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Traduction épicène, non genrée et inclusive

Par Philippe Caignon, terminologue agréé et traducteur agréé


Depuis quelques années, la rédaction, ou l’écriture, épicène, non genrée et inclusive est de plus en plus utilisée dans les documents publiés par les institutions, entreprises et organisations professionnelles au Canada et au Québec. À titre d’exemple, l'OTTIAQ souscrit à l'écriture épicène. Comme il s’agit d’un phénomène relativement nouveau, l’adoption accrue de cette forme d’écriture fait couler beaucoup d’encre.

Toutefois, peu de textes portent sur l’influence que ce type de rédaction a sur la traduction. Comme traduire c’est avant tout écrire, la rédaction épicène, non genrée et inclusive percole pourtant dans l’exercice de la profession. Or, peu d’entre nous ont amorcé une réflexion sur leur procédé de traduction ou ont suivi une formation adaptée pour participer par leurs gestes professionnels à l’accueil et à l’inclusion de tous les êtres humains dans notre société.

Pour corriger quelque peu la situation, le comité de rédaction de Circuit s’est uni pour piloter un numéro spécial sur la traduction épicène, non genrée et inclusive. En conséquence, nous avons fait appel à des personnes qui réfléchissent assidûment au sujet. Nous voulons ainsi donner à notre lectorat certains outils cognitifs pour amorcer une introspection et pour trouver des solutions adaptées.

Pour ce faire, nous avons décidé de commencer le numéro par un article très personnel et instructif de Marie Pelletier, membre de l’OTTIAQ. Dans cet article, Marie explique la différence entre sexe et genre, parle de l’expérience des personnes non binaires et aborde l’appartenance au genre humain pour nous offrir des pistes de réflexion sur la manière d’utiliser efficacement le langage inclusif pour dépasser la binarité, même en traduction.

Ensuite, Loïs Cremier, qui termine son doctorat à l’Université du Québec à Montréal, nous entretient du mot épicène et des nombreux sens qui lui sont attribués. En effet, pour approfondir notre pensée, nous devons comprendre les concepts clés qui la soutiennent. Cet article est donc des plus pertinents dans le cadre de notre thème. Puis, Louise Fortier, qui étudie au doctorat et qui enseigne à l’Université Laval, nous propose une solution pour aider toute personne à traduire le genre des titres de fonctions de l’anglais vers le français.

Pour leur part, Natalie Kouri-Towe et Danielle Bobker, de l’Institut Simone de Beauvoir rattaché à l’Université Concordia, nous instruisent sur le langage inclusif en anglais. Ces universitaires nous présentent ainsi un bref historique de ce langage en plus de nous apprendre des techniques pratiques pour l’utiliser dans l’exercice de la traduction vers l’anglais.

C’est en suivant cette ligne directrice que Caroline Tremblay, membre de l’OTTIAQ, nous explique la manière dont la stylistique comparée peut aider à produire des traductions qui s’harmonisent aux valeurs d’équité, de diversité et d’inclusion exigées par les entreprises et organismes au Canada.

Continuant dans la même voie, Karim Chagnon, également membre de l’OTTIAQ, nous fait part de l’importance de l’écriture inclusive comme instrument de décolonisation. Karim nous parle ainsi de militantisme social, de terminologie décoloniale et du rôle des professions langagières dans l’évolution de notre société.

Enfin, dans la chronique La esfera hipánica, Maria Ortiz Takacs, membre de l’OTTIAQ et du comité de rédaction de Circuit, fait état de la situation qui prévaut en espagnol sur la langue inclusive en prenant comme point de départ le rapport de l’Académie royale espagnole publié en 2020.

Nous espérons que ce numéro saura susciter un début ou une continuité de réflexion professionnelle et sociale dans l’esprit de toutes les personnes qui liront notre magazine. En effet, nos professions, comme la société dans laquelle nous vivons, sont toujours en mouvement. Nous devons donc rester à l’affût de tout ce qui se passe autour de nous pour réussir à façonner un avenir resplendissant pour chaque être humain.


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