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Le latin, langue bien vivante

Fidèle à ses habitudes, Henriette Walter fait gentiment monter les lecteurs dans sa barque, cette fois pour les conduire des origines jusqu’aux multiples évolutions et métamorphoses du latin.

Par Christine Oneson, traductrice agréée

minus lapsus et mordicusWalter, Henriette, Minus, lapsus et mordicus : Nous parlons tous latin sans le savoir, éd. Robert Laffont, 2014, 315 p., ISBN 978-2-221-133-42-2

Dans un premier temps, l’auteure traite des origines et de la diversité du latin. Multipliant les exemples, elle entreprend un examen historique et étymologique de la question, faisant voyager les lecteurs aux sources et parentés linguistiques du latin. S’agissant de l’incroyable diversité de celui‑ci, Mme Walter analyse l’influence des bases latines dans le lexique de l’anglais; elle s’intéresse à la tradition du latin classique dans la liturgie de l’Église et à son implantation dans la langue scientifique et technique ainsi que dans la langue juridique. En linguiste qui ne perd jamais son sens de l’humour, Mme Walter flâne du côté du latin de cuisine (ou latin « macaronique ») tel qu’il est pratiqué par Rabelais, Molière, Jules Romain et Raymond Queneau. Elle s’attarde aussi au latin dans le monde d'aujourd’hui. Saviez-vous que le Vatican tente d’actualiser le latin pour tenir compte des nouveautés du monde contemporain et que les distributeurs automatiques de billets de la Banque du Vatican accueillent les usagers dans cette langue? Enfin, pour le plus grand plaisir des lecteurs, la célèbre auteure fait une incursion dans l’univers d’Astérix.

Mme Walter met en relief, en deuxième partie, la structure et l’évolution du latin classique. Elle s’attelle notamment à l’alphabet latin, formé avec des lettres grecques et étrusques, qui ne comprenait à l’origine que 23 lettres capitales. Le magnétophone n’ayant pas encore été inventé aux époques de Plaute, de Cicéron ou de Crassus, il est légitime de se demander comment on prononçait le latin classique, entre autres les consonnes <C>, <G> et <V>, ainsi que la voyelle <U>. L’auteure nous aide à en restituer la structure phonique. À ce propos, on pourrait dresser un parallèle avec les travaux de l’historienne britannique réputée Mary Beard et les émissions qu’elle a enregistrées en se promenant à Rome et à Pompéi à la recherche d’inscriptions anciennes qu’elle décrypte à voix haute avec la prononciation du temps.

Dans cette deuxième partie, Mme Walter se penche sur la grammaire du latin classique et rappelle qu’il compte cinq déclinaisons et trois genres grammaticaux. Au cours de son exploration, elle évoque de nombreux toponymes latins et explique comment étaient formés les noms des citoyens romains. Lucius Domitius Claudius Nero, vous connaissez? Mme Walter retrace également l’histoire des glossaires et des dictionnaires qui témoignent de l’évolution qu’ont pu connaître les mots latins dans la langue parlée après la chute de l’Empire romain.

La troisième partie de l’ouvrage porte sur la multiple progéniture du latin, issue notamment du latin vulgaire transporté par les légions romaines. Mme Walter y raconte d’abord le récit de la lente progression du latin, puis accompagne celui‑ci dans son cheminement de l’Italie jusqu’à la Roumanie, en passant par l’Espagne, le Portugal et la France.  Comme dans tous ses ouvrages, la linguiste multiplie les encadrés et les récréations pour divertir les lecteurs, qui apprendront, par exemple, à la faveur d’un jeu-questionnaire, pourquoi on dit grand-mère.

En plus des notes et références bibliographiques utiles, on trouve en appendice un index des noms de personnes, un index des noms de lieux, peuples et langues et un index des formes latines citées. D’autres index renvoient le lecteur aux notions traitées ainsi qu’aux récréations et encadrés qui parsèment l’ouvrage.

Comme le fait ressortir l’auteure avec la grande rigueur scientifique qui la caractérise, le latin est une langue au destin singulier qui, s’étant fondue dans un grand nombre d’autres langues, reste, en définitive, prodigieusement vivante et figure en bonne place dans le vocabulaire à vocation internationale.


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