Imprimer
Partage :

Témoignage dicté

Apprendre à dicter pour son mieux-être

Par Julián Zapata, traducteur agréé
apprendre

Lieu et moment de la rédaction dictée du présent article : un lundi après-midi à Wakefield (Québec). Outils de travail : appli d’enregistrement vocal sur téléphone mobile; système infonuagique de transcription automatique de dictées; documents et paysage pour l’inspiration.

« Et vous, que faites-vous quand vous n’êtes pas langagière? » C’est l’une des questions que j’aime poser aux étudiantes le premier jour de cours à l’université ou lorsque j’anime des ateliers de traduction dictée interactive (TDI). Ce n’est pas juste pour briser la glace. C’est une question qui m’intéresse vraiment. Les loisirs, les intérêts, les talents et les passe-temps des langagières. Et il y a autant de réponses que de traductrices, qu’elles soient étudiantes ou professionnelles.

Parmi les intérêts, l’interculturel et les arts se démarquent particulièrement. Les voyages, la gastronomie internationale, l’apprentissage des langues étrangères sont des réponses qui reviennent assez souvent. Également, les sports, l’activité physique et le plein air sont tout aussi importants pour les traductrices en exercice et en devenir. Enfin, toute manifestation de talents artistiques, ou tout simplement, l’appréciation des arts. Pourtant, un aveu fréquent lors de ces conversations, c’est qu’on n’a pas beaucoup de temps pour les loisirs et pour autre chose que le travail et les obligations. Le stress, la fatigue mentale et physique, les douleurs, les troubles musculosquelettiques et les échéances serrées sont souvent au rendez-vous.

Je m’intéresse à cette question parce qu’elle a trait au mieux-être. Le mien, mais aussi celui des langagières. Si le bien-être est associé à l’ergonomie et à la santé physique, mentale et financière, le mieux-être qui, d’après une recherche rapide dans l’appli de recherche vocale de Google, veut dire « amélioration du bien-être », signifie pour moi parvenir à vivre pleinement. Pas seulement vivre, ou être bien, mais être mieux. Et pour moi, la traduction dictée est ma porte d’entrée à une vie pleine. 

Au-delà d’une productivité accrue

Ce n’est pas la première fois que nous voyons les concepts liés au bien-être et à la traduction dictée apparaître ensemble1. Au-delà de l’augmentation de notre productivité, la dictée permet, d’après de nombreux témoignages et plusieurs études scientifiques, de se concentrer sur le transfert interlinguistique et de produire des traductions de meilleure qualité. Elle aide également à prévenir des troubles de santé liés au travail de bureau et à se sentir en forme. Elle offre une satisfaction professionnelle accrue et une meilleure qualité de vie aux langagières. Bien des traductrices qui ont dicté à l’aide de dictaphones ou de logiciels de reconnaissance vocale peuvent témoigner de ces avantages2

La dictée, très populaire il y a une cinquantaine d’années, a été éclipsée par les avancements en informatique, mais ce sont ces mêmes avancements qui la font resurgir aujourd’hui, sous forme de TDI. 

La TDI a été pour moi plus qu’un sujet de thèse de maîtrise et de doctorat. Elle me permet d’intégrer le meilleur des technologies vocales, mobiles et infonuagiques à mon travail. Je dicte des traductions, bien sûr, mais également des courriels pour mes clients, des contenus pédagogiques ainsi que des commentaires pour mes étudiantes. Elle me permet de rédiger cet article sans cesser d’admirer la rivière qui coule devant moi. Grâce à la dictée, j’ai pu échanger aujourd’hui quelques heures de travail à l’ordinateur à la maison contre la pratique de trois des choses que j’aime le plus faire quand je ne suis pas langagier ou professeur : le cyclisme, la photographie et la cuisine créative. Et j’ai pu rédiger cet article dans la nature, pendant ma pause cycliste, en ce doux après-midi de printemps! 

Apprendre à traduire différemment

Cette dernière année, une centaine d’étudiantes en traduction dans trois établissements où je suis professeur se sont jointes à des centaines d’autres qui, au fil des ans, ont commencé à découvrir et à intégrer progressivement la traduction dictée à leur flux de travail. Une chose sur laquelle j’insiste lors des cours et des formations : on n’apprend pas à dicter que pour augmenter sa productivité, doubler son revenu ou travailler mieux. On le fait aussi pour son mieux-être professionnel et personnel. Et vous? Que faites-vous quand vous n’êtes pas langagière? Que faites-vous pour vivre pleinement?

___


Julián Zapata est traducteur agréé, chercheur et entrepreneur. Il est fondateur et président de l’entreprise InTr Technologies et services langagiers. Il est également professeur invité à l’Université d’Ottawa, chargé de cours à l’Université du Québec en Outaouais et enseignant associé à l’ISIT-Paris.

1 - Voir, par exemple, les propos recueillis par Marie-Pier Hétu (dans Circuit de l’été 2012, p.23) et par Zapata et Saint (2017). Voir aussi Zuluaga et Zapata dans ce numéro (en espagnol).

2 - L’une de ces personnes ayant connu l’ère de la traduction dictée dite conventionnelle est Donald Barabé, président de l’OTTIAQ. J’invite la lectrice à en apprendre davantage dans mon entretien avec M. Barabé dans l’article « Et la dictée fut. »


Partage :