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Se dépasser et réseauter grâce aux Jeux

Par Edith Groulx-Robert, traductrice agréée

Impossible de parler de traduction ludique sans parler des Jeux de la traduction. Cette compétition interuniversitaire, qui a eu lieu en 2022 pour la seizième fois, a su se tailler une place dans le milieu. Plus qu’un simple tournoi, il s’agit d’un rassemblement d’étudiantes et d’étudiants qui s’affrontent dans des épreuves de traduction, et d’une occasion pour les membres de la profession et les universitaires d’échanger leurs réflexions sur les pratiques du domaine. C’est aussi, pour la relève, l’apparition ou la confirmation d’un sentiment d’appartenance à une communauté dans laquelle s’impliquer et s’épanouir. C’est également une fin de semaine de plaisir et de rencontres qui laissent des souvenirs indélébiles.

Que les Jeux commencent!

Un peu à l’image des Jeux olympiques, les Jeux de la traduction sont composés d’épreuves. Ici toutefois, ce ne sont pas les muscles, mais bien les neurones qui s’échauffent et surchauffent : adaptation publicitaire, traduction audiovisuelle, traduction de chanson et bien d’autres spécialités sont au programme. Pendant une fin de semaine, des délégations étudiantes de premier et deuxième cycle s’affrontent afin de ramener à la maison la coupe tant convoitée. La première édition des Jeux, qui a été organisée en 2006 par l’Association étudiante de traduction de l’Université de Montréal, regroupait cinq universités. Depuis, l’événement attire annuellement une dizaine d’universités et collèges au Canada. Dans certains de ces établissements, l’engouement est tel que des « mini-jeux » sont tenus en amont pour constituer les équipes participantes! 

Au-delà de la compétition en tant que telle, le succès de l’événement est notamment le fait de tout le travail effectué en coulisses. Il est en effet le résultat du travail acharné d’un comité organisateur bénévole qui, pendant un an, cogne aux portes de commanditaires, cherche du matériel pour les épreuves et voit à tous les éléments logistiques qu’exige un événement qui réunit facilement plus d’une centaine de personnes chaque année. Les Jeux sont également soutenus par de nombreuses personnes qui y accomplissent diverses tâches essentielles, notamment la correction des épreuves.

La force des rencontres

Au-delà des épreuves, les Jeux sont une occasion pour les étudiantes et les étudiants de commencer à se tisser un réseau qui leur servira tout au long de leur carrière. Les membres d’une équipe, qui ne se connaissent pas nécessairement au départ, se lient souvent d’amitié au fil de rencontres préparatoires hebdomadaires ou mensuelles. Pendant l’événement, les interactions entre les différentes délégations sont fortement encouragées grâce à des activités comme un cocktail d’ouverture, des séances de karaoké et des soupers. Les concurrentes et les concurrents découvrent donc souvent des gens qui leur ressemblent, qui ont des parcours semblables au leur et avec qui elles et ils ont des intérêts en commun. Quoi de mieux pour créer un sentiment d’appartenance à leur future communauté?

C’est dans cet esprit qu’est né le concept des hasbeens, ces « athlètes » des compétitions précédentes qui, une fois leurs études terminées, souhaitent continuer d’être de la partie. Leur présence aux activités entourant les épreuves aide à briser la glace et favorise les interactions interéquipes. Tout au long de la fin de semaine, ces hasbeens prodiguent aux équipes des conseils sur le déroulement des activités et leur transmettent de l’information sur la réalité du marché du travail. Entre eux, ils discutent également de leur expérience professionnelle et s’informent d’occasions d’emploi qui pourraient les mener à travailler ensemble.

Par ailleurs, de nombreux commanditaires participent au cocktail de réseautage du vendredi soir. Les entreprises et organismes intéressés y découvrent des étudiantes et des étudiants qui ne craignent pas l’engagement et peuvent y présenter leur offre à la relève. L’OTTIAQ est d’ailleurs l’un des commanditaires de longue date des Jeux et y a recruté bon nombre de membres!

En marge des Jeux se déroule aussi le Symposium pour la pédagogie de la traduction. Dès les premières années, les responsables de la correction des épreuves (souvent des universitaires) ont compris qu’il s’agissait d’une occasion en or pour les collègues de différentes universités de discuter d’enjeux touchant l’enseignement. Le tout s’est officialisé il y a cinq ans sous la forme d’un symposium où sont abordés des thèmes comme le recours au numérique dans l’enseignement, la pédagogie inclusive et l’évaluation à l’ère des outils neuronaux.

Pour le plaisir de traduire

Selon Le Robert Dico en ligne, un jeu est une « activité physique ou mentale dont le but essentiel est le plaisir qu’elle procure ». Il n’est donc pas surprenant que les Jeux de la traduction soient aussi amusants. L’ambiance y est à la fête et aux jeux de mots cocasses (exemple digne de mention : la fameuse Gossip Box, une version papier des médias sociaux alimentée toute la fin de semaine, traduite par Pot-potins). Certes, les épreuves comme la simulation professionnelle, où les pannes d’Internet et les mises à jour des textes par les clients se succèdent, donnent du fil à retordre aux équipes, mais quoi de mieux qu’une bonne dose de stress pour générer autant de créativité et de rire. Plusieurs épreuves nécessitent de laisser libre cours à son imagination. Imaginez traduire la chanson « Café corsé » de Bleu Jeans Bleu ou « Thrift Shop » de Macklemore en équipe de trois et en moins d’une heure… fou rire garanti et résultat inédit! On peut dire que les Jeux permettent aux membres de la relève de traduire pour le plaisir, dans le plaisir. Un avant-goût de ce qu’on leur souhaite le plus souvent possible au cours de leur carrière.

Que ce soit pour créer des liens, faire avancer la pédagogie de la traduction ou faire un pont entre l’industrie et le milieu universitaire, les Jeux ont beaucoup à offrir. Ils font même voir du pays : en 2023, ils se tiendront pour une deuxième fois à Moncton, au Nouveau-Brunswick. Si vous souhaitez en savoir plus sur les Jeux de la traduction et consulter les épreuves des années antérieures, vous pouvez visiter le site jeuxdelatraduction.ca. Sinon, soyez à l’affût : une ou un hasbeen se cache peut-être dans votre réseau!

Edith Groulx-Robert détient un baccalauréat en traduction de l’Université de Montréal. Elle a participé aux Jeux de la traduction sous divers chapeaux de 2009 à 2020. Elle est directrice des Services professionnels à Versacom, où elle a également occupé des postes de traductrice et de réviseure.


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