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Sortir de chez soi pour comprendre l’autre

Par Étienne McKenven, traducteur agréé

Loi sur les langues officielles, interférences entre l’anglais et le français, efforts de professionnalisation, traduction automatique, impératifs de productivité, baisse des tarifs… Nous inscrivons tout naturellement la situation de nos professions dans la réalité que nous connaissons : celle d’ici. Or, pour comprendre où on est, où on va et où on pourrait aller, il est parfois judicieux de sortir de chez soi, surtout si on revient enrichi de la connaissance de l’autre.

Nous vous proposons dans ce numéro un coup d’œil sur la réalité de sept langagiers vivant et exerçant dans différents coins du globe. Des langagiers dont la pratique est, comme ici, teintée par un contexte historique, des interférences linguistiques particulières, la recherche d’une reconnaissance professionnelle, l’automatisation continue des processus, etc. Des langagiers dont la réalité et la perspective sont parfois très différentes des nôtres, parfois étrangement semblables.

Ainsi, dans son article, Ivan Lacko nous explique que le slovaque, autrefois très influencé par le tchèque, l’est tout autant aujourd’hui par l’anglais, mondialisation oblige. Avec des résultats inquiétants pour les amoureux de cette langue. Par ailleurs, il semble qu’en Slovaquie, les services linguistiques sont parfois assurés par quiconque possède une certaine connaissance de la langue de départ. Air connu?...

Ancienne présidente de la Fédération internationale des traducteurs, Marion Boers nous présente la situation linguistique aussi fascinante que complexe qui prévaut en Afrique du Sud et traite d’une obligation qui serait imposée bientôt à tous les traducteurs du pays d’obtenir un agrément.

Zaneta Barska travaille dans une paire de langue rare : polonais-grec. Chez nous, l’existence d’une pléiade d’ouvrages sur le rapport entre l’anglais et le français est tenue pour acquise, mais que fait-on si la documentation traitant des interférences entre deux langues est inexistante? Comment apprend-on son métier si peu de personnes l’exercent?

Le finnois est une langue complexe et de rayonnement restreint qui donne du fil à retordre à la traduction automatique, nous explique la traductrice Kaisu Keisala-Kaseja. Heureuse conséquence de cet état de fait, la pression à la baisse des tarifs se fait sentir avec modération en Finlande, pays où les traducteurs indépendants collaborent de plus en plus entre eux, pour leur plus grand bien.

Le Néo-Zélandais Te Tumatakuru O’Connell nous entretient du grand changement survenu dans le paysage linguistique de son pays au cours des dernières décennies : le māori et la langue des signes de Nouvelle-Zélande ont rejoint l’anglais à titre de langues officielles. Le māori étant d’abord et avant tout une langue orale, sa déclinaison sous forme écrite ne va pas sans difficultés.

Olga Egorova et Uliana Saveleva nous entretiennent de la nouvelle réalité des langagiers dans la région russe de la mer caspienne, en particulier de l’émergence de nouvelles langues de travail exotiques à notre point de vue, émergence qu’explique l’intégration du commerce dans cette région multiethnique et la revalorisation des langues des anciennes républiques soviétiques. Dépaysement assuré!

Interprète et traductrice grecque, Maria Xanthopoulou livre un témoignage bien d’actualité : l’incidence de la crise des migrants, dont la Grèce a été aux premières loges ces derniers temps, sur le respect des normes professionnelles d’interprétation. Car la question est bonne : Que faire des normes lorsque les seules personnes aptes à interpréter dans certaines langues n’ont pas de formation?

Pour concevoir le présent dossier, nous avons bien entendu fait appel à de nombreux langagiers du monde entier, en passant par leurs associations professionnelles. À la fin du processus de sélection, seuls des auteurs qui ne pouvaient écrire qu’en anglais ont confirmé leur participation. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons présenter des articles rédigés en français. En revanche, afin de ne pas oublier notre lectorat francophone, nous avons décidé de produire des longs résumés de langue française.

Sortir de chez soi pour s’enrichir, pour ajouter de la matière à une réflexion collective sur ce qu’on est et ce qu’on veut être. Voilà, très humblement, la proposition sous-jacente à ce dossier. Bon voyage!


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