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Opinion

La déontologie et l’exercice de la traduction

Par Sébastien St-François, traducteur agréé 

Comme membre de l’OTTIAQ depuis 1999, soit la part du lion de ma carrière à ce jour, mes activités professionnelles sont encadrées par des considérations déontologiques. De plus, en mes qualités d’ancien syndic adjoint, d’ancien syndic et d’actuel membre du conseil d’administration et deuxième vice-président de l’Ordre, j’accorde évidemment une bonne partie de mes réflexions aux questions d’éthique et de déontologie et j’y soumets mes actions comme professionnel.

À mon avis, toute personne qui exerce la traduction, la terminologie ou l’interprétation a des obligations éthiques et déontologiques dans l’exercice de son travail. Ce qui différencie les trad. a., term. a. et int. a. en la matière est le fait que leurs obligations sont codifiées. En effet, à l’instar des membres des 45 autres ordres professionnels du Québec, l’OTTIAQ s’est doté d’un code de déontologie qui encadre la pratique professionnelle de ses membres. Ce code établit les devoirs de ceux-ci envers le public, envers les clients et envers la profession.

J’ai choisi de puiser dans mes quelque vingt années d’expérience de traducteur en pratique privée ainsi que dans mes activités passées et présentes au sein de l’OTTIAQ pour commenter quelques articles de ce code de déontologie.

Articles 3. « Avant de dispenser un service professionnel, le membre doit tenir compte des limites de ses aptitudes, de ses connaissances ainsi que des moyens dont il dispose. Il ne doit pas, notamment, entreprendre des travaux pour lesquels il n’est pas suffisamment préparé, sans obtenir l’assistance ou l’information nécessaire. »

Commentaire : Les langagiers débutants, qui sont en quête de clients et travaillent à se forger une carrière, ont tendance à oublier qu’on ne peut pas être bon dans tout et qu’il faut avoir l’humilité de le reconnaître. Mieux vaut refuser un mandat ou rediriger le client vers une ressource de confiance que s’y aventurer sans les connaissances ou les aptitudes nécessaires et livrer un produit qui ne répond pas aux attentes… Bien entendu, tout langagier professionnel gagne en expérience, en connaissances et en sagesse au fil des ans et saura s’adjoindre les ressources nécessaires pour éviter de devoir refuser des mandats et des clients.

Article 8. « Le membre doit remplir son mandat conformément aux normes professionnelles et aux règles de l’art. À cette fin, il doit mettre à jour et perfectionner ses compétences. »

Commentaire : Trop de membres tendent à oublier que la formation continue, même lorsqu’elle n’est pas obligatoire – comme c’est le cas à l’OTTIAQ jusqu’à nouvel ordre –, fait partie intégrante de la pratique professionnelle. Il faut savoir que la mise à jour des connaissances et des compétences peut prendre de nombreuses formes : assister à des congrès, siéger à des comités, faire des lectures, etc.

Articles 23. et 24. « Le membre doit demander un prix juste et raisonnable pour ses services professionnels.

Les honoraires sont justes et raisonnables s’ils sont justifiés en raison des circonstances et proportionnés aux services rendus. Le membre doit notamment tenir compte des facteurs suivants pour la fixation de ses honoraires : a) son expérience; b) le temps consacré au mandat; c) la difficulté du mandat; d) l’importance du mandat; e) la responsabilité assumée; f) la prestation de services inhabituels ou exigeant une compétence ou une célérité exceptionnelles. »

Commentaire : S’il y a une question épineuse dans le domaine de la traduction, c’est bien celle des tarifs. Deux articles de notre code de déontologie y sont consacrés. Bien entendu, nous évoluons dans un marché concurrentiel où chacun est libre de juger ce qui représente un prix juste et raisonnable pour ses services. Par ailleurs, nous sommes des professionnels et avons le devoir de nous démarquer dans un marché où des personnes qui se disent langagières sans l’être vraiment nous font concurrence. Nous avons aussi le devoir d’aider au développement de nos professions. Ce n’est certainement pas en nous contentant de « tarifs de misère » que nous contribuerons à leur pérennité et à leur essor, ne l’oublions jamais…

Article 36. « Le membre doit, dans la mesure de ses possibilités, aider au développement de sa profession par l’échange de ses connaissances et de son expérience avec d’autres membres et les étudiants, par sa participation aux cours et aux diverses activités de l’Ordre. »

Commentaire : Nous n’y pensons peut-être pas d’emblée, mais aider au développement de nos professions fait aussi partie de nos obligations déontologiques comme membres du système professionnel québécois. L’OTTIAQ a un besoin constant de bénévoles pour épauler ses employés (l’équipe de la permanence est constituée de huit personnes pour rendre des services à plus de 2 200 membres). Et les possibilités sont très nombreuses : vous pouvez siéger à un ou plusieurs comités selon vos intérêts, servir de mentor à quelqu’un qui fait son entrée dans une profession langagière ou encore jouer le rôle d’ambassadeur pour « répandre la bonne parole » auprès des étudiants. Agissant moi-même comme bénévole au sein de l’Ordre depuis nombre d’années, je peux vous confirmer que cette expérience aura été un volet très enrichissant de la majeure partie de ma carrière. Cela vous intéresse? L’OTTIAQ a besoin de vous!

Pour terminer, permettez-moi d’affirmer que le code de déontologie auquel nous sommes astreints n’est pas un frein à notre prospérité. Au contraire, c’est un formidable outil de développement et de promotion car, au même titre que le Code des professions auquel nous ne pouvons nous soustraire, il nous permet de nous ranger du côté des quelque 400 000 autres professionnels qui exercent au Québec. L’agrément est donc une importante valeur ajoutée pour tous langagiers membres de l’OTTIAQ.

Sébastien St-François exerce la traduction en pratique privée depuis le début de sa carrière. En outre, depuis 2013, il est chargé de cours à l’Université du Québec à Trois-Rivières, responsable du cours de traduction juridique offert dans le cadre du baccalauréat en traduction en ligne reconnu par l’OTTIAQ.


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