Imprimer
Partage :

L’OTTIAQ agrée maintenant sur diplôme

En 1992, lorsqu’il a réglementé les titres de traducteur, terminologue et interprète agréés, le législateur a introduit dans le Code des professions une garantie de compétence pour protéger le public, faisant ainsi du Québec l’un des seuls endroits au monde où la profession de traducteur est encadrée. Le législateur québécois est en effet l’un des rares à avoir pris conscience du fait que des traductions erronées peuvent entraîner des préjudices graves, irrémédiables ou difficilement remédiables.

Cette prise de conscience découle de la situation tout à fait exceptionnelle dans laquelle se trouve le Québec en tant que seule communauté à majorité francophone sur le continent nord-américain. En raison de cette situation géopolitique unique, le Québec n’a d’autre choix que de recourir massivement à la traduction pour assurer sa place dans le Canada, en Amérique et dans le monde ainsi que pour fonctionner en tant que société alors que les biens et services qu’il importe lui arrivent tout aussi massivement dans d’autres langues.

Le Québec compte 8 625 traducteurs, terminologues et interprètes (Statistique Canada, recensement de 2016). De ce nombre, 2 262 sont membres de l’Ordre1.  Il s’ensuit que 6 363 traducteurs, terminologues et interprètes exercent en dehors du système professionnel au Québec.

graph

Pour mieux se conformer au Code des professions, qui prescrit à l’article 23 que la fonction principale des ordres est d’assurer la protection du public notamment par le contrôle de la profession par les membres, l’OTTIAQ a demandé à l’Office des professions du Québec une modification des conditions d’agrément.

L’une des principales raisons qui ont amené l’Office des professions du Québec à autoriser la modification du Règlement est que cela facilitera le recrutement parmi les quelque 6 400 traducteurs, terminologues et interprètes en exercice au Québec qui ne sont pas assujettis aux obligations du système professionnel.

L’Ordre désire en effet agréer le plus grand nombre possible de non-membres pour ainsi mieux assurer la protection du public en les amenant à se conformer aux obligations du système professionnel (code de déontologie, inspection professionnelle, formation continue, assurance responsabilité, etc.).

À l’instar de 67 % des ordres professionnels à titre réservé, l’Ordre a estimé que la façon d’y arriver était d’agréer les candidats sur diplôme.

Modification du Règlement sur les conditions et modalités de délivrance des permis

La modification du Règlement établit comme seul critère d’agrément le diplôme en traduction, ce qui en renforce grandement l’importance. L’Ordre estime en effet que les personnes qui possèdent un diplôme n’ont pas à effectuer le programme de mentorat puisque la très grande majorité d’entre eux exerce et répond aux critères de l’Ordre (l’équivalence du mentorat correspond à deux ans d’expérience professionnelle). Qui plus est, imposer un mentorat à un traducteur, terminologue ou interprète qui possède un diplôme reconnu ou équivalent et qui exerce depuis 5, 10 ou 20 ans constitue un frein et, de ce fait, pousse ces personnes à ne pas devenir membres de l’Ordre. Ces personnes continuent donc d’exercer hors du système professionnel, ce qui nuit à la protection du public. L’OTTIAQ est d’avis que l’inspection professionnelle et la formation continue permettront de déceler et de pallier toute lacune éventuelle. Toutes deux seront d’ailleurs renforcées. De plus, l’article 45.3 du Code des professions ainsi que le règlement sur les stages et les cours de perfectionnement permettent au conseil d’administration d’imposer une condition particulière à l’admission d’un candidat qui possède un diplôme, mais qui n’a pas exercé depuis cinq ans.

La formation en traduction offerte par les universités québécoises a la particularité d’être professionnalisante car elle débouche sur un permis d’exercer une profession réglementée. Dans le procès-verbal de l’Office des professions du Québec entérinant la modification du Règlement, on peut lire « qu’il est important de s’assurer que l’ensemble des formations offertes par les universités québécoises prévoient un équivalent performant de la formation pratique jusqu’ici offerte par le programme de mentorat. » Or, la vaste majorité des formations professionnalisantes au Québec ont pour caractéristique de comporter un stage pratique obligatoire. Il y aura donc des aménagements nécessaires à faire dans les programmes universitaires et les universités ont bien accueilli cet avis. Dans l’intervalle, l’Ordre maintiendra le mentorat intégré au cursus universitaire (gratuit).

Formation sur l’éthique, la déontologie et les normes de pratique professionnelle

Conformément aux dispositions du Code des professions, le conseil d’administration a naturellement conservé l’obligation pour tout candidat de suivre la formation sur l’éthique, la déontologie et les normes de pratique professionnelle préalablement à l’admission. Cette formation est offerte en ligne et est évaluée par des questionnaires d’autoévaluation.

Inspection professionnelle et formation continue

L’Ordre est conscient qu’à l’instar des autres professions, les diplômés peuvent présenter des lacunes. C’est par l’inspection professionnelle qu’elles seront relevées et par la formation continue qu’elles seront palliées. Le règlement sur le comité d’inspection professionnelle prévoit en effet ce qui suit : « outre un stage ou un cours de perfectionnement, le comité peut recommander au conseil d’administration d’imposer au membre visé l’obligation de compléter une ou plusieurs des obligations suivantes :

            • la réussite d’une entrevue dirigée ou d’un examen que lui fait passer l’Ordre;
            • la lecture dirigée d’un ouvrage ou d’un article;
            • la réussite d’une activité de formation autre qu’un cours ou, si elle ne fait pas l’objet d’une évaluation, la participation à une telle activité;
            • la participation à des colloques, des congrès, des ateliers, des symposiums ou des groupes de discussion;
            • s’impliquer dans une démarche d’accompagnement professionnel. »

L’Ordre aura donc la possibilité d’imposer à un membre diverses formes d’amélioration continue : le mentorat par exemple.

Ensemble pour faire reconnaître nos professions!

L’Ordre considère que l’augmentation de l’effectif, en plus d’assurer une meilleure protection du public, contribuera à la valorisation des professions. Ensemble, nous serons plus forts! Comme dans toute autre profession, les mécanismes du système professionnel permettront de pallier les lacunes qui pourraient être observées dans la compétence des membres agréés.

1 Au 21 novembre 2020.


Partage :