant son sang-froid.

L’état actuel de l’industrie

Julie Bouchard : Traduction et vidéodescription, ça va encore, les prix sont raisonnables. Cependant, en sous-titrage pour malentendants, qui représente la plus grande partie de notre production, il y a beaucoup de concurrence. L’année a été difficile.

Danielle Chaput : Nous avons notre niche. Je pense que chaque entreprise est bien définie dans le marché. Nous avons des spécialités différentes de celles de nos voisins. Par exemple, nous sommes surtout dans le secteur de la télévision. Nous traduisons principalement des émissions destinées à des festivals pour les vendre.

Circuit : Les progrès technologiques vous aident-ils?

Danielle Chaput : Je pense qu’ils aident, en effet.

Julie Bouchard : Cependant, c’est sûr qu’on s’attend aujourd’hui à ce que nous puissions offrir n’importe quel format de fichier, car il y en a plusieurs selon les logiciels de sous-titrage utilisés. On exige de nous une plus grande latitude qu’avant.

Circuit : Y a-t-il eu ce qu’on pourrait appeler un grand bond technologique?

Julie Bouchard : Le grand bond a été de passer du ruban physique aux fichiers numériques.

Danielle Chaput : Lorsque je suis arrivée, il y a six ans, on utilisait encore le ruban. La transition a été très rapide.

Julie Bouchard : À la suite du tsunami de 2011 au Japon, plusieurs usines de Sony ont dû suspendre leur production. L’approvisionnement en cassettes HDCAM SR a, dès lors, été très difficile, ce qui a accéléré le passage au numérique. Avant cet événement, tous les diffuseurs utilisaient le ruban. Personne n’acceptait les fichiers numériques, mais à partir de ce moment-là, ils n’ont pas eu d’autre choix que de commencer à les accepter. Maintenant, la plupart le font.

Les débouchés pour un nouveau traducteur

Julie Bouchard : Un traducteur qui vient de terminer ses études pourrait certainement trouver un emploi en sous-titrage pour malentendants.

Danielle Chaput : Parmi les candidats que nous rencontrons en entrevues pour les postes de rédacteur de sous-titrage pour malentendants, il y a une très grande proportion de jeunes diplômés universitaires. Malheureusement, je pense qu’il est difficile pour eux de trouver un emploi en traduction de sous-titres. C’est très rare.

Julie Bouchard : En effet, la demande de sous-titrage pour malentendants est beaucoup plus grande que l’offre de travail en traduction. Il n’y a pas énormément d’émissions télévisées québécoises tournées ailleurs qu’ici.

Danielle Chaput : À mon arrivée, notre service de traduction n’était pas très gros. J’ai plus tard hérité de la division et elle a pris un peu d’expansion. Je travaille avec six sous-traitants, et pour certains types de contrats, nous avons deux personnes à temps plein.

Julie Bouchard : Pour mettre le tout en perspective, nous avons environ 60 sous-titreurs pour malentendants qui travaillent quotidiennement.

Les qualités requises en traduction ou en rédaction audiovisuelle

Julie Bouchard : Un côté créatif, car il faut garder à l’esprit que c’est un travail d’adaptation.

Danielle Chaput : Une grande culture.

Julie Bouchard : Surtout pour rendre l’humour. Il faut trouver des équivalents parce qu’on ne peut traduire littéralement d’une culture à l’autre.

Danielle Chaput : Un talent pour l’écriture, parce qu’il ne suffit pas de traduire. Il faut également réécrire. Je dirais que, pour nous, le profil du rédacteur idéal ne comprend pas nécessairement un parcours en traduction. Il faut plutôt des études en littérature, en linguistique et peut-être aussi en cinéma pour bien saisir certaines notions comme les changements de plans.

Julie Bouchard : Nous avons quand même engagé quelques traducteurs pour faire du sous-titrage pour malentendants.

Danielle Chaput : Les deux domaines sont très connexes.

 

Étudiant de troisième année au baccalauréat en études françaises spécialisé en traduction à l’Université Concordia, Jean-Philippe Thériault
(jpterio@live.ca) a auparavant obtenu un baccalauréat en études cinématographiques du même établissement. Il est président et fondateur de l’Association étudiante du premier cycle en traduction de son université et s’intéresse particulièrement à la rédaction, à l’adaptation du récit écrit à l’écran, au théâtre, à la musique et à la traduction publicitaire.

jean-philippe theriault


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