Imprimer
Partage :

Humour et langue des signes

Lorsqu’on regarde des personnes communiquant en langue des signes, on note la grande variété et le changement constant des expressions faciales de même que l’utilisation des mouvements du corps dans la transmission du message. On a même parfois l’impression d’observer un véritable ballet. Mais comment chorégraphier cette danse lorsqu’il est question d’humour?

Par Joëlle Fortin, interprète agréée

Étant donné la spécificité culturelle de l’humour, transmettre un message drôle peut occasionner bien des maux de têtes aux interprètes qui font le pont entre une langue de départ orale et une langue d’arrivée signée.

Voici trois difficultés importantes auxquelles les interprètes en langue des signes doivent faire face :

  • Les mots d’esprit : il s’agit de phrases tournées avec intelligence, souvent ironiques et satiriques, qui peuvent comprendre des jeux de mots ou des rimes, ce qui est parfait pour un public qui entend. Pour le public sourd, toutefois, l’équivalence lexicale n’est pas toujours possible étant donné que les jeux de mots sont de nature sonore;
  • La satire ou la caricature : il s’agit d’exagérer un travers pour faire passer une idée;
  • La moquerie douce et l’autodérision : il s’agit, dans le premier cas, de tourner quelque chose ou quelqu’un en ridicule de façon inoffensive et, dans le second cas, de rire de soi-même.

Afin de pallier ces difficultés, les interprètes en langue des signes recourent à des jeux de signes, à une plus grande iconicité1, à de plus nombreuses expressions faciales, à des gestes naturels, à la répétition d’un signe, à des adaptations référentielles ou même à des changements de référents.

Les tenants de la théorie du sens soutiennent que la traduction simultanée n'est pas un travail sur la langue, sur les mots; c'est plutôt un travail sur le message, sur le sens. Pour y arriver sans trop de mal en humour, l’interprète doit avoir un certain talent artistique (créativité, habiletés manuelles, capacité à se fondre dans un personnage) ainsi qu’un esprit vif (sens de la logique, esprit analytique et rapidité). Habituellement, les interprètes de haut niveau peuvent traduire l’humour, mais pas sans une bonne préparation.

Une véritable entreprise

spectacle-interface copie

Spectacle Interface, société en nom collectif fondée il y a six ans, se spécialise dans l’interprétation/adaptation de spectacles d’humour en langue des signes québécoise (LSQ). Le travail de ses interprètes ne consiste pas en une simple interprétation d’une langue à une autre; bien loin de là. En effet, ils jouent sur scène et vont parfois jusqu’à adapter le contenu du spectacle. La société offre deux spectacles par année et les interprètes mettent l'épaule à la roue plusieurs mois avant la représentation. Pour un spectacle d’environ une heure et demie, il faut 150 heures de préparation. Les interprètes doivent :

  • contacter l'artiste,
  • convaincre le producteur,
  • trouver et réserver une salle qui réponde aux exigences techniques du spectacle d'origine,
  • imprimer les billets, les vendre, et promouvoir l'évènement,
  • assister au spectacle original et le filmer afin de pouvoir répéter,
  • se procurer le scénario du spectacle pour travailler les expressions, se familiariser avec la mise en scène et trouver des équivalents aux blagues ou aux expressions utilisées,
  • tester les adaptations avec une personne ressource,
  • rencontrer l'artiste afin de lui expliquer le projet, de le sensibiliser à la situation, et parfois même de lui proposer de modifier sa mise en scène afin qu’il s’établisse une bonne complicité entre l'humoriste et l'interprète,
  • s'assurer d'avoir des éléments de décor et des vêtements adéquats (être habillé de la même façon et faire les mêmes mouvements que l’humoriste).

C’est énormément de travail, mais le jeu en vaut la chandelle. Des personnes sourdes viennent de partout au Québec pour assister aux spectacles. Pour une rare fois, ils peuvent profiter d’une représentation théâtrale en compagnie de parents ou d’amis qui entendent sans que qui que ce soit ne se sente brimé.

photo1

Des comédiens professionnels et leurs interprètes.
Dans l’ordre habituel : Mathieu Gratton, Martin Asselin, Patricia Paquin,
Joëlle Fortin, Frédérick Trudeau et Jean-Luc Thievent.
Photo : Archives personnelles de l’auteure.

photo2

Martin Asselin et Joëlle Fortin,
cofondateurs de la société Spectacle Interface.
Photo : Daniel Forgues.

Joëlle Fortin est interprète français-LSQ au Service d'interprétation visuelle et tactile. Elle est aussi chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal et cofondatrice de Spectacle Interface.

1. L’iconicité en langue des signes est le phénomène par lequel, un mot/signe a une ressemblance de forme avec l’objet désigné.

L’interprétation en mains 

Les caractéristiques du transfert linguistique entre une langue orale et une langue des signes entraînent des conséquences pour la formation des interprètes et pour la pratique professionnelle dans les différents secteurs de travail. Cet article présente ses spécificités et les nouveautés dans le domaine de l’interprétation en langue des signes au Québec.

Par Suzanne Villeneuve, interprète agréée

La formation

Il existe actuellement un certificat de premier cycle en interprétation visuelle à l’Université du Québec à Montréal. Les interprètes souhaiteraient pouvoir obtenir un baccalauréat dans leur domaine, mais selon le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, leur nombre et les besoins en interprétation pour les années à venir ne justifient pas la transformation du programme actuel.

Ce programme, mis sur pied à la fin des 1980, ne répond toutefois plus aux besoins. Alors que les étudiants des premiers débuts étaient des interprètes d’expérience qui venaient chercher un diplôme, ceux d’aujourd’hui n’ont que peu ou pas d’expérience en interprétation. On constate chez eux un manque de connaissance approfondie des subtilités des langues de travail, notamment dans la langue seconde (L2). Les formateurs doivent donc à la fois enseigner les techniques et théories de l’interprétation simultanée et remédier à ce manque de maîtrise en L2.

Par ailleurs, les connaissances issues de la recherche en interprétation se sont considérablement enrichies au cours des 25 dernières années. Malgré ces avancées, l’offre de cours dans le cursus est restée la même. Les professeurs et chargés de cours s’efforcent néanmoins d’insérer ces nouvelles connaissances à l’intérieur des limites du programme, notamment au moyen de lectures obligatoires dans chacun des cours. Ils travaillent également à rendre disponible du matériel de formation continue pour les interprètes qui ont terminé le programme.

Ce programme comporte une particularité : pour obtenir leur diplôme, les étudiants doivent, dans le cadre du stage de fin de programme, effectuer un travail de recherche sur un thème de leur choix lié à l’interprétation. Le résultat de leur recherche est présenté lors d’un colloque où chaque étudiant est appelé à interpréter la présentation d’un de leurs consœurs ou confrères.

Interprétation en milieu scolaire

La clientèle sourde bénéficie de services d’interprétation en milieu scolaire, depuis la maternelle jusqu’au doctorat. Ce domaine de pratique présente des enjeux particuliers pour les interprètes. Par exemple, au primaire, l’interprète devient souvent un modèle linguistique à la fois en langue des signes et en langue orale pour un enfant dont le langage est en développement. Quant à l’interprétation d’un cours de maîtrise ou de doctorat (dont les séminaires), elle se compare à l’interprétation de conférence scientifique et exige de l’interprète une préparation qui dépasse largement celle dont il a besoin dans d’autres secteurs.

Interprétation sociocommunautaire

Dans le domaine sociocommunautaire, les interprètes commencent souvent leur carrière en faisant de l’interprétation de liaison entre une personne sourde et une personne entendante. Ainsi, ils ont la possibilité de faire ralentir les interlocuteurs ou de leur demander de répéter ce qu’ils viennent de dire. Ils peuvent de ce fait s’améliorer sur les plans linguistique et interprétatif. Les rencontres médicales, notamment, se prêtent bien à ce type d’interprétation (ce secteur constitue environ 60 % des demandes d’interprétation sociocommunautaires). Après avoir gagné de l’expérience, les interprètes reçoivent des affectations pour des rencontres de groupe (par exemple, un plan d’intervention dans un centre de réadaptation). Enfin, les interprètes chevronnés exercent leur profession dans le milieu judiciaire et lors de conférences, deux spécialités du domaine sociocommunautaire.

Mobilité des interprètes

Il ressort du recensement des interprètes que plusieurs partagent leur horaire entre les domaines scolaire et sociocommunautaire afin de remplir leur semaine de travail (Parisot et al., 2008). Il a par ailleurs été démontré que le fait que le domaine scolaire soit géré complètement à part du domaine sociocommunautaire et que chaque commission scolaire gère ses propres effectifs contribue à la pénurie dans chacun des domaines. Il a été suggéré de fonctionner avec une banque provinciale d’interprètes qui pourraient, selon les besoins, travailler à la fois dans les deux secteurs. Malgré que plusieurs interprètes ne réussissent pas à remplir leur grille de disponibilité (c’est le cas de 51 % des répondants de l’étude de Parisot et Villeneuve publiée en 2013), les employeurs se plaignent du manque d’interprètes. La mise en commun des ressources en interprétation des langues des signes, entre autres solutions, permettrait de mieux répondre aux besoins croissants tout en maximisant l’utilisation des ressources.

De nouveaux horizons de travail

L’amélioration de la performance des technologies multimédias offre un nouveau créneau aux interprètes canadiens en langue des signes : le relais vidéo. Le CRTC a en effet autorisé la mise en chantier d’un service d’interprétation de conversations téléphoniques entre utilisateurs d’une langue des signes du Canada (Langue des signes québécoise ou American Sign Langage) et utilisateurs d’une langue orale (français ou anglais). L’ouverture de ce service donnera la possibilité aux interprètes canadiens de remplir leurs horaires. Plusieurs emplois à temps plein y sont offerts depuis quelques mois.

Une nouvelle association

Comme preuve de l’effervescence dans le milieu de l’interprétation en langues des signes, en 2014, les interprètes québécois ont fondé une association professionnelle : l’Association québécoise des interprètes en langues des signes (AQILS). Le comité fondateur a établi comme objectifs :

  • le regroupement en personne morale des personnes dont la profession est l’interprétation en langue des signes;
  • la défense et la promotion des intérêts des membres;
  • le rayonnement de la profession.

L’association compte près de 90 interprètes, dont la majorité travaille en français-LSQ. On y trouve également les combinaisons anglais-ASL et LSQ-ASL. Cette dernière combinaison est prise en charge par des interprètes sourds, notamment lors de conférences où des personnes sourdes des deux langues sont présentes.

Conclusion

Le milieu de l’interprétation en langue des signes est très dynamique actuellement. Avec la fondation de la nouvelle association, nous espérons que la formation continue prenne de plus en plus d’importance. Il sera par ailleurs intéressant de voir comment l’interprétation auprès d’une clientèle d’âge scolaire va évoluer avec le dépistage précoce de la surdité mis en place au Québec.

Références

Parisot, A.-M., S. Villeneuve, D. Daigle et A. Missud (2008) « L’interprétation visuelle auprès d’une clientèle sourde. Portrait d’une profession et état de la situation sur les besoins de formation », rapport de recherche déposé au Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA).
Parisot, A.-M. et S. Villeneuve (2013) « L’écart entre les besoins et les services en interprétation visuelle au Québec : points de vue d’utilisateurs, d’interprètes et d’employeurs », rapport de recherche présenté à l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ.
Villeneuve, S. (2011) « Zoom sur un secteur de l’interprétation scolaire au Québec », Le Journal de l’AFILS, no 80, décembre, p. 22-25.
Villeneuve, S. (2006) « La langue comme outil de prévention des troubles musculosquelettiques chez des interprètes français/langue des signes québécoise : analyse d’aménagements linguistiques, biomécaniques et temporels », mémoire de maîtrise en linguistique, Montréal : Université du Québec à Montréal, 286 p.

 

suzanne-villeneuveSuzanne Villeneuve a été la première interprète en langue des signes admise à l’OTTIAQ, en 2008. Elle est un des membres fondateurs de l’Association québécoise des interprètes en langues des signes (AQILS), enseigne au programme d’interprétation de l’UQAM et travaille comme conseillère en services d’interprétation au Service d’interprétation visuelle et tactile.

Interprétation judiciaire en espagnol : l’importance de l’agrément

L’interprétation judiciaire se démarque des autres professions langagières en ce que son exercice nous confronte directement à la loi.

Par Silvia Yáñez, interprète agréée et traductrice agréée

Les exigences de l’interprétation judiciaire sont très élevées, tant pour ce qui est de la pratique dans les langues officielles du pays que pour celle en langues étrangères, notamment en matière de confidentialité. Dans un tel contexte, la nécessité d’un code d’éthique encadré par un ordre professionnel devrait aller de soi.

L’espagnol gagne du terrain
Au cours des dernières années, les langues étrangères ont pris une place de plus en plus grande devant les tribunaux. Parmi celles-ci, l’espagnol occupe une place de choix. En effet, au tournant du millénaire, l’immigration importante en provenance des pays hispanophones et l’augmentation des échanges commerciaux internationaux ont fait de l’espagnol un incontournable. Même si la demande d’interprétation dans cette langue est aujourd’hui à la baisse en raison des nouvelles règles en matière d’immigration, son influence se fait toujours sentir.

L’agrément des interprètes hispanophones
Les interprètes judiciaires agréés en espagnol sont toutefois peu nombreux. La tiédeur des institutions quant à la qualité de l’interprétation, ainsi que le manque d’intérêt pour le perfectionnement professionnel de la part des interprètes judiciaires dans cette langue mettent en péril la fiabilité des services rendus. De fait, l’évaluation de la qualité du travail des interprètes judiciaires revient pour le moment aux juges et aux procureurs aux poursuites criminelles et pénales parlant espagnol.

Il est donc essentiel que l’OTTIAQ définisse les lignes directrices qui serviront à évaluer efficacement les études et l’expérience des interprètes français-espagnol appelés à travailler devant les tribunaux. Il est temps de jeter les bases du nouveau profil de l’interprète judiciaire en espagnol. Lorsqu’il sera clairement défini, ce profil permettra aux institutions judiciaires de compter sur des services plus efficaces et exhaustifs.

Silvia Yáñez est interprète indépendante.

Interpreting Romani – A Canadian Overview

By Deborah Folaron, PhD

Active interpreters of Romani in Canada, Ronald Lee, Nazik Deniz and Dafina Savić, explain the ins and outs of interpretation for a little known community.

A too common situation

The phone rings at a busy translation agency, one of the many around the world fielding hundreds of calls daily for multilingual translation and interpreting projects. “I need a Romani interpreter,” says the caller, “to translate for a meeting later this week.” The project manager accepts the project and proceeds to set in motion the well-known script of searching through the database to find a qualified interpreter and coordinating the details of payment, location, and scheduling for the interpretation event. The day arrives, and shortly after the scheduled meeting begins, the agency receives a frantic call: “The interpreter you sent is for Romanian, but we need Romani!”

About Romani

Misunderstandings like this are not uncommon when it comes to translating and interpreting in the Romani context. It is not common knowledge that Romani (or Romanes) is in fact both a spoken and written language, albeit one that has not yet – like many of the other 7000 world languages –been officially codified and standardized for use globally. It is not widely known that, despite the historical absence of a Roma homeland or nation-state and lack of formal educational infrastructure in Romani, there are over 60 ‘dialects’ of the language in use around the world. And, although Roma stories – often framed as ‘problems’– seem to frequently make the news, the public at large is generally unaware that millions of Roma reside and participate culturally in the national lives of countries that span the globe, from Australia to Argentina to Canada to Russia. In Europe, they collectively comprise the largest ethnic minority group.

Under the Radar

Translation and interpreting (T&I) activities always spring up out of tangible language and communication needs, be they for official policies, market-oriented goals, or public services. They emerge in the context of bridging linguistic and cultural differences between diverse groups for undertakings that range the spectrum from art to activism. For communities carrying out aspects of their daily lives in languages and cultural traditions that are not dominant on the world stage and which do not benefit from ready access to resources for their sustenance, the translation and interpreting initiatives that do arise organically often pass under the professional and academic T&I radar. This is no less so for Romani translation and interpreting. Three active interpreters within the communities of Canada share their insights here on interpreting Romani.

Ronald Lee

Ronald Lee, residing in Ontario, has worn many hats throughout his long career: journalist, writer, author, pedagogue, mentor, activist, musician, translator, terminologist, lexicographer, and interpreter. Affectionately known in the Roma community as “Kako (‘Uncle’) Ron,” he was conferred an Honorary Doctorate of Laws by Queen’s University in 2014 for his lifelong work. Among his many projects, he currently translates from English into Romani for RomArchive, a “digital archive of Roma” supported by the German Federal Cultural Foundation. His work as a Romani interpreter for individuals and families needing communication assistance in social and immigration services spans decades. His knowledge and experience in the domain have given him insight into, and an intimate understanding of the needs and challenges faced by interpreters within the Roma communities.

The diversity of national languages and Romani dialects spoken by Romani peoples and the range of fluency in each by their speakers, Lee explains, always constitute a challenge for interpreters and the clients they work for. To begin with, both non-Roma and Roma alike have problems in appropriately identifying and defining the Romani dialects needed for interpretation, and the interpreters sought are sometimes mismatched for the job. Indeed, he has often been asked to verify the dialects and translations of interviews and recordings carried out in Romani. In addition to dialect misidentification, there is the matter of specialized terminology and evolving vocabulary. Technical or domain-specific terms requiring interpretation may be misunderstood or unfamiliar, as may Romani terms not yet coined or in circulation, thus creating both a translation and terminology challenge for the interpreter. Linguistic difficulties also emerge from the 1000 year historical evolution of the Romani language itself, with its dynamic capacity to absorb non-Romani vocabulary from other languages in which the dialects have been and continue to be in contact.

As Lee expounds:

“Instead of using the standard ‘thematic’ (inherited Indic/Asian/Anatolian Greek) items in Romanes, speakers are using more ‘athematic’ (borrowed post-Anatolian European language) items from the host languages. What Ian Hancock refers to as ‘core vocabulary’ is too often replaced by non-standard borrowings in foreign host languages, like the equivalent of American Romani speakers using English language-based borrowings – such as Laikiv te playiv e gitara instead of Plachal ma te bashavav e gitara (‘I like to play the guitar’). When these borrowings are Polish or Bulgarian, for example, Romani/English speakers are lost just as Romani/Romanian speakers would be upon hearing the American English utterance.”

Linguistic diversity is not the only challenge. Cultural traditions and practices, some of which are not uniformly shared across the Romani spectrum, also keep the interpreter on guard. As Lee points out, “There is the issue of gender when interpreting for some Romani clients, as women may not feel comfortable discussing certain personal matters with male interpreters, or some unease among both genders when discussing certain topics considered mahrime (‘unclean’). Instances of Romani hospitality and gestures of friendship and gratitude can also potentially lead to familiarity, which is discouraged in interpreting.”

Nazik Deniz

These sorts of unique challenges for Romani interpreting have inspired Nazik Deniz, former executive director of the Toronto-based Roma Community Centre, to take concrete action. Hoping to organize and structure interpreting services more formally so that the Roma communities’ diverse linguistic and cultural needs can be met, she founded the World Romani Dialects Interpretation Bureau. As a start, the bureau’s recently assembled team of dialect-interpreters provide Romani interpreting services for a federal government agency. “The needs of the Roma communities are great,” says Deniz. While some needs are similar and shared in common with other minority or immigrant groups, others revolve around a specific, unique linguistic situation and historical context.

The complex linguistic, cultural heritage of Roma translates into strengths and challenges for interpreting. The root of commonality serving as the historical foundation of Roma identity collectively branches into many diverse Roma groups individually. Every community experiences their interpreting needs differently, depending on the Romani dialects and national languages actually spoken by its members, and on the various national contexts from which they emerge. “A profound understanding of a particular Roma community’s needs,” says Deniz, “is vital, and circumstances can be very fluid, especially when immigrants hail from different countries. What affects Roma in Europe, for example, affects the composition and dynamics of our communities residing here. We are all Roma, but our history and migrations have also made us linguistically and culturally diverse. It is in our organizing for this translation and interpreting diversity that we are able to encourage movement towards unity.”

Ensuring the competence of interpreters is a high, albeit not always easy, priority. Official certification for a standard Romani does not exist, although testing in some dialects can be conducted. Romani interpreters obtain certification for the other, non-Romani languages they speak – in one or both of Canada’s official languages and any of the languages spoken by Roma in the community, for example Polish, Czech, Hungarian, Croatian, etc. When interpreters are called in to interpret on behalf of an individual or family, the project coordinator must consider both the appropriate Romani dialects and the national languages of the speakers, as the dialogue and dialects themselves are often influenced by those languages. Furthermore, as Deniz explains,

“Outsourcing interpreting jobs to interpreters who are fluent only in the national languages of the Roma individual or family but unfamiliar with Roma culture or a Romani dialect can bring serious consequences. Negative images and stereotyping about Roma abound and sometimes inadvertently lay beneath the surface within the interpreting process, creating a cultural bias that doesn’t reflect Roma reality in the interpretation. It is critical to ensure that interpreters have a true understanding of the Roma community from within.”

Dafina Savić

These observations are very familiar to Dafina Savić, founder and executive director of the Montreal-based, not-for-profit organization Romanipe. Fluent in (Vlax) Kalderash Romani from a young age, along with French, English, Serbian, and proficient in a host of other languages, Savić has been interpreting Roma needs in the medical, legal, educational, government, immigration, and humanitarian sectors. “In order for communication to take place,” she notes, “the individuals and families you interpret for must trust that you will interpret faithfully for them and not make mistakes through bias or a misunderstanding of the language or culture.” She relates how, in the hands of the wrong interpreter, mistakes have been known to happen, with incompetence leading to a refugee applicant’s file appearing to lack credibility or a child being improperly diagnosed.

Her comments also echo the need for interpreters to be particularly attentive to Roma diversity. “At the level of general conversation, individual Roma from different countries who meet up together will be able to understand one another, but as soon as the discussion becomes more specific and in-depth, then individuals will borrow from the other languages they know or have been educated in,” she says, “and for medical, legal, immigration, and more complex situations, those other languages are always involved.” In fact, linguistic dexterity on the part of the interpreter is very important. “Interpreting for Roma means not only speaking a Romani dialect but also being familiar with the words borrowed from the languages an individual or group is in contact with, because many technical words don’t yet exist in Romanes.” The tendency to view Roma as one homogeneous group, she reiterates, has itself contributed to misguided interventions when dealing with the community at large.

Linguistic and cultural dexterity, as well as an understanding of Roma history, are all critical in the process of bridging differences while interpreting. As Savić explains,

“It is important to know that simply being Roma and speaking one version of the Romani language does not automatically make us fit for interpreting. One needs to be linguistically aware and culturally sensitive while interpreting across different beliefs and practices. Acceptance as a Roma interpreter can bring greater ease, but you must always strive for understanding and communication. There are even diverse understandings of what Romanes is: for example, some Bayash Roma from Croatia speak an old version of Romanian which they understand to be Romanes, so at times I’ve had to interpret from old to new Romanian. In reality, it is an historical legacy; Roma slaves were forbidden to speak Romani. Today they identify this language as their Romanes mother tongue. Knowing the history of the Romani language is really important; many people are still unaware of it!”

Interpreting has a special role to play in connecting and bridging linguistic and cultural differences, ensuring that meaning and the channels of communication are as clear as they possibly can be. As Savić, Deniz, and Lee have all observed, informal interpreting among Roma can be very “community oriented,” with family members and friends contributing their many language skills to interpret information so they can make vital decisions about their livelihoods. Although dictionaries, glossaries, and language learning books in various Romani dialects and languages continue to emerge, and although a dialect like Kalderash enjoys broader geographical scope, the reality for Romani interpreters is multilinguistic and multicultural. Its growing professionalization speaks to the integrity of the interpreters who know their communities well and who seek to organize and apply interpreting best practices so that the needs of the communities can be fulfilled. As the world in all its linguistic and cultural diversity continues to globalize and communicate across borders, there is much we can learn from our Romani interpreters.

Deborah Folaron is a professor at Concordia University.

Introducing Translators to Conference Interpreting

Sylvie Lambert-Tierrafría, PhD

How do you make sure that students possess the competencies necessary to be great interpreters? What qualities do they need to develop? The University of Ottawa recently made changes to their Master in Conference Interpreting and to their courses in order to guarantee their students receive the best training.

Deconstructing students’ skills

In an effort to attract the best candidates for the Master in Conference Interpreting, one approach that was introduced approximately ten years ago was a course open to third- and fourth-year translation students designed to deconstruct the cognitive skills required of conference interpreters for both simultaneous and consecutive interpretation1. The course breaks down all of the components involved in interpretation and introduces one skill at a time to prepare the candidates for the selection examination held yearly in May for the MCI program. The skills involved include, among others:

  • "The Voice"
  • listening and memory exercises
  • oral presentations and public speaking
  • sight translation
  • cloze exercises
  • consecutive note-taking
  • shadowing
  • divided attention
  • sight interpretation
  • how to cope with stress

“The Voice”

In the very first class, students are encouraged to rid themselves of any voice mannerisms they may have acquired and developed over the years, including vocal fry, run-ons, breathiness and up-talk. Speech patterns such as the overuse and inappropriate use of like, and beginning sentences with basically or so also need to be taken care of. Otherwise, students sound less competent, less educated, less trustworthy, and undermine their assertiveness and authority.

Listening and Memory Exercises

Listening and memory exercises, including recalling without distortion of meaning, are conducted in the candidate's two working languages. Since listening represents the basic and common denominator to all tasks demanded of interpreters, particular attention is paid to developing this skill from the onset. At the same time, candidates learn to develop their memory, both recognition and recall, as well as short- and long-term memory. Short-term memory entails the capacity to hold a small amount of information in an active and readily available state for a short period of time, usually mere seconds. The most commonly cited capacity is one’s ability to remember seven digits, plus or minus two. Summarizing focuses on the ability to listen attentively to a given message and recall the main points of the argument by tapping into long-term memory.

Oral Presentations and Public Speaking

Candidates are asked to give short, impromptu speeches on current events. They are coached to focus on style, content, clarity and public-speaking skills, as well as on their ability to sound convinced and convincing. Candidates are also asked to prepare brief presentations on selected topics, usually in domains where they may feel weak or uncomfortable (finance; religion; science; politics; legal issues, etc.). They have access to notes during oral presentations at the beginning, but gradually they move toward having no access to notes. Candidates are assessed by other students on their strengths and shortcomings as public speakers. During these presentations, the other students take notes and are introduced to consecutive interpretation skills, which involve acquiring note-taking skills, followed by a smooth and professional delivery of the speech into another language, based on these notes.

Sight Translation

Sight translation incorporates cognitive skills involving translation and public speaking under time-constraints that translators do not usually experience. Candidates begin with rehearsed and prepared texts (which have already been paraphrased, for example) but eventually work with unprepared material. They learn to read ahead, anticipate and paraphrase if they are unable to provide an immediate equivalent. Performances may be videotaped, with the candidates' permission, and evaluated in class. Candidates practice in both directions, French into English and English into French. Students in the tri-lingual Spanish program work with Spanish-language texts

Cloze Exercises

Candidates are handed doctored texts where every tenth word, for example, has been deleted and replaced by a blank. They are asked to read the text out loud to the rest of the class and to fill in the blanks with either the exact missing word or an appropriate and semantically acceptable synonym. The cloze exercise is done in both working languages and the exercise is also used as a sight-translation exercise.

Consecutive Note-Taking

The students are also introduced to note-taking for consecutive interpretation. During consecutive interpretation, the interpreter speaks after the source-langue speaker has paused or finished speaking, Usually, the speech is divided into segments, and the interpreter listens and takes notes as the speaker delivers his or her message.

Shadowing

Shadowing is repeating exactly what is heard through a set of headphones and in the same language, from A language to A language and then from B language to B language. This exercise is used to acclimatize candidates to the mechanical aspect of simultaneous interpretation, namely the ability to speak and listen simultaneously and effortlessly.

Divided Attention

Dividing attention between various tasks, such as listening and counting digits out loud, for example, or backwards, or every second digit; or shadowing material and then being asked to recall the material just shadowed. These exercises enable candidates to gradually learn to ignore (i.e. trust) the sound of their own voice and to devote all their attention to the incoming message.

Sight Interpretation

Candidates are given five to ten minutes to prepare a text. Then, the instructor reads the text into the microphone to the candidates who interpret the text in the simultaneous mode, being careful to follow what the instructor is actually saying in case of any deviation from the original text. This intermediary step approximates the simultaneous-interpretation condition and prepares the candidate for simultaneous interpretation per se. Sight interpretation is also part of the selection examination test at the Translation Bureau and at the University of Ottawa.

Stress

All of the above activities normally expose candidates to varying amounts of stress in the classroom situation but they are never as intimidating as real-life conditions, such as the admission tests to the MCI program, or the first interpreting experience.

1. Simultaneous interpretation is translation performed orally, in real time, and in a parallel manner, with the use of headphones; during consecutive interpretation, the interpreter takes notes while someone is speaking and then translates into the other language during a pause in the speech.

Sylvie Lambert-Tierrafría is an Associate Professor at the School of Translation and Interpretation at the University of Ottawa.


Partage :