Imprimer
Partage :

Témoignage

Être femme chef d’entreprise dans le secteur de la traduction 

La fondatrice et directrice d’un cabinet de traduction trinational nous livre quelques réflexions issues de ses vingt ans d’expérience comme entrepreneuse.

Par Céline Imbaud

La traduction est, on le sait, un métier très féminin. Parmi les candidatures que notre société reçoit régulièrement de la part de pigistes ou de candidats à des postes internes, environ 90 % proviennent de femmes. Les clients eux-mêmes sont très souvent des clientes. Cependant, au fur et à mesure que l’on gravit les échelons au sein d’un grand nombre de sociétés, les hommes sont de plus en plus présents. C’est ce que j’expérimente dans le cadre de mes activités : rencontrer des confrères plutôt que des consœurs lors de différents évènements liés à la traduction et à la localisation.

Pour moi, le fait d’être une femme dans ce secteur passionnant n’a toutefois jamais représenté un défi et n’a eu aucun impact sur ma façon de gérer mes affaires. J’ai parfois des réactions différentes de celles de mes confrères face à certaines situations mais globalement, il n’apparaît pas de différences fondamentales.

Trois clés pour réussir en affaires

C’est donc en tant que femme chef d’entreprise que je vous livre ici trois observations liées aux expériences vécues dans le cadre de la croissance de nos activités.

Former des équipes compétentes

Au fil du temps, il devient impossible d’accroître les activités de la société sans former des équipes compétentes. Il est donc impératif de trouver les bonnes personnes pour accompagner ce développement. J’ai toujours beaucoup aimé donner une chance à de jeunes diplômés qui, bien que très talentueux, arrivent dans le monde du travail pas toujours suffisamment armés sur les plans technologique et psychologique. C’est une telle satisfaction de voir une jeune collaboratrice arriver dans une équipe, faire sa place, prendre confiance pour ensuite commencer à faire valoir ses idées et s’impliquer de plus en plus dans le quotidien de l’entreprise. L’accompagner, lui apprendre à prendre des risques : c’est une satisfaction personnelle qui me comble et qui remplit mon besoin de contribuer à l’avenir de la profession. Et même si ces nouveaux talents risquent, à terme, de mettre à profit ces compétences chez la concurrence ou dans un autre secteur, la satisfaction de les avoir aidés à déployer leurs ailes demeurera.

Se servir des erreurs pour avancer

On n’insistera jamais assez sur l’importance de commettre des erreurs. Au cours des vingt dernières années, j’en ai fait un certain nombre et je continue à en faire! Je m’en suis longtemps senti coupable, car certaines ont eu des conséquences sur l’équipe, sur les finances de l’entreprise, voire sur les clients. Cependant, une fois que j’ai reconnu et accepté le fait que ces erreurs font partie du processus d’amélioration continue, il m’a été plus simple de les accueillir. Les erreurs constituent le meilleur apprentissage possible car elles permettent de prendre le recul nécessaire pour en reconnaître la cause et pour s’observer soi-même : Pourquoi ai-je pris cette décision? Ai-je vraiment évalué tous les risques? Ai-je suivi mon intuition? Ai-je été cohérente avec mes valeurs?

Les erreurs permettent de découvrir ce que nous voulons réellement pour notre entreprise, ce qu’au contraire nous ne voulons absolument pas, ainsi que les types de personnalités qui nous font avancer ou qui nous freinent. Les erreurs ne sont pas sanctionnées dans nos équipes car elles nous amènent à nous remettre en question et à déterminer comment ne pas les reproduire. Très souvent, l’analyse de ces erreurs a mené à la mise en place de nouvelles façons de travailler ou de nouvelles procédures, et nous a fait grandir en tant qu’équipe. Ce ne sont pas les erreurs en tant que telles qui risquent d’entraver la croissance à long terme de l’entreprise, mais plutôt le fait de ne pas les reconnaître et de ne pas agir en conséquence.

Savoir écouter

J’ai par ailleurs dû développer la capacité de bien écouter les membres de l’équipe, surtout lorsqu’il est question de leurs frustrations et de leurs désaccords. C’est cet échange constant qui nourrit la croissance et produit des idées innovantes. Je suis longtemps restée « dans ma bulle », échangeant idées et expériences uniquement avec d’autres chefs d’entreprise (ce qui m’a bien aidée au début car je me rendais enfin compte que je n’étais pas la seule à faire face à certains problèmes), jusqu’à ce que je réalise que si j’ouvrais le dialogue et me rendais davantage disponible en interne, les propositions d’amélioration viendraient aussi de mes équipes. L’écoute nécessite une intuition particulière qui permet de créer plus facilement le lien avec notre clientèle, nos partenaires et tout notre écosystème. J’insiste ainsi souvent sur l’aspect humain de notre entreprise pour tisser et maintenir ce lien. Nous nous rapprochons naturellement de partenaires qui partagent ces valeurs de connexion et d’ouverture. Pour réussir, il faut encourager les échanges, faire travailler les équipes à des projets transverses, les laisser se tromper, et communiquer avec elles en toute transparence. Une communication claire est de la plus haute importance, surtout lorsqu’on est en présence d’équipes de différentes cultures, réparties sur plusieurs fuseaux horaires, qui ont parfois des priorités divergentes. L’intuition et l’écoute sont alors essentielles pour instaurer la confiance.

Des défis professionnels et personnels

Les défis strictement professionnels sont surtout liés au fait que le secteur de la traduction évolue extrêmement vite. Si nous voulons rester dans la compétition et continuer à servir nos clientes de la meilleure façon, il faut continuer à s’informer, à se remettre en question, à bien s’entourer, à faire confiance et à rester humbles face à tous les changements qui se présentent quotidiennement.

En tant que femme, un des principaux défis reste le fait de concilier le rôle de maman avec le devoir professionnel. Lorsque l’on comprend que faire de son mieux, sans s’enfermer dans la performance à tout prix, et accepter de se tromper parfois font partie intégrante d’une vie saine, alors concilier ces deux aspects devient plus aisé. Il m’a fallu plusieurs années pour le concevoir mais c’est une réalité et j’aspire maintenant à me servir de ces expériences afin de faire gagner du temps à de jeunes entrepreneuses!

Céline Imbaud a créé ITC Traduction en 1999 en France et réside depuis 10 ans aux États-Unis. ITC Traductions a trois bureaux (France, Canada, États-Unis) pour servir un grand nombre de PME et grands comptes dans divers secteurs d’activité.


Partage :