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Le traducteur en chef

Deuxième d’une série de deux articles sur Léon Gérin.

Par Alain Otis, traducteur agréé (ATIO et CTINB)1

Quant à l’organisation rationnelle des bureaux de traduction, elle […] reste encore aujourd’hui inachevée2.
Léon Gérin

Le service de traduction des Débats n’a pas de chef permanent depuis le départ de Wilfrid Larose, en mars 1914. Un nouveau venu, Henri Trudel, est nommé à titre intérimaire. L’Orateur veut un bon traducteur, certes, mais aussi un meneur, qualité qui manquait à Larose. Trudel a l’étoffe d’un chef, mais il connaît des ennuis de santé, si bien qu’il faut lui désigner un remplaçant pendant la session de 1916. Le remplaçant, c’est Léon Gérin. Nommé lui aussi à titre intérimaire, il sera confirmé dans ses fonctions début 1917.

La discipline

Diriger les traducteurs des Débats n’a jamais été une partie de plaisir. À une époque, ils avaient fait trembler Napoléon Hudon-Beaulieu, chef jusqu’en 1899. Quinze ans plus tard, ils avaient fait partir Wilfrid Larose. Depuis longtemps, des « têtes fortes » se permettaient des libertés avec la discipline.

Peu après son entrée en fonction, Gérin a maille à partir avec un récalcitrant, qui trouve à redire sur sa façon de gérer le service et qui menace de boycotter la révision. Ne faisant ni une ni deux, Gérin met le greffier de la Chambre et l’Orateur dans le coup. L’affaire rebondit sur le parquet des Communes le 13 septembre 1917. Le député Rodolphe Lemieux exige que les ordres du chef soient respectés, afin que l’on ne revienne pas à la situation plutôt chaotique qui régnait autrefois. L’attention et l’appui de l’Orateur seront dès lors acquis au chef des Débats.

Quelques années plus tard, à la faveur d’un important changement de garde, le climat de travail s’assainit et le chef n’aura plus de difficulté à maintenir la discipline.

Points de vue sur la langue et la traduction

Observateur du français et de l’anglais au quotidien pendant une trentaine d’années, Gérin décrit ainsi les langues avec lesquelles travaillent les traducteurs : « … deux langues bien vivantes, en mal de devenir : la française, qui se ballotte entre l’archaïsme des vieux parlers et le néologisme boulevardier des capitales cosmopolites; l’anglaise, qui se panache de pompe biblique, d’énigmes shakespeariennes et d’argot sportif américain3 ».

Pour le chef des Débats, « [T]oute opération linguistique passe par trois étapes : le mot, l’idée, l’expression (ou locution)4 ». Il déplore, tout comme son collègue aux Débats Pierre Daviault, la pauvreté et l’imprécision de notre vocabulaire, lacune qui se corrigerait facilement pourtant, « … par l’étude du dictionnaire, par la lecture des bons auteurs…5 »

La difficulté de la traduction, pour lui, vient de l’« [I]rréconciliable opposition de deux tempéraments nationaux : celui de l’Anglais, homme de pratique, [qui] voit toute chose sous son aspect extérieur, et celui du Français, […] raisonneur abstrait, [qui] capte la réalité par le menu, la résout en ses éléments6 ».

La traduction, conclut-il, ne peut se faire « … qu’en dégageant des équivalences d’expressions fondées sur des équivalences d’idées7 ». Dans ce contexte, « [L]e bon traducteur ne sera donc pas un simple transposeur de mots à coups de dictionnaire, il devra être une sorte de devin en psychologie sociale, doublé d’un manieur expert d’au moins deux langues qui pour lui ne sauraient avoir de secrets8 ».

La documentation

Les débats sont le point de convergence de tous les domaines. Gérin dit à ce sujet : « Se fait-on une idée du nombre de questions que débattent les représentants du peuple canadien au cours d’une session, que dis-je, d’une journée, d’une séance même? Et le traducteur doit les suivre au pas de course9 ». La mobilisation d’un arsenal documentaire particulier s’impose donc. Il ajoute : « Aussi, de longue date les traducteurs des Débats ont-ils senti le besoin de s’aider de procédés spéciaux […]. Le plus ordinaire et le plus utile est la confection de lexiques ou de glossaires ad hoc, destinés à combler les lacunes des dictionnaires et ouvrages de référence qui rapidement cessent d’être à la page10. »

Il n’est pas sans intérêt de préciser que sur ce chapitre, les traducteurs aux Débats sont des champions dans le domaine et contribuent à compléter les ressources à leur disposition. Gérin dit : « [l’équipe] avait bénéficié de l’active collaboration et de l’expertise d’un Beaulieu, d’un Frank Hughes, d’un Wilfrid Larose, […] comme aussi de l’ample documentation d’un [Éthérius] Fauteux et de quelques autres11. » De fait, après la mort de Hughes, en 1921, le service fera des démarches auprès de sa succession pour acquérir ses livres et ses fiches, moyennant 100 $.

Le chant du cygne

Lors du débat sur l’établissement du Bureau des traductions, les chefs des principaux services sont appelés à donner leur avis sur la question. Gérin explique dans son témoignage le processus de traduction des débats, qui paraissent alors avec une journée de retard. On découvre un chef consciencieux qui suit de très près la production du texte, dont la qualité doit être irréprochable, et qui est à son pupitre pour faire lui-même la dernière révision.

Confier à un seul chef la direction de tous les traducteurs ne lui paraît pas judicieux. Il aimerait que l’on conserve le statu quo. La création du Bureau des traductions est cependant consommée en juin 1934. Gérin, qui vient d’avoir 71 ans, n’en sera pas. La rumeur avait couru qu’il en deviendrait le premier chef; toutefois, il fait plutôt valoir ses droits à la retraite.

En retraite, il collige ses fiches, plus de 5 000, « […] qui paraissent présenter assez d’intérêt pour mériter […] l’honneur de la publication12 … » et fait son Vocabulaire pratique. Ce sera son ultime contribution à la traduction. Il travaille tranquillement à mettre en forme ses publications antérieures dans le domaine de la sociologie.

Léon Gérin s’éteint le 15 janvier 1951. À la Société royale du Canada, dont il est membre depuis 1898, on lui fait un panégyrique dans lequel sa carrière de traducteur est décrite en une vingtaine de mots. On voyait très peu en lui le traducteur, pourtant il avait consacré plus de trente ans de sa vie à la traduction.

 

page histoire

Traducteur des Débats, 1924. Assis, au centre, Léon Gérin. Source : « Au Parlement d’Ottawa : Fonctionnaires et journalistes », Revue illustrée, p. 8. La Presse, samedi 5 avril 1924. Reproduit avec la permission de Bibliothèque et Archives nationales du Québec

1. L’auteur remercie Jean Delisle pour ses commentaires.

2–11. « Journalistes et traducteurs », Almanach littéraire de l’Est, 1932, p. 9.

12. « M. Léon Gérin nous écrit… », La Revue populaire, mars 1935, p. 34.

__________________

Alain Otis est chargé de cours au Département de traduction et des langues de l’Université de Moncton depuis 2015.

 

Nouveautés

Isabelle Veilleux, traductrice agréée

DICTIONNAIRES / DICTIONARIES
EXPRESSIONS FRANÇAISES / FRENCH EXPRESSIONS
LANGUE FRANÇAISE / FRENCH LANGUAGE
FRANCAIS AU QUÉBEC / QUEBEC FRENCH
RÉDACTION / WRITING
TRADUCTION / TRANSLATION
LANGUE ANGLAISE / ENGLISH LANGUAGE
AFFAIRES / BUSINESS
ÉCONOMIE / ECONOMICS


DICTIONNAIRES / DICTIONARIES

Dictionnaire des intellectuel.les au Québec

Lamonde, Yvan, Marie-Andrée Bergeron, Michel Lacroix et Jonathan Livernois. Dictionnaire des intellectuel.les au Québec, PUM, 348 pages, mars 2017, ISBN : 9782760637047

Qui connaît vraiment les intellectuelles et intellectuels hors du cercle restreint des historiens et des littéraires? Quelle mémoire avons-nous de celles et ceux qui, au Québec, eurent recours à la parole comme « mode d'action »? Qui, comme Hubert Aquin, entreprirent et entreprennent encore de « comprendre dangereusement » la culture et la société de leur époque, remuant idées et images, bousculant pouvoirs et doxa?

Ce dictionnaire est conçu pour combler les lacunes d'une mémoire collective quelque peu défaillante, mais aussi pour donner envie de lire ou de relire les textes de ces femmes et hommes passionnés par les idées, qui ont contribué – et qui contribuent toujours – à bâtir la société québécoise. On y trouvera les noms de celles et ceux qui, depuis trois siècles, interviennent sur la place publique et soulèvent des questions d'intérêt civique et politique à propos d'enjeux collectifs importants.

A Dictionary of English Folklore,

Simpson, Jacqueline et Steve Roud. A Dictionary of English Folklore, Oxford University Press, 424 pages, February 2017, ISBN: 978-0198804871

This dictionary is part of the Oxford Reference Collection that uses sustainable print-on-demand technology to make the acclaimed backlist of the Oxford Reference program perennially available in hardback format. In this engrossing guide to English folklore and traditions, with over 1,250 entries, we learn that folklore is connected to virtually every aspect of life, every part of the country, age group, and occupation. From the bizarre to the seemingly mundane, folklore is as much a feature of the modern technological age as it was of the ancient world.

EXPRESSIONS FRANÇAISES / FRENCH EXPRESSIONS

Les expressions les plus stupides de la langue française et leurs vraies définitions

Lacotte, Daniel. Les expressions les plus stupides de la langue française et leurs vraies définitions, Éditions de l’Opportun, 302 pages, mars 2017, ISBN : 978-2360753031

Expressions populaires, dictons et proverbes sont trop souvent utilisés à tort et à travers, et ce, en dépit du bon sens. Alors, pourquoi ne pas pousser le bouchon beaucoup plus loin? Agacé par ces multiples dérives cavalières, Daniel Lacotte enfourche un nouveau cheval de bataille. Pour le plus grand bonheur de nos zygomatiques ankylosés, il a imaginé de nouvelles définitions. Ubuesques, surréalistes, loufoques, tendres, poétiques, littéraires ou gaillardes, elles bouleversent toutes les idées reçues. Mais elles ne laisseront toutefois pas indifférents les amoureux de la langue française.

Expressions humoristiques

Foufelle, Dominique. Expressions humoristiques expliquées, Éditions du Chêne, 96 pages, mars 2017, ISBN : 9782812316487

La langue française est riche en expressions imagées et cocasses; une sonorité plaisante ou une connotation coquine peuvent avoir suffi à leur assurer une longue vie! Découvrez ici toutes les clés pour comprendre plus de cent cinquante expressions qui amènent le sourire sur les lèvres.

LANGUE FRANÇAISE / FRENCH LANGUAGE

Proverbes oubliés expliqués

Desalmand, Paul et Yves Stalloni. Proverbes oubliés expliqués, Éditions du Chêne, 96 pages, février 2017, ISBN : 9782812316234

Pleins de charme et de sagesse, les proverbes ne sont parfois plus compris, parce qu’ils sont trop vieux, trop imagés, ou volontairement énigmatiques. À l’aide de ces proverbes oubliés, commentés avec distance et humour, plongez dans le patrimoine de la langue française et appréciez ces concentrés de sagesse.

Les 100 mots de la génétique

Stoppat-Lyonnet, Dominique et Stanislas. Les 100 mots de la génétique, PUF, 128 pages, mars 2017, ISBN : 978-2-13-073486-4

« C’est dans mes gènes! »; « c’est l’ADN de notre maison! »… De la génétique, le langage courant a tiré des expressions imagées facilement compréhensibles. Mais qui connaît réellement cette science de l’hérédité? Elle fascine, pour les progrès qu’elle a permis et qu’elle promet. Elle inspire la défiance, à cause de la façon dont elle semble instrumentaliser l’humain. Il faut dire que les problèmes éthiques qu’elle soulève sont de taille : commercialisation du génome, clonage, reproduction médicalement assistée… Entre l’idolâtrie des uns et l’ignorance des autres, elle a du mal à se frayer un chemin raisonnable et serein. Connaître les mots qui lui donnent du sens serait déjà un grand pas. Ce livre fera en sorte que gène, chromosome, allèle, polymorphisme, épigénétique et 95 autres mots exotiques (ou moins) n’auront plus de secret pour vous.

FRANCAIS AU QUÉBEC / QUEBEC FRENCH

Le français québécois entre réalité et idéologie. Un autre regard sur la langue

Meney, Lionel. Le français québécois entre réalité et idéologie. Un autre regard sur la langue, Presses de l’Université Laval, 656 pages, février 2017, ISBN : 9782763729343

Au Québec, en matière de langue, le choix d'un modèle de « bon usage » devant guider les locuteurs est l'objet d'un débat permanent. Deux camps s'opposent. D'un côté se trouvent les partisans de l'adoption d'une norme « endogène » (nationale), qu'ils désignent sous le nom de « français québécois standard ». De l'autre se situent les défenseurs de l'utilisation d'un français international commun à tous les francophones, tel qu'il est décrit dans les dictionnaires de référence. En s'appuyant sur une étude objective approfondie de la langue des journaux québécois, l’auteur explique qu'il n'y a pas, sur le marché linguistique québécois, une seule norme, qui serait ce « français québécois standard », mais deux, soit un français québécois et un français international. Les deux coexistent et se font concurrence. Une conclusion s'impose : le « français standard international » fait autant partie du paysage linguistique québécois que le « français québécois standard ». Vouloir privilégier le seul français québécois est un choix purement idéologique. L’imposer serait contre la tendance de fond du marché linguistique, qui montre les progrès constants du français international. 

RÉDACTION / WRITING

Le mot juste pour organiser ses idées

Englebert, Annick. Le mot juste pour organiser ses idées, De Boeck, 128 pages, février 2017, ISBN : 978-2807306899

Parce qu'une communication efficace passe avant tout par la structuration de la pensée, parce qu'un texte bien écrit est toujours fonction du vocabulaire choisi, cet ouvrage propose une classification des mots et expressions qui permettront d'exprimer ses idées avec justesse. Un livre utile pour organiser ses idées et écrire n'importe quel texte, qu'il soit professionnel ou ludique.

TRADUCTION / TRANSLATION

Translation and Localisation in Video Games: Making Entertainment Software Global

Bernal-Merino, Miguel Á. Translation and Localisation in Video Games: Making Entertainment Software Global, Routledge, 302 pages, February 2017, ISBN: 978-1138805538

This book is a multidisciplinary study of the translation and localisation of video games. It offers a descriptive analysis of the industry – understood as a global phenomenon in entertainment – and aims to explain the norms governing present industry practices, as well as game localisation processes. Additionally, it discusses particular translation issues that are unique to the multichannel nature of video games, in which verbal and nonverbal signs must be cohesively combined with interactivity to achieve maximum playability and immerse players in the game’s virtual world. Although positioned within the theoretical framework of descriptive translation studies, Bernal-Merino incorporates research from audiovisual translation, software localisation, computer assisted translation, comparative literature, and video game production. Moving beyond this framework, Translation and Localisation in Video Games challenges some of the basic tenets of translation studies and proposes changes to established and unsatisfactory processes in the video game and language services industries.

Translation and Migration

Inghilleri, Moira. Translation and Migration, Routledge, 224 pages, December 2016, ISBN: 978-0415828116

Translation and Migration examines the ways in which the presence or absence of translation in situations of migratory movement has currently and historically shaped social, cultural and economic relations between groups and individuals. Acts of cultural and linguistic translation are discussed through a rich variety of illustrative literary, ethnographic, visual and historical materials, while taking in issues of multiculturalism, assimilation, and hybridity, analytically reframed. This is key reading for students undertaking Translation Studies courses, and will also be of interest to researchers in sociology, cultural studies, anthropology and migration studies.

Crowdsourcing and Online Collaborative Translations

Jiménez-Crespo, Miguel A. Crowdsourcing and Online Collaborative Translations, John Benjamins Publishing Company, 304 pages, April 2017, ISBN: 9789027265852

Crowdsourcing and online collaborative translations in the last decade have come to the forefront of Translation Studies as one of the most dynamic and unpredictable phenomena that has attracted a growing number of researchers. The popularity of this set of varied translational processes holds the potential to reframe existing translation theories, redefine a number of tenets in the discipline, advance research in the so-called “technological turn” and impact public perceptions on translation. This book provides an interdisciplinary analysis of these phenomena from a descriptive and critical perspective, delving into industry approaches and fostering inter- and intra-disciplinary connections between areas in which the impact is the greatest, such as cognitive translatology, translation technologies, quality and translation evaluation, sociological approaches, text-linguistic approaches, audiovisual translation and translation pedagogy. This book is of special interest to translation researchers, translation students, industry experts or anyone with an interest on how crowdsourcing and online collaborative translations relate to past, present and future research and theorizations in Translation Studies.

LANGUE ANGLAISE / ENGLISH LANGUAGE

Little Oxford Dictionary of Proverbs

Knowles, Elizabeth. Little Oxford Dictionary of Proverbs, 2nd ed., Oxford University Press, 512 pages, January 2017, ISBN: 978-0198778370

The Little Oxford Dictionary of Proverbs features over 2,000 proverbs and sayings from around the world, arranged across 250 subjects - from 'Books' and 'Borrowing' to 'Dreams' and 'Drink'. Each theme has a short introduction giving an overview of the proverbial treatment of the topic and each proverb is accompanied by information on its date, source, and meaning. Not only is this book a pleasure to browse but it is ideal for quick reference with its comprehensive index that makes it easy to find the exact phrase you're looking for. Beautifully produced and designed, it is the perfect gift for anyone who loves language. Drawing on Oxford's ongoing dictionary research and language monitoring, the second edition of this delightful book adds phrases that have come to prominence, or increased in popularity, since publication of the first edition, such as 'Never waste a good crisis' and 'Dress for the job you want, not for the job you have,' which add a contemporary flavour to the selection of more traditional English proverbs and to the popular sayings used in the English-speaking world from Asia, Africa, the Middle East, and many other cultures. Phrases on all aspects of life can be found in this fascinating little book.

What the F, Basics Books

Bergen, Benjamin. What the F, Basics Books, 288 pages, September 2016, ISBN: 978-0465060917

Nearly everyone swears – whether it's over a few too many drinks, in reaction to a stubbed toe, or caught in flagrante delicto. Yet we sit idly by as words are banned from television and censored in books. In this groundbreaking yet ebullient romp through the linguistic muck, Bergen answers intriguing questions like: How can patients left otherwise speechless after a stroke still shout Goddamn! when they get upset? When did a cock grow to be more than merely a rooster? Why is crap vulgar when poo is just childish? Do slurs make you treat people differently? And why do we extend a middle finger to flip someone the bird? What the F is mandatory reading for anyone who wants to know how and why we swear. 

AFFAIRES / BUSINESS

Dictionnaire et lexique

Sayegh, F. Georges. Dictionnaire et lexique anglais-français de la franchise, Éditions Yvon Blais, 536 pages, mars 2017, ISBN : 978-2-89730-259-7

Premier ouvrage du genre au Canada, ce dictionnaire contient 675 entrées bilingues, alors que son lexique en contient plus de 1000. On y trouve également une nomenclature des principales abréviations utilisées dans le domaine de la franchise, notamment dans les conventions de franchise et autres documents accessoires qui les accompagnent.

Que vous soyez un professionnel (comptable professionnel agréé, conseiller en management certifié ou juriste), le dirigeant d’un réseau, un gestionnaire immobilier ou un étudiant qui désire parfaire ses connaissances, ce dictionnaire vous sera utile au quotidien.

ÉCONOMIE / ECONOMICS

A Dictionary of Economics

Hashimzade, Nigar, Gareth Myles and John Black. A Dictionary of Economics, 5th ed., Oxford University Press, 596 pages, March 2017, ISBN: 978-0198759430

This authoritative and comprehensive dictionary contains clear, concise definitions of approximately 3,500 key economic terms. Covering all aspects of economics, including economic theory and policy, applied microeconomics and macroeconomics, labour economics, public economics and public finance, monetary economics, and environmental economics, this is the essential reference work in this area. The new edition of this dictionary has been updated to include entries on China, India, and South America, to reflect the increase in prominence of these regions in the global economy. There is broad coverage of international trade and many entries on economic organizations and institutions from around the world. Fully revised to keep up to date with this fast-moving field, this new edition expands its coverage to include entries such as austerity measures, General Anti Abuse Rule (tax avoidance), propensity score matching, and shadow bank. As ideal for browsing as it is useful for quick reference, this dictionary remains an essential guide for students and teachers of economics, business and finance, as well as for economists and anyone who deals with economic data.

 

Un traducteur aux commandes

Dans Le Bruissement des matins clairs, recueil thématique de méditations autobiographiques sur le métier, André Senécal, auteur de Traduire pour l’aviation civile et militaire (Linguatech, 2012), brosse un tableau de son parcours de traducteur-réviseur dans le domaine de l’aviation.

Par Marc Lambert, traducteur agréé
Senécal, André (2016). Le Bruissement des matins clairs. Paris : Les Belles Lettres, collection Traductologiques, i-xx, 155 pages.

Devant un échec, pourquoi capituler?

Frais émoulu de l’université, chercheur d’emploi, vous passez un test d’aptitude pour entrer au cénacle du Bureau de la traduction. Hélas, vous êtes recalé. Votre réaction? Faire contre mauvaise fortune bon cœur? Eh bien non! Surtout pas si vous vous nommez André Senécal.

Plein de ferveur, voire de culot, le jeune homme décide de faire appel. Voilà que le comité de sélection revoit sa copie. Il brille en entrevue (savoureuse description de la galerie de personnages), on le recrute. C’est le début d’une fructueuse carrière au Bureau de la traduction. Il s’en est fallu de peu.

En prise directe sur le milieu

Commence alors une carrière où on ne lésine pas sur la formation. André Senécal sera invité à passer plusieurs jours avec des ingénieurs et pilotes dans différentes bases aériennes canadiennes.

Loin de ses dictionnaires, le jeune homme se réveille un matin en sursaut : la détonation provient de réacteurs en postcombustion. Plus tard, il examine, ébahi, le tableau de bord éventré d’un gros porteur Hercules en remontage intégral. Enfin, on lui met entre les mains les manettes d’un simulateur de vol. Son cœur bat la chamade, mais il fait atterrir sans encombre le mastodonte.

Le traducteur bénéficie d’une équivalence de grade militaire et il est accueilli comme un collègue. Parfois avec méfiance, certes, mais bien vite les barrières tombent, si bien qu’on voit en lui un partenaire, et non un empêcheur de tourner en rond. La validation que lui accorderont différents corps de métiers marque le parcours d’André Senécal, jalonné de plusieurs étapes décisives, dont le stage en cours d’emploi.

Pour repenser son choix de carrière, un stage

À l’époque, au Bureau de la traduction, tout traducteur suit un stage d’orientation de trois semaines après quelques années. Un stage où ce qui compte, c’est de faire le point sur son activité, de la repenser.

André Senécal constate qu’à l’issue de ce temps d’arrêt, remis en question, voire ébranlés, certains traducteurs abandonnent le métier, convaincus que ce n’est pas leur voie. Ces départs restent tout de même l’exception. Pour ceux qui tiennent, le stage sera un tremplin, un encouragement à aborder le travail avec une assurance raffermie.

Entre le doute et l’aplomb

Dans Le Bruissement des matins clairs, l’auteur nous livre une réflexion sur diverses dimensions de la profession : heurs et malheurs de la terminologie technique, correction du code linguistique, rapports complexes entre le français hexagonal et celui du Québec, irruption des mémoires de traduction dans la sphère traductionnelle (précieux outils ou contraintes aliénantes, c’est selon). Des points de vue qui témoignent d’une longue pratique du métier, métier où il faut parfois s’incliner devant l’usage ou les préférences du client, quitte à oublier une norme qui pourtant sert de boussole aux traducteurs.

Amoureux de la langue, l’auteur plaide pour un ressourcement renouvelé du traducteur-réviseur, qui étanchera sa soif aux sources françaises de bonne tenue, histoire de devenir celui qui réécrit au lieu de traduire. On sent le plaisir de la langue : il cite poètes, essayistes, romanciers.

Un style enlevé, un portrait nuancé et lucide de la profession, un narrateur qui frappe par son mélange d’humilité et d’aplomb. Car le traducteur vacille sur la corde raide : prendre position, trancher, mais aussi douter, craindre d’avoir trahi l’auteur. Aux certitudes hardies succèdent les inquiétudes chancelantes. Et malgré tout, se faire confiance.

Traducteur-réviseur à CPA Canada, Marc Lambert intervient également comme formateur (Magistrad) et conférencier (colloques On traduit à…). Il a exercé en services linguistiques, en agence de traduction et comme indépendant.

The Classic Guide to Writing Nonfiction

Thirtieth anniversary of On Writing Well by William Zinsser, revised and expanded

By Barbara McClintock, Certified Translator

William Zinsser, On Writing Well, Harper Perennial, 7th edition; NY: April 5, 2016, 321 pp.
ISBN‑10: 0060891548; ISBN-13: 978-0060891541.

Writing guides are full of useful information for translators, including this one. This well-presented and readable book offers a wealth of tips about nonfiction writing with sections on interviews, travel articles, memoirs, science and technology, business writing, sports, as well as writing about the arts, critics, columnists and humour. William Zinsser, an American writer and writing professor at Yale University, revised the guide six times to keep pace with social trends. However, he continues to ask, “Who are you writing for?” “Yourself” was his answer.

The sections below provide examples of some of the topics covered by the guide.

Simplify, simplify

Franklin D. Roosevelt tried to simplify his own government’s memos. Take this one for example: “Such preparations shall be made as will completely obscure all Federal buildings and non-Federal buildings occupied by the Federal government during an air raid for any period of time from visibility by reason of internal or external illumination. — U.S. government blackout order of 1942 [On Writing Well, p.7]

It was also discovered recently from Winston Churchill’s papers that he tried to do the same with his staff.1 In his introduction, William Zinsser explains that he was influenced by E.B. White and he even had a photograph of the writer in his office. The photograph illustrated the simplicity of the process according to Zinsser—the writer with a typewriter and a wastebasket. Today, we have computers, but nothing has replaced the writer, not yet, at least.

Me, myself and I

When we say we like a certain author’s style, “we like their personality as they express it on paper” [p.297]. Writers are at their most natural when they write in the first person. Under the heading Style, the author explains that there are many areas of writing where I is not allowed. “Newspapers don’t want it in the reports they send; […] colleges [and teachers] don’t want I in their term papers […] except the literary we.” (p.21) Zinsser’s advice is “If you aren’t allowed to use I, at least think I while you write, or write the first draft in the first person and then take the Is out. It will warm up your impersonal style.” Remember that I is the most interesting element in any story [p.175].

Bloated monsters

Zinsser’s students at Yale found it helpful when he bracketed superfluous words. Translators also need to watch out for clutter, e.g., “It should be pointed out,” “I might add,” and “It is interesting to note.” Zinsser provides examples of jargon, overuse of acronyms, short words that are better than long words and dead nouns (devoid of meaning), complaining that plain talk is not easily achieved in corporate America [p.174]. He points out categories of unnecessary words, such as prepositions (“order up”); adverbs that carry the same meaning as the verb “smile happily;” or adjectives that state a known fact “tall skyscraper.” Little qualifiers weaken any sentence, e.g., “a bit,” “sort of,” or “in a sense,” which don’t mean anything.

Editing or post-editing

A good editor brings an objective eye to the piece of writing. There is no end of ways in which an editor can improve a manuscript, but an editor’s hand must be invisible, according to Zinsser. There are two ways editors cause damage—altering style and altering content [p.300]. Clarity and accuracy should be the goal of editing or revising. Similar to editors and writers, the relationship of a translator and author should be one of negotiation and trust.

In conclusion, Zinsser points out that nonfiction involves more than writing—it should be entertaining and, above all, reliable.

1. “To do our work, we all have to read a mass of papers. Nearly all of them are far too long. This wastes time, while energy has to be spent in looking for the essential points. […] Let us not shrink from the short expressive phrase, even if it is conversational. […] The saving in time will be great, while the discipline of setting out the real points concisely will prove an aid to clearer thinking.”
[Winston Churchill in a memo to his staff entitled “Brevity,” August 9, 1940 quoted in Guidance on Drafting and Presentation of Reports, University of York website]

The Ropes


Patient Protection and Affordable Care Act
was the First U.S. legislation to rule on machine translation 

Barbara McClintock, Certified Translator

In Lau et al v. Nichols et al, 414 U.S. 563 (1974), a case involving discrimination against Limited English Proficiency (LEP) individuals related to national origin, the U.S. Supreme Court held that the “provision of language assistance services is essential to ensure the equality of opportunity promised by nondiscrimination laws.”1 In the Lau case, the San Francisco school system had failed to provide supplemental English language instruction to a number of Chinese-American students.

The drafters of the Patient Protection and Affordable Care Act, also called the Affordable Care Act or, unofficially, Obamacare, took this decision into consideration. Section 1557 of the Act prohibits discrimination on the basis of race, colour, national origin, sex, age or disability. Section 1557 on Nondiscrimination, paragraph 92.20, covers “Meaningful Access for Individuals With Limited English Proficiency” in the rules for the implementation of the Affordable Care Act. To improve access to care and avoid discrimination, the Act provides that American health care institutions offer interpretation services to LEP individuals so they can understand and consent to treatment and services.

The U.S. Health and Human Services Department anticipated the possibility that hospital administrators might use machine translation in the rules for the implementation of the Affordable Care Act. The implementation rules drafted after a broad consultation process state that machine translation is acceptable only if the translation is reviewed and edited as needed by a qualified translator. It may have been the first legislation to refer to machine translation and its implications. The rule proposed is discussed in the Federal Register, also known as the Daily Journal of the United States Government, which reads as follow:

We do, however, agree with commenters’ concerns regarding the use of some automatic translation technologies, which “is particularly dangerous, and can lead to very serious misunderstandings and adverse consequences for medical documents.” [196]For example, machine translation programs translate text by performing simple substitution of words using statistical techniques, which may produce highly unreliable translations for certain languages and written content.[197]As a result, using automated translation as the only tool for translating written documents would fulfill a covered entity's obligation under § 92.201(a) only if a qualified translator reviewed the translation for accuracy and edited it as needed.[198]OCR encourages covered entities to understand the strengths and weaknesses of the technology and software programs that qualified translators use.[199]2

N.B. In the above citation, “a covered entity” means an entity receiving grants, health care providers, hospitals, physicians under the U.S. Health Insurance Portability and Accountability Act and “OCR” is the Office for Civil Rights.

The following is an extract from the Federal Regulations for Translation and Interpreting in Medical Settings.

(c) Language assistance services requirements. Language assistance services required under paragraph (a) of this section must be provided free of charge, be accurate and timely, and protect the privacy and independence of the individual with limited English proficiency.

(d) Specific requirements for interpreter and translation services. Subject to paragraph (a) of this section:

(1) A covered entity shall offer a qualified interpreter to an individual with limited English proficiency when oral interpretation is a reasonable step to provide meaningful access for that individual with limited English proficiency; and
(2) A covered entity shall use a qualified translator when translating written content in paper or electronic form.

(e) Restricted use of certain persons to interpret or facilitate communication. A covered entity shall not:

(1) Require an individual with limited English proficiency to provide his or her own interpreter.3

All that said, it is very likely that the Affordable Care Act will be replaced in the short term. Moreover, there have been challenges to the Lau decision (Alexander v. Sandoval 532 U.S. 275 [2001]). Regardless of these developments, it will be interesting to see how the protection of language rights is handled in the United States in the future.

This article solely reflects the views of its author.

1. Office of the Federal Register, 155.  80 FR at 54182 (citing Lau, 414 U.S. at 566)

2. Office of the Federal Register, Nondiscrimination in Health Programs and Activities, Health and Human Services Department Rule, Section 1557 of Obamacare.

 

3. State of Oregon, Federal Regulations for Translation and Interpreting in Medical Settings

 


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