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Être diplômé en traduction en 2016

Par Philippe Caignon, terminologue agréé et traducteur agréé

Je me souviens de l’année au cours de laquelle j’ai obtenu mon diplôme de bachelier en traduction, 1987… Presque 30 ans! Je me rappelle la joie et la fierté de tenir un diplôme universitaire dans mes mains. J’avais travaillé dur pendant trois ans. Sans l’appui financier et l’encouragement continuel de mes parents, le soutien moral de mes amies étudiantes et les conseils de mes professeures et professeurs, je n’aurais jamais réussi.

Je continue à croire que le baccalauréat est mentalement plus difficile à vivre que la maîtrise ou le doctorat, car la courbe d’apprentissage initiale est la plus prononcée et la relation étudiant-professeur est moins personnelle au premier cycle qu’elle ne l’est aux cycles suivants. De plus, c’est à l’université qu’on comprend enfin qu’on ne sait rien, ce que l’ego a du mal à accepter.

Au baccalauréat, on se rend compte qu’on aime ou qu’on n’aime pas exercer la traduction. On se découvre une passion pour un domaine de prédilection comme le droit, la médecine, l’économie, la littérature ou l’informatique. C’est aussi la première fois qu’on contemple la somme des dettes étudiantes qui s’accumulent.

Les études de deuxième cycle sont facilitées par la maturité intellectuelle acquise durant les années passées à l’université : stratégies d’apprentissage, méthode de travail, outils d’analyse théoriques et outils informatiques sont déjà maîtrisés. En traduction, comme en terminologie ou en interprétation, effectuer des « études supérieures » relève davantage d’une décision personnelle et professionnelle que d’un attendu familial ou social.

Entamer un programme doctoral est un choix de carrière traductologique, voire terminologique, qui vise à acquérir assez de connaissances et de compétences uniques pour soit enseigner et effectuer de la recherche universitaire, soit travailler comme super-spécialiste dans une entreprise liée à l’économie de la langue.

En cette belle année 2016, les étudiantes et les étudiants qui ont obtenu leur diplôme en traduction, en terminologie ou en interprétation depuis quelques semaines déjà entrent dans un marché du travail dont les conditions s’améliorent par rapport à celles qui prévalaient depuis quelques années au pays – souhaitons que la tendance se maintienne longtemps et espérons qu’elle s’accélère.

Tous ces arrivants grossissent les rangs des langagiers et contribuent à valoriser les professions de traductrice et de traducteur, de terminologue et d’interprète au sein de la société. En effet, ce ne sont pas tous les métiers ni toutes les professions qui bénéficient du prestige qu’octroient naturellement les études universitaires.

Bien entendu, un ordre professionnel renforce la crédibilité et la visibilité de ces professions. Là encore, seules quelques rares professions ont obtenu ce privilège au Québec. Simple exemple démontrant un privilège social : la semaine dernière, une représentante de mon institution financière m’a appelé pour m’expliquer qu’en tant que membre d’un ordre professionnel, j’avais accès à certains avantages financiers, dont une réduction de taux d’intérêt hypothécaire… Après avoir effectué quelques calculs, je me suis rendu compte que l’économie dépassait largement ma cotisation à l’OTTIAQ. J’étais gagnant sur toute la ligne.

Bien entendu, les facteurs scolaires et professionnels ainsi que les privilèges qui leur sont associés contribuent à améliorer le statut social des langagiers, mais tout n’est pas rose pour autant. C’est la raison pour laquelle Pierre Cloutier a piloté ce numéro de Circuit sur le statut social du traducteur et de la traductrice au Canada. Les huit auteures et auteurs participant à ce numéro nous dévoilent leurs observations, nous font part de leurs réflexions et nous proposent des solutions lorsqu’ils constatent des problèmes.


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