Un wiki pour la terminologie en éducation

Par Philippe Caignon, term. a., trad. a.

En éducation, les langagiers exercent diverses professions : traducteurs, terminologues, réviseurs, rédacteurs techniques, interprètes et conseillers linguistiques. Ils travaillent comme indépendants, salariés de l’État ou employés d’une entreprise privée. Malgré les différences qui entourent leur pratique, ils font tous face au même défi : la terminologie qui ne cesse de se transformer.

Un domaine en pleine mutation

img wiki terminologieLa première fois que j’ai entendu le terme MOOC, c’était en 2012. J’assistais à une réunion. Le présentateur expliquait à un groupe de professeurs universitaires les nouvelles tendances qui se dessinaient en enseignement. L’acronyme MOOC, qui renvoyait au syntagme massive open online course, était sur les lèvres de tous les administrateurs universitaires. Les MOOC représentaient un pas vers la démocratisation du savoir… et des revenus accrus ! L’équivalent français définitif n’existait pas encore. Plus tard, on créa le néologisme français cours en ligne ouvert à tous. Après deux ans, le terme est toujours à la mode, du moins jusqu’à la prochaine innovation.

L’exemple précédent ne fait bien entendu référence qu’à la pointe du proverbial iceberg. De multiples théories pédagogiques, méthodes didactiques et outils éducatifs touchant aussi bien les milieux universitaires et cégépiens que primaires et secondaires, en passant par les milieux préscolaires et parascolaires, voient le jour chaque année. Les nombreux congrès nationaux et internationaux témoignent d’ailleurs de la richesse humaine et intellectuelle qui rayonne en enseignement.

Qui plus est, les changements politiques liés à l’éducation créent aussi leur lot de nouvelles notions et appellations. Nous n’avons qu’à penser au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), créé en 2005, et au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie (MESRST), fondé en 2012. Ces ministères québécois ont chacun des rôles précis et produisent leur propre terminologie. Cette situation prévaut évidemment au Québec, province d’un pays comptant pas moins de neuf autres provinces, trois territoires et un État fédéral qui légifèrent tous de manière distincte sur l’éducation.

Le temps change les choses

Une telle situation engendre bien sûr des disparités de vocabulaire qui compliquent le travail des professionnels de la langue. En conséquence, elle exige l’union des forces langagières pour lesquelles l’éducation est une passion afin de trouver des solutions aux problèmes linguistiques croissants. Le Réseau des traducteurs et traductrices en éducation (RTE) s’est donc donné comme mission d’aider ses membres en créant une base de données terminologique.

Les premiers travaux terminologiques se déroulaient dans des réunions régionales au cours desquelles quelques membres du RTE réfléchissaient aux façons de résoudre les difficultés présentées par divers concepts. Dans le bon vieux temps, le déplacement des réseaumanes (membres du RTE) étaient payés par les employeurs. Plusieurs crises économiques plus tard, la situation est fort différente, car il n’y a plus d’argent. Cela dit, le travail terminologique doit quand même se faire.

Il faut penser autrement

Afin de pallier la situation, le groupe coordinateur du RTE a décidé d’innover. Ainsi, au mois de mai 2014, EducWiki, le wiki du RTE, a été lancé dans le but d’encourager les réseaumanes à mettre à jour leur terminologie. Les étudiants en terminologie de l’Université Concordia ont contribué à échafauder la structure et la méthode de travail du wiki pour les rendre le plus conviviales possible.

Ainsi, toute personne qui s’intéresse en premier à un problème terminologique peut devenir la marraine d’un terme. Elle crée alors une page wiki dans laquelle elle insère une fiche vierge ou une fiche à réviser. Ensuite, par courriel, elle invite les membres du RTE à réfléchir avec elle sur son terme. Ceux et celles qui sont intéressés lui répondent et reçoivent une invitation pour s’inscrire au wiki – bien entendu, pour être efficace, un groupe ne doit pas renfermer plus de cinq membres.

capture-educwiki

Chaque page comporte son propre groupe de discussion, ce qui diminue de manière considérable le bruit informationnel. Par ailleurs, la fonction de suivi des modifications permet de savoir qui a apporté des changements aux fiches terminologiques, quels changements ont été effectués et quand ils ont été faits. Les membres peuvent également incorporer des liens hypertextes, des illustrations et des vidéos pour expliquer aux autres membres du groupe leur point de vue. S’ils le désirent, ils ont aussi l’occasion d’établir des liens hypertextes entre les fiches du wiki.

Lorsqu’une équipe a terminé sa réflexion sur un terme, elle verse sa fiche dans la base de données du RTE.  C’est une expérience terminologique à suivre…

Philippe Caignon est professeur de terminologie et de traduction au Département d’études françaises de l’université Concordia.