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Le réseautage en début de carrière… et au-delà!

par Simon Frappier, traducteur agréé

Quel bonheur que de « réseauter »! Pourquoi ces guillemets? Parce que c’est un terme galvaudé qui signifie, en somme, aller à la rencontre des autres pour former des relations. Est-il chose plus humaine et naturelle? Cependant, pour que ce mot prenne tout son sens dans un contexte professionnel, il faut adopter une mentalité résolument différente…

Changer son attitude

Tout langagier doit se considérer et agir comme un entrepreneur, quel que soit son statut professionnel. Il est un fournisseur de services langagiers, au même titre que n’importe quel grand cabinet. Nombreux sont ceux qui résistent à cette perspective parce que le marché semble inhospitalier à la sensibilité qu’exigent les professions langagières. En fait, il convient simplement d’établir une distinction nette entre, d’un côté, la prestation de services et, de l’autre, l’ensemble des activités connexes, qui exigent bien d’autres compétences et une approche entrepreneuriale.

La nécessité du réseautage découle d’une réalité connue, mais peu méditée : avoir quelque chose à offrir ne suffit pas; encore faut-il trouver les moyens de communiquer cette offre aux autres tout en leur inspirant confiance. Le réseautage se révèle ainsi une activité consubstantielle à la gestion de carrière. Pour y réussir, comme dans la vie, il faut avoir un bon état d’esprit, des aptitudes pour la stratégie et une certaine dose de courage.

Réseauter, c’est socialiser

Si l’on part du point de vue que réseauter est à la vie professionnelle ce que socialiser est à la vie personnelle, les relations apparaissent comme autant d’amitiés mutuellement bénéfiques qui transforment les gens en alliés les uns des autres, soit en personnes capables de s’entr’appuyer concrètement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est primordial de miser sur la qualité et non sur la quantité : mieux vaut se concentrer sur le développement d’une poignée de bonnes relations que d’une pléthore de contacts superficiels.

Étudier, c’est réseauter

Les études constituent une phase d’ouverture propice à la création d’une multitude de relations. D’aucuns affirment même que l’université est l’endroit idéal pour commencer à se faire de nouveaux amis et d’éventuels alliés. Pourquoi? Il y a des gens à foison et des occasions de rencontres en tout temps; les camarades intimident moins que les professionnels; les contacts sont très fréquents; il est facile de savoir rapidement avec quelles personnes l’on a des affinités; le travail d’équipe permet de connaître les forces et les faiblesses de chacun; les activités sociales sont gratuites ou peu coûteuses; le tarif étudiant des événements est fort avantageux; les conseils de professionnels chevronnés peuvent influer à un moment critique sur la trajectoire que l’on suit. Si cette rafale de raisons ne parvient à convaincre les étudiants, qu’est-ce qui le pourra?

Se connaître, se définir

Il importe au préalable de déterminer comment on se définit soi-même – identité professionnelle, compétences, offre de services – et ce que l’on souhaite retirer d’un réseau professionnel. De ces deux éléments découleront la manière de se présenter ainsi que les stratégies à mettre en œuvre en fonction des besoins éprouvés. Ceux-ci sont d’ailleurs susceptibles de changer avec le temps, selon que l’on cherche des encadreurs, des clients, des collaborateurs, des employeurs, etc.

Recommander

Le réseautage est essentiel parce que le bouche-à-oreille demeure encore et toujours la voie royale de l’emploi. Que ce soit pour confier des charges de travail temporaires ou pour pourvoir des postes (seule une fraction des emplois disponibles sont affichés), le premier réflexe des particuliers et des sociétés est de demander des recommandations à leurs réseaux ou à leurs employés. Il apparaît donc peu efficace de se contenter des stratégies « traditionnelles », comme la consultation des sites de recherche d’emploi et l’envoi de candidatures spontanées, stratégies qui sont souvent laborieuses et tributaires du hasard.

Être à l’écoute

Tout professionnel responsable aura à cœur de se tenir au courant des nouveautés dans son domaine et de comprendre les tendances émergentes afin de tirer son épingle du jeu. Le réseautage représente un excellent moyen de se familiariser avec les rouages du marché et d’en prendre le pouls.

De la même manière, il importe d’être toujours à l’affût de ce que ses interlocuteurs disent… et de ce qu’ils ne disent pas. Entre les lignes se logent parfois des occasions de combler de réels besoins. Qui sait si, au détour d’une conversation, on ne pourrait pas flairer la chance de se rendre utile en proposant ses services?

Agir de façon stratégique

Comme les avenues de réseautage ne manquent pas, il n’est pas nécessaire de se lancer tous azimuts. Événements de l’OTTIAQ, groupes de langagiers, chambres de commerce, activités locales, soirées de réseautage, célébrations diverses : les occasions de nouer des liens pertinents abondent!

On peut aussi réseauter à la pièce en ciblant des gens qui ont un profil attrayant et en se manifestant auprès d’eux en personne ou par écrit. Si la correspondance permet de démontrer ses aptitudes rédactionnelles, elle est chronophage et suffit rarement à établir un lien au-delà de la seule sympathie. Une rencontre, formelle ou informelle, marque bien davantage, et les interlocuteurs peuvent se jauger mutuellement et discuter plus librement.

Dans la mesure où l’on désire établir des relations durables, il est préférable de proportionner ses efforts. En consacrant un peu de temps chaque semaine au réseautage, par exemple, on pourrait nouer plus de cinquante relations par année si l’on se fixe comme objectif d’établir un seul nouveau contact aux sept jours.

Se dépasser pour être davantage

Certes, il peut se révéler difficile de sortir de sa zone de confort et de vaincre sa timidité, mais il est toujours possible d’améliorer ses habiletés relationnelles. Des ressources, tant humaines (amis, collègues, mentors, formateurs, coachs) que matérielles (articles, livres, forums, ateliers) destinées à toute personne motivée à lever ses obstacles intérieurs et à entrer en relation avec autrui sont aisément accessibles.

Précisons en terminant que le réseautage n’est jamais une fin en soi. Sans vouloir l’instrumentaliser, il représente une manière efficace de créer de la valeur humaine et de cheminer vers l’épanouissement professionnel.

Au plaisir de se rencontrer!


Simon Frappier est passionnément engagé dans la valorisation des langagiers. Il travaille chez KPMG et siège au comité de la relève de l’OTTIAQ depuis septembre 2018. Diplômé de l’Université de Montréal en littérature comparée et en traduction, il y poursuit ses études en traductologie. simon.frappier@umontreal.ca   https://www.linkedin.com/in/simon-frappier/     


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