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Conseils de professionnels aguerris pour une relève avertie

Circuit s’est entretenu avec un traducteur et une traductrice d’expérience qui prodiguent des conseils à la prochaine génération de langagiers.

Propos recueillis par Stephanie Lamontagne, traductrice agréée
 

Mathieu Gautier

 

2-Image1 article Mathieu Gautier

Titulaire d’un baccalauréat en études internationales et grand sportif, Mathieu Gautier s’est, de ses propres dires, improvisé traducteur. Aujourd’hui traducteur agréé et président du cabinet Elite Communication, il dirige une équipe d’une douzaine de traducteurs.

Comment en êtes-vous venu à la traduction?

C’est la passion du vélo qui m’y a mené. Après mes études, je cherchais un gagne-pain qui me permettrait de m’entraîner sans contrainte, et j’estimais avoir certains acquis en matière de traduction : j’ai grandi dans un environnement bilingue; j’avais passé une année en Allemagne; et j’avais déjà traduit un peu pour mon père, un avocat anglophone, et pour une amie de la famille.

J’ai donc décidé d’offrir mes services dans mon entourage, et par hasard j’ai rencontré un employé de la fédération nationale d’un sport que j’avais déjà enseigné. Je suis devenu leur pigiste attitré et j’ai commencé à apprendre le métier sur le tas. Il faut dire qu’en parallèle, je lisais tout ce que je pouvais sur la traduction. J’aimais le fait d’être rémunéré à la production et de ne relever de personne. Je trouvais par ailleurs très satisfaisant de maîtriser les difficultés de la traduction. Ce que je voyais à l’époque comme un emploi passager est donc devenu une passion et une carrière.

Voyez-vous un parallèle entre la pratique du sport et celle de la traduction?

Je dirais que je traduis comme je fais du sport : chaque texte est une performance. C’est l’occasion de montrer ce dont je suis capable, et je veux être impeccable. Quand je réalise que j’ai laissé passer une erreur, je la rumine pendant un bon moment, comme un athlète après une défaite. Ça motive à peaufiner sa technique et à être vigilant!

Avez-vous des conseils pour la relève?

D’abord, traduire son premier million de mots dans un cadre formateur (l’idéal : textes variés, révisés systématiquement par des traducteurs chevronnés). Ensuite, se spécialiser dans un domaine qui nous passionne dans lequel nous pouvons devenir un véritable expert.

Voir la technologie comme un levier et non une menace ou un mal nécessaire. Se faire beaucoup de contacts, en particulier dans le milieu de la traduction, avant d’en avoir besoin. Ne pas trop penser à mettre en valeur nos services; chercher plutôt à exceller dans ce que nous faisons.

Que recommandez-vous à un langagier qui veut fonder son entreprise?

Le saut de langagier à entrepreneur n’est pas évident. Le langagier contrôle parfaitement son produit, alors que l’entrepreneur doit s’en remettre à d’autres et composer avec toutes sortes d’aléas. Si la principale motivation pour se lancer en affaires est de gagner plus en faisant moins, je recommanderais de songer d’abord à augmenter la productivité et la rentabilité et de limiter délibérément les heures de travail. Si le souhait est plutôt de bâtir quelque chose, mon conseil serait alors : Pensez moins, agissez plus. Sortez de votre zone de confort; elle s’élargira avec le temps. Osez investir (dans des technologies, notamment) pour grandir.

 

Christine York


Amoureuse de l’écriture depuis toujours, Christine York a travaillé une quinzaine d’années dans le domaine du cinéma et a obtenu un baccalauréat en histoire de l’art avant d’entreprendre une carrière en traduction. Docteure en traductologie de l’Université d’Ottawa et titulaire d’une maîtrise en traductologie de l’Université Concordia, Christine York est chargée d’enseignement, directrice des programmes de traduction du premier cycle et coordonnatrice du programme coop en traduction à l’Université Concordia depuis une dizaine d’années.

Selon vous, qu’est-ce qui définit un bon traducteur?

On ne le dit pas assez souvent : pour être un bon traducteur, il faut maîtriser sa langue de travail et vouloir toujours en améliorer la connaissance. La passion pour la culture générale est également très importante. Être un bon traducteur, c’est avoir la curiosité intellectuelle pour continuer à se former, se tenir au courant de l’actualité et observer l’évolution du langage en étudiant la langue journalistique.

Que conseillez-vous aux étudiants et aux finissants?

Durant les études et surtout à la fin, il faut faire du réseautage et profiter du fait qu’il y a des tarifs réduits pour les membres étudiants de l’OTTIAQ, de Réviseurs Canada, du CLEF ou de l’Association des traducteurs et traductrices littéraires du Canada. De plus, je conseille de créer des liens avec les autres étudiants et les professeurs. Les professeurs connaissent le milieu et peuvent mettre les étudiants en contact avec des employeurs potentiels.

Comment choisir dans quel domaine se spécialiser après des études en traduction?

Il faut choisir un domaine selon ses intérêts et ses passions et non pas en raison de l’employabilité. Nous passons la journée devant un écran; nous devons aimer notre métier.

Par ailleurs, il faut noter que la traduction est un vaste domaine et qu'il y a plusieurs façons de mettre à profit les compétences acquises. Certains étudiants découvrent par exemple qu’ils ont d’excellentes aptitudes en gestion de projets.

Est-ce qu’il y a eu beaucoup de changements depuis votre début en enseignement?

La façon de consommer l'information a changé; l'utilisation de réseaux sociaux est devenue très importante. Avant, il s’agissait simplement de trouver l’information. De nos jours, l’essentiel est trouver de l’information exacte. Les étudiants doivent maintenant savoir juger de l’authenticité d’une nouvelle, de même qu’évaluer la fiabilité, l’authenticité et la crédibilité d’une source.

Comment accueillez-vous l’avancement de la technologie dans la traduction?

La technologie ne menace pas le travail professionnel, elle aide à travailler plus efficacement. Il faut tirer profit de cette situation et être proactif. Il faut le voir comme ceci : en effectuant les tâches routinières, les technologies permettent aux traducteurs de se concentrer sur ce que les humains font mieux que les machines.


2-Portrait Stephanie Lamontagne copieStephanie Lamontagne, traductrice agréée, a fondé LAMTRA à la suite de ses études en traduction à l'Université de Sherbrooke. Passionnée par son métier, elle s’engage dans plusieurs organisations, notamment l’OTTIAQ. En effet, elle s’implique entre autres dans le comité de la relève.  info@lamtra.com https://lamtra.com/ 



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