ottiaq-150
Édito

Le sentiment de solitude en famille

Par Philippe Caignon, terminologue agréé et traducteur agréé

Annus miserabilis est sans conteste l’une des expressions les plus appropriées qu’il soit pour décrire l’an 2020.

Poursuivre

Au temps pour moi


Le bleu des pervenches a disparu discrètement tandis que s’amorçait la courte vie des trolles jaunes. Ce sont ensuite les corolles ondulées de crème des iris qui se sont ouvertes. Puis les épis roses des astilbes ont bruni pour laisser galamment briller l’hydrangée blanche avant que les roses n’éparpillent leurs pétales à mon passage sous la tonnelle en direction des framboisiers ourlés de rouge que je dispute aux oiseaux. L’orange des capucines s’harmonise avec le jaune des fleurs de concombres. Ainsi s’étalent, sous mes fenêtres, les couleurs du temps qui passe. Bientôt l’hiver, puis bientôt le printemps, et bientôt mes cheveux blancs.

Le temps court à grandes enjambées. Même sur les horloges anglaises où on le force pourtant à marcher sur les mains. Il fuit et c’est normal : nombreux sont ceux qui cherchent à le tuer.

Je ne m’entends pas bien avec le temps, pas plus qu’avec les chiffres, sans doute parce l’un ne va pas sans l’autre. Combinez le tout avec une langue étrangère et c’est catastrophique.

Ainsi, je déconcentre les guichetiers des gares en traçant dans le vide, à la hauteur de nos nez respectifs, les heures et les numéros de trains qui m’arrivent hachurés par l’hygiaphone. En allemand, je commence prudemment sous le nez du client à ma droite pour avoir toute la place voulue parce que les unités viennent avant les dizaines.

La contrepartie de l’exercice, c’est quand on m’interpelle pour me demander l’heure et que c’est à moi de réunir tout le matériel. J’ai donc mis au point quelques stratagèmes.

Même en anglais, les chiffres ne m’arrivent toujours pas aisément malgré de nombreuses années de fréquentation. Alors, si je croise quelque touriste anglophone soucieux du temps, je cache ma montre dans ma manche et présente mes regrets en hiver, tandis qu’en été je brandis l’instrument en libre-service sous les yeux du demandeur. Je suis même prête à m’infliger une clé de bras pour lui faciliter la lecture.

Même chose dans les pays germaniques, que l’on dit assez pointilleux sur l’horaire. Je n’arriverais pas à dire assez vite au travailleur pressé qui me demanderait l’heure à la volée, à 14 h 35, qu’il est fünf nach halb drei soit cinq après la demie de trois.

En Italie, il paraît assez normal de prendre quelque liberté avec l’horaire; aussi, bien que le système soit assez semblable au nôtre, j’arrondis et je réponds toujours l’heure juste ou la demie.

Au Portugal, par contre, c’est l’heure juste qui me pose problème. Je donne donc toujours au moins cinq minutes d’avance à mon interlocuteur. J’emploierais la même astuce si nous avions l’heur de nous rencontrer, disons, à six heures moins vingt-six. J’aurais en effet bien du mal à dire en souriant et en chuintant que são vinte e seis para as seis [saon vinti i séiche para ache séiche] soit, littéralement, vingt et six avant les six.

Avec beaucoup de naïveté ou de prétention, je croyais avoir vu toutes les possibilités quand est arrivée la leçon de catalan. Si un jour je vais en Catalogne, j’y apprendrai sans doute beaucoup sur le rapport au temps, qui n’y est pas réduit à sa plus simple expression, temps s’en faut. Il y a bien un mot catalan pour dire « demie », mais il ne sert pas pour exprimer le temps. On dit plutôt « deux quarts ». L’autre particularité, c’est que dès après le premier quart, on peut inverser la perspective et regarder vers l’avenir. Il reste possible de dire, comme en français, qu’il est « deux heures et quart », mais on dira aussi volontiers qu’il est un quart de tres (un quart de trois). Toujours dans le sens des aiguilles de la montre, alors qu’ici il serait 14 h 20, on dira là-bas un quart i cinc de tres (un quart plus cinq avant trois) ; à 14 h 25, il sera donc dos quarts menys cinc de tres, soit « deux quarts moins cinq avant trois » ; et à 14 h 35, « deux quarts plus cinq avant trois » ! J’envisage l’achat d’un téléphone dit intelligent avec appli horloge parlante.

Bon, le temps file et c’est justement le jour de mon cours. Je vous y invite, mais vous devez me rejoindre quand falten cinc minuts per a tres quarts de tres, c’est-à-dire alors que « manquent cinq minutes aux trois quarts avant trois ». Soyez à l’heure !

Dossier

One year later: The pandemic’s impact on language professionals and the language industry
By Meaghan Girard, Certified Translator

This theme was pitched to the Circuit Magazine editorial board back in May 2020, with a proposed publication date for spring 2021, in order to create an issue that took stock of the pandemic’s impact on language professionals and the language industry approximately one year after the designation of the COVID-19 pandemic—and perhaps even inject some optimism as we forged ahead

Read more
spacer
Language Services: An Essential Tool that is Evolving Rapidly
By Maryse Benhoff

Our society is currently experiencing a period of radical adaptation. The emergence of COVID-19 has brought about dramatic changes in the way we communicate and build relationships. Today more than ever, language is a vital tool for helping communities face this common enemy.

Read more
Prendre la barre d’une équipe de traduction en pleine pandémie
Propos recueillis par Josée Champagne, traductrice agréée, et Carole Maillette, traductrice agréée

Si prendre la barre d’un service de traduction en temps normal présente un défi, le faire en pleine période de pandémie ajoute un important coefficient de difficulté.

Poursuivre
The courage to connect
By Judy Murphy, Certified Translator

A business leader shares her experience building connection with her virtual team during the COVID-19 pandemic.

Read more
Dans les services de santé, languages matter
Par Marc Pomerleau, traducteur agréé

En tout temps, mais particulièrement en période de crise comme dans le cas d’une pandémie, la traduction et les langues comptent.

Poursuivre
Lessons from online education: 2020 in 3 acts
By Meaghan Girard, Certified Translator

On Thursday, March 12, 2020, during an information session to prospective students, the Translation Studies director popped in and announced it was time to wrap things up.

Read more
Interprètes à la pige en Afrique : survivre à une pandémie
Par Achille Yaya, Bénin

Dans le film Black Panther, du réalisateur Ryan Coogler, Sa Majesté le roi T’Challa ne pensait pas si bien dire quand il affirmait : « En temps de crise, le sage construit des ponts, l’insensé élève des murs. »

Poursuivre