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L’inspection professionnelle : saine évaluation et conseils pratiques

Pour les membres de l’OTTIAQ, et particulièrement pour les travailleurs autonomes, recevoir un questionnaire préalable à l’inspection professionnelle ou un formulaire d’autoévaluation peut être source de stress important. Il n’y a toutefois aucune raison de paniquer. Pourquoi ne pas plutôt voir l’apport de l’inspecteur-conseil comme un instrument de perfectionnement professionnel?

Par Liza Beaulieu, traductrice agréée

Comme membre de l’OTTIAQ, il est plus que probable que vous serez un jour appelé à montrer comment vous exercez votre profession. Cela n’a rien de sorcier, mais le processus en inquiète plus d’un. Passage obligé dans tous les ordres professionnels au Québec, la surveillance de l’exercice est l’un des mécanismes mis en place par le Code des professions pour assurer la protection du public. Personne ne peut s’y soustraire et il est bon de s’en souvenir. L’OTTIAQ prend ce mécanisme très au sérieux, tant et si bien que depuis quelques années il le double d’un volet dit « conseil ».

Le volet conseil : savoir répondre aux questions des membres inspectés

Le volet conseil sert à répondre aux questions des membres inspectés et joue un rôle important dans le processus d’inspection. Il permet à l’inspecteur-conseil d’accomplir son travail d’une manière holistique. Or, bien que le but premier de l’inspecteur-conseil soit d’examiner les traductions et la conformité de la pratique pour juger de leur qualité, il lui arrive d’avoir à composer avec des propos délicats durant une visite. Un membre choisira parfois de soulever des difficultés personnelles, de parler de l’impact d’une maladie ou d’un décès, obstacles bien réels dans l’accomplissement du travail et du rendement. Dans ces cas-là, il ne revient pas à l’inspecteur-conseil de questionner plus avant le membre, ni de le juger, mais bien de faire preuve d’humanité en écoutant et en discernant les propos de l’autre, tout en reconnaissant le courage et la saine vulnérabilité dont il a su faire preuve en s’ouvrant. Jamais cependant le rapport écrit final de l’inspecteur-conseil n’en fera mention, la confidentialité étant de mise au comité d’inspection professionnelle.

Rendre compte de la qualité du travail d’un membre n’est pas une mince affaire; il y va du gagne-pain de cette personne. Sachez que l’inspecteur-conseil en est conscient lorsqu’il rédige son rapport d’évaluation. Il s’applique toujours à trouver les mots justes pour décrire de l’ensemble d’une situation. Il en va de même pour les membres du comité d’inspection professionnelle au moment de mettre leurs observations et recommandations par écrit.

Le volet conseil a été mis sur pied pour humaniser le processus d’inspection professionnelle. Il favorise le respect et l’empathie, et permet à l’inspecteur-conseil de ne jamais perdre de vue qu’il évalue, d’abord et avant tout, le travail d’un être humain. La formation des futurs inspecteurs les prépare à évaluer et à conseiller leurs pairs, et leur rappelle qu’ils sont appelés à traiter ces professionnels avec humanité.

Une pause salutaire

Si la pandémie actuelle inquiète par les différentes mesures de sécurité sanitaire qu’elle impose, il n’est pas dit que ce moment ne puisse être utilisé à bon escient. Lorsqu’on est confronté à des questions de vie ou de mort, faire une pause s’avère toujours salutaire. On s’interroge. On réfléchit à ses choix de vie et, si nécessaire, on y apporte des changements. On apprend à se traiter soi-même avec humanité.

Se préparer à remplir un questionnaire préalable à une visite d’inspection ou un formulaire d’autoévaluation sous-entend un peu la même chose, mais le moment d’arrêt est cette fois obligatoire. Il faut ralentir la cadence, examiner ses processus de travail point par point, et savoir poser un regard inquisiteur et franc sur sa façon d’agir. Et cela est vrai pour les deux personnes en cause puisque cette pause force tant l’inspecteur-conseil que le membre inspecté à la réflexion, le premier pour être en mesure de bien cerner ce que le second fait, et le second pour bien mesurer ce qu’il fait lui-même : « Est-ce que j’aime vraiment mon travail? Est-ce que je le fais correctement, de manière professionnelle et selon les règles de l’art? Dois-je nécessairement accepter tous les mandats qui se présentent à moi parce que je ne sais pas de quoi mes lendemains seront faits? » Il est crucial de répondre honnêtement à ces questions. C’est ce qui permet de remplir les mandats avec intégrité.

Les inspections professionnelles et la pandémie actuelle nous rappellent que la vie est trop courte pour ne pas songer à y apporter tous les changements nécessaires afin de la rendre plus riche et gratifiante.

Il ne faut pas oublier non plus que l’éthique professionnelle à laquelle adhèrent les membres de l’OTTIAQ implique l’amélioration des connaissances, gage incontestable de compétence. Vous serez inspecté sous peu? Prenez le temps de consulter le Règlement sur la tenue des dossiers et des cabinets de consultation, le Code des professions, le Code de déontologie et la Réglementation de l’OTTIAQ. Vous avez reçu le Programme annuel de surveillance générale par courriel? Lisez-le avant de remplir le questionnaire d’inspection ou d’autoévaluation, car ce document énonce la mission de votre ordre professionnel et décrit les valeurs qu’il prône.

L’inspection professionnelle à l’aube d’une ère nouvelle

Beaucoup de traducteurs, terminologues et interprètes sont appelés en ce moment à travailler différemment pour répondre aux exigences actuelles du marché du travail, et de nouvelles pratiques viendront vraisemblablement colorer l’après-COVID-19. L’inspection professionnelle n’y échappera pas. Télétravail, vidéoconférences, formations à distance, traduction neuronale — qui occupe de plus en plus de place dans le quotidien des langagiers — et bien d’autres méthodes de travail font maintenant partie de notre quotidien, à juste titre. Une réflexion s’impose pour faciliter l’adaptation aux nouvelles réalités.

Ainsi, un projet d’inspection professionnelle à distance est actuellement à l’étude; il pourrait notamment permettre l’évaluation en ligne de membres exerçant tant en ville qu’en région. Les questionnaires préalables à la visite d’inspection et les formulaires d’autoévaluation devront être repensés pour tenir compte des nouveaux modes de travail. Comme l’inspection professionnelle se veut un instrument de perfectionnement permettant l’amélioration continue de la pratique, il faudra par ailleurs prévoir une mise à niveau des connaissances des inspecteurs-conseils. Il y va de notre crédibilité à tous et à toutes, mais surtout et avant tout de la protection du public, car nous sommes responsables des actes que nous posons. 


Liza Beaulieu est inspectrice-conseil depuis plus de 10 ans. Elle détient des diplômes de premier cycle en traduction (Université de Montréal), en études hispaniques (Université Concordia) et en théologie (McGill), de même qu’une maîtrise en traductologie (Université de Montréal), une maîtrise en œcuménisme (Université de Genève) et un D.E.S.S. en études pastorales — accompagnement spirituel en milieu de santé (Université Laval).


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