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Les professions langagières en 2029

Par Philippe Caignon, terminologue agréé et traducteur agréé

Dans dix ans, nous serons déjà à l’aube de la quatrième décennie du XXIe siècle. Bien entendu, l’industrie de la langue continuera de croître, car les professions langagières seront de plus en plus sollicitées dans un monde où la communication multilingue de qualité sera au centre de la politique, de l’économie, de la science et de la culture. En revanche, l’évolution fulgurante des nouvelles technologies redéfinira les tâches professionnelles de nombreuses personnes, qu’elles exercent la traduction, la terminologie, la révision, la rédaction technique ou l’interprétation. Il en va de même pour les gestionnaires de projet, les chefs d’équipe ou les travailleurs indépendants qui auront de nouveaux outils pour les appuyer durant leur travail.

Si certains sont pessimistes face à ce qui attend les langagiers humains dans un avenir rapproché, d’autres sont plutôt enthousiastes devant les nouveaux outils, de plus en plus performants, qui seront mis à leur disposition. C’est en réfléchissant à cette opposition de points de vue que l’équipe de Circuit a préparé ce dossier sur les professions langagières en 2029. En effet, 2029, c’est dans dix ans. L’année n’est pas assez éloignée pour qu’on verse dans la fiction, ou la divination, et pas assez proche pour qu’on ne perçoive aucun changement significatif. Par conséquent, elle est parfaite pour susciter quelques projections temporelles réalistes.

Pour monter ce numéro, nous avons fait appel à des collaborateurs dont l’expérience et l’opinion professionnelles sont complémentaires. Ensemble, ils forment une équipe aux connaissances solides et diversifiées.

Tout d’abord, Caroline Mangerel brosse un tableau des tendances sociales et linguistiques d’avenir. Elle nous entretient d’économie, de politique et de démographie. Elle traite des technologies en évolution qu’elle relie à l’exercice de la traduction et de l’interprétation dans le monde. Elle souligne l’importance de l’apprentissage des langues étrangères pour la prospérité et la sécurité des nations ainsi que l’influence grandissante des anciennes colonies et des économies émergentes dans le marché mondial de la langue.

Puis, Elizabeth Marshman explore l’avenir de la terminologie, avenir qui, comme on s’en doute, est étroitement lié à celui des technologies. Elle nous parle des outils informatiques conçus pour aider les interprètes dans leur tâche et nous présente des projets prometteurs qui visent à mettre la terminologie à la disposition de tout le monde ainsi que de nouvelles tendances qui auront un impact sur l’ensemble des professions langagières.

Nous plongeons ensuite dans l’univers de l’intelligence artificielle appliquée à la traduction alors que Stéphane Trinh, concepteur de logiciels, nous dévoile les mécanismes de la traduction automatique neuronale (TAN) qu’il compare à la traduction automatique statistique. Il nous explique, entre autres choses, l’influence que pourra avoir la TAN sur les professions langagières dans l’avenir.

Quentin Poupon prend le relais technologique pour nous présenter le débat autour de la traduction automatique (TA). Il expose le clivage des opinions sur l’effet qu’auront les technologies de la traduction sur l’exercice de la profession et il nous informe des limites ainsi que des succès actuels de la TA. De la prétraduction à la postédition, aucun sujet ne lui est fermé.

Ugo Ellefsen, pour sa part, nous livre ses réflexions sur l’avenir de la localisation, particulièrement celui de la localisation vidéoludique. Il traite de la transcréation et de l’influence des joueurs sur les techniques d’adaptation et le processus de localisation. En effet, fortement tributaire des sautes d’humeur de sa clientèle, l’industrie du jeu vidéo voit sa valeur boursière dépendre en grande partie de la qualité de la traduction de ses produits. En conséquence, cette industrie innove constamment et cherche à développer, entre autres stratégies inédites que nous dévoile l’auteur, la traduction axée sur l’utilisateur.

Enfin, Barbara McClintock recense plusieurs tendances d’avenir concernant les professions langagières. Elle nous révèle, par exemple, les langues qui prendront de l’importance avec le temps ainsi que les raisons de leur essor. Elle aborde également la transformation du rôle de la traductrice et la pénurie attendue d’interprètes locuteurs de langues peu utilisées.

Dans dix ans, l’exercice des professions langagières sera différent : les avancées technologiques permettront d’accroître la productivité en donnant un accès ultra-rapide à l’information pertinente et en ciblant avec une précision accrue les attentes d’une clientèle de plus en plus exigeante et vocale dans les réseaux sociaux. Ces avancées transformeront la façon dont chacune ou chacun d’entre nous se préparera à traduire, à interpréter, à réviser et à rédiger. La manière de traiter la terminologie et l’information textuelle sera également différente, car elle se démocratisera pour atteindre un public élargi et, surtout, celles et ceux qui en ont besoin pour venir en aide aux démunis de ce monde.

Nos professions, comme de nombreuses autres, sont en pleine transformation. Par ce dossier, nous voulons vous présenter certaines tendances prévisibles qui se profilent pour 2029. Nous espérons que la lecture des articles vous donnera matière à réflexion et entraînera des discussions productives.


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