Imprimer
Partage :

La traduction (vidéo)ludique, un jeu d’enfants?

Par Valérie Florentin, traductrice agréée, et Ugo Ellefsen

L’un des débats qui fait rage dans l’industrie est le suivant : vaut-il mieux savoir jouer ou savoir traduire pour se tailler une place dans la traduction (vidéo)ludique? La question est aussi épineuse que de savoir lequel de l’œuf ou de la poule est arrivé en premier : les deux sont en effet indissociables. 

Force est de reconnaître que la traduction (vidéo)ludique est un exercice différent des autres aspects de la profession. Elle est souvent qualifiée de mélange entre traductions littéraire et technique, mais il s’agit là d’une simplification outrancière. Pour comprendre la traduction (vidéo)ludique, il faut d’abord comprendre les règles de ses supports. En effet, chaque type de jeu a ses propres règles et caractéristiques. 

Commençons par les jeux de société sur support papier. Souvent, on y trouve un décor (traduction littéraire), des règles (traduction technique), et du matériel (traduction technique, toujours, à laquelle s’ajoute souvent une contrainte d’espace). Ils sont aussi de plus en plus souvent accompagnés d’une vidéo explicative (traduction audiovisuelle). Alors, que faut-il pour percer dans le milieu? Une solide connaissance générale (les jeux de société peuvent reposer sur toutes sortes de sujets), un bon sens du style pour les parties littéraires, une maîtrise des jeux (pour la terminologie, la phraséologie et la compréhension du système), une aptitude à la concision et enfin un solide bagage traductionnel. 

Continuons avec les autres jeux papier : les jeux de rôles. Souvent, ils se présentent sous la forme de livre (format lettre) qui peuvent compter de 30 à plus de 500 pages. Dans ces livres, de nombreux passages littéraires, historiques, géographiques, économiques, politiques, etc. (il faut présenter les univers) accompagnés de tout autant de règles (et une compréhension suffisante des statistiques est souvent la bienvenue pour vérifier les calculs présentés). Là encore, le sens du style est primordial, tout comme de solides compétences en recherche (vous n’imaginez pas le nombre d’erreurs que l’on trouve lorsque les vérifications sont prises au sérieux), en rédaction (quand les auteurs originaux ont omis des éléments nécessaires à la compréhension générale du jeu, par exemple la présentation de certains personnages) et bien entendu en traduction technique. La terminologie doit par ailleurs être précise, que l’on détaille les pièces d’un moteur de locomotive à vapeur du XVIIIe siècle ou la nef d’une cathédrale réelle.

Enfin, terminons avec les jeux vidéo. En raison de l’oralité de ces jeux, il faut connaître autant les principes du sous-titrage (pour les dialogues) que du doublage (pour les cinématiques). Soulignons de plus qu’il s’agit d’un texte multimodal : l’image et l’interactivité s’ajoutent aux difficultés précédemment évoquées. De plus, le texte est, en quelque sorte, un algorithme puisque certaines parties ne s’affichent que lorsque des conditions précises sont remplies. Autant dire que la traduction d’un jeu est rarement linéaire… d’autant plus que les traductrices ont rarement accès au jeu complet et que le texte est souvent présenté sous forme de tableaux décontextualisés intitulés « dialogues », « menus », « équipements », etc. Enfin, vu la diversité des sujets, il faut là encore une solide connaissance générale, y compris un amour pour le sport, l’urbanisme, voire la chirurgie.

C’est donc dire que la traduction (vidéo)ludique est loin d’être un jeu d’enfants… Pour en faire la démonstration, Circuit a demandé à six personnes d’expliquer les tenants et aboutissants de ce domaine souvent méconnu, mais aussi en quoi le jeu peut influencer la formation en traduction.

Pour commencer, Ugo Ellefsen, étudiant au doctorat à l’Université Concordia, explique la réception des jeux vidéo localisés et contraste les attentes du public avec la réalité professionnelle en cours dans le milieu. Pour aller plus loin, Santiago de Miguel, traducteur autonome, nous présente les avantages des logiciels d’aide à la traduction sur le processus et la qualité du travail final. 

Du côté des jeux de rôles, dans la chronique La esfera hipánica, Carlos de la Cruz, gestionnaire de projet, nous présente les particularités de ce sous-domaine de la traduction ludique, à mi-chemin entre traductions technique et littéraire. Pour aller plus loin, Valérie Florentin, membre de l’OTTIAQ, se concentre sur les aspects terminologiques de tels jeux, qui doivent à la fois respecter une précision historique, géographique ou autre, mais aussi assurer l’immersion dans un univers imaginaire. 

Deux autrices se sont plutôt intéressées au jeu dans la formation. Ainsi, Julie McDonough Dolmaya, professeure en traduction au campus Glendon de l’Université York, nous parle des avantages d’une approche ludique dans l’atteinte d’objectifs pédagogiques spécifiques tandis qu’Édith Groulx-Robert, membre de l’OTTIAQ, dépeint les avantages à long terme des Jeux de la traduction, cette compétition universitaire née en 2006. 

Enfin, la chronique Entretiens nous présente le parcours de Mathilde Baudin, traductrice, et donne quelques conseils à toute personne qui souhaiterait se lancer dans le métier. 

Nous vous souhaitons une bonne lecture et espérons que cette brève incursion dans les couloirs de la traduction (vidéo)ludique vous aura fait découvrir un nouveau domaine de spécialisation. 


Partage :