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Prendre la barre d’une équipe de traduction en pleine pandémie

Si prendre la barre d’un service de traduction en temps normal présente un défi, le faire en pleine période de pandémie ajoute un important coefficient de difficulté. Anik Pelletier et Isabelle Bigras, traductrice agréée, nous parlent de leur expérience.

Propos recueillis par Josée Champagne, traductrice agréée, et Carole Maillette, traductrice agréée

Anik-Pelletier


Anik Pelletier – Vice-présidente, Langage de marque chez Bleublancrouge

Après avoir dirigé les Services linguistiques et la Francisation chez Rogers pendant trois ans, Anik Pelletier se joint à l’équipe de Bleublancrouge en juillet 2020, avec le mandat de continuer à faire évoluer le service de Langage de marque, constitué de 20 personnes. 


Circuit : Compte tenu du contexte, quelles étaient vos appréhensions?

Anik Pelletier : Tout d’abord, j’ai rapidement senti que la direction avait tout mis en place pour faciliter mon intégration, à commencer par prévoir une période de transition de cinq semaines en compagnie de la personne que j’allais remplacer. J’ai senti que l’organisation à laquelle je me joignais faisait preuve de beaucoup de compréhension, ce qui était très rassurant. J’avais tout de même quelques appréhensions face à l’équipe, que je savais très attachée à ma prédécesseure. Je me demandais comment j’allais arriver à m’intégrer à une équipe tissée aussi serré. 


C. : Comment s’est déroulée votre entrée en fonction et comment vous êtes-vous préparée? 

A. P. : Fort heureusement, les bureaux étaient accessibles à un petit nombre, malgré la pandémie, en respectant bien entendu les consignes sanitaires d’usage. J’ai donc pu rencontrer un petit noyau de personnes et faire plus ample connaissance avec elles. On m’a accueillie chaleureusement et on m’a fourni les outils et la documentation dont j’avais besoin pour bien démarrer cette nouvelle aventure. Je me suis préparée en me renseignant comme je le pouvais sur l’entreprise et l’équipe.


C. : À quels enjeux principaux faisiez-vous face et qu’avez-vous priorisé? 

A. P. : Je voulais en premier lieu m’intégrer en douceur dans l’équipe, ne rien brusquer et récolter le plus d’information possible pour bien comprendre la dynamique, les enjeux et les priorités. Je pense que dans les circonstances qu’on connaît (pandémie, télétravail et tutti quanti), il faut faire preuve de patience et d’indulgence, envers les autres et envers soi-même. Une fois que j’ai senti que j’avais la confiance de mes collègues, j’ai établi des priorités, mais dans la continuité, puisque les choses tournaient déjà plutôt rondement.


C. : La pandémie a entraîné des baisses de volumes dans certains secteurs, mais elle a stimulé d’autres domaines. Qu’en est-il pour votre équipe?

A. P. : Nous avons la chance d’évoluer dans un domaine très dynamique et en croissance. Nos services sont très recherchés et la main-d’œuvre qualifiée est parfois difficile à trouver. La charge de travail augmente constamment. Je crois donc que le plus grand défi pour 2021 en sera un de ressources humaines : attirer les bonnes personnes et les retenir. Par ailleurs, j’ai l’impression que la crise mondiale a rapproché les clients et les fournisseurs de services. Voilà donc une occasion en or de solidifier nos partenariats.


Isabelle-Bigras

Isabelle Bigras – Directrice des Services de traduction de la TD

Isabelle Bigras a pris la direction des Services de traduction de la TD au mois de mai 2020, en pleine période de pandémie et après plus de deux mois de travail et de pression plus qu’intenses sur l’équipe de 24 personnes. Elle faisait déjà partie du service depuis plusieurs années, et tout récemment comme directrice de l’exploitation. Bien qu’elle connaissait déjà très bien tous les membres de l’équipe, elle a pris la barre dans un contexte inédit de télétravail permanent. 

Circuit : Prendre la direction d’un service de traduction vient avec une part d’inconnu en temps normal; dans votre cas et dans la situation actuelle, quelles étaient vos craintes ou vos appréhensions?

Isabelle Bigras : En fait, le moment était bien choisi : tous les employés étaient déjà en télétravail, le gros du travail intense de la crise était passé et les horaires étaient stables. Notre rythme de croisière s’était amélioré. 

Ma crainte : le contexte était particulier, et même si on gère dans une optique de continuité, c'était important que les gens apprennent à me connaître et à connaître les grandes orientions de nos activités – le fait d’être à distance rendait les choses plus difficiles. Par contre, tout s’est fait naturellement : pendant deux mois, nous avions tout mis en attente un peu à cause de la COVID, mais en mai, nous étions prêts à reprendre le travail quotidien et à mettre en place les changements.


C. : Comment vous êtes-vous préparée?

I. B. : J’ai commencé à me préparer en réfléchissant à ce que le service représentait. J’ai beaucoup pensé au cheminement de chaque personne. Donc, dès le départ, j’ai fixé des rencontres individuelles avec les membres de l’équipe, car il était important pour moi de créer un lien avec chacun. Je tenais aussi à ce que l’information circule bien, alors j’ai redynamisé et assoupli les réunions du service en élargissant le nombre de sujets au-delà du cadre d’un ordre du jour.

En période de pandémie, je voulais que les employés aient le sentiment d’être entendus et qu’ils aient ce dont ils avaient besoin pour continuer de travailler, même à distance.


C. : Quels étaient vos atouts (puisque vous étiez déjà au sein de l’équipe)?

I. B. : Le point le plus important : je connaissais très bien nos outils et les processus opérationnels. Cela a grandement facilité mon travail. 

Par ailleurs, comme je suis présidente du comité de francisation, j’étais au courant des dossiers sur ce sujet et j’avais déjà des contacts. J’étais bien outillée pour répondre aux questions. 

Autre atout à noter : l’équipe de direction du service est restée la même, ce qui renforçait l’aspect de continuité.


C. : Quelles qualités ou compétences devraient posséder les gestionnaires et les langagiers dans un contexte non seulement de crise, mais aussi de changements profonds dans l’industrie langagière?

I. B. : L’empathie en toute circonstance est la première qualité à posséder. En contexte de télétravail et de pandémie, je pense qu'il faut aussi faire preuve de beaucoup d’ouverture d’esprit et de créativité. Les besoins de chacun sont naturellement très différents au sein de l’équipe, alors il faut être ouverts à explorer d'autres manières d’accomplir notre travail en tant que professionnels. De plus, comme la technologie et le travail en général évoluent, il nous faut aussi apprendre à faire les choses autrement.

Josee-Champagne

 

Josée Champagne est coprésidente de l’Association des conseils en gestion linguistique (ACGL) et cheffe de l’équipe linguistique de Wells Fargo Canada. 

 

Carole Maillette est directrice adjointe des services de traduction de la TD. 

 

 
 
 
 
 

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