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Édito

Exercer la traduction, l’interprétation et la terminologie pour sauver les langues autochtones de l’extinction

Par Philippe Caignon, terminologue agréé et traducteur agréé

Après avoir été utilisées pendant des siècles pour subordonner les peuples autochtones nord-américains à l’autorité politique d’origine européenne dans le cadre de négociations territoriales volontairement opaques, la traduction et l’interprétation peuvent aujourd’hui servir à préserver les langues autochtones.

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L’accent de la gravité


L’important, c’est l’accent, assurait naguère un slogan créé pour une sauce en boîte ou en bocal, il me semble. Même Google, qui se « souvient » de Jato et de la mère Denis, a oublié cette publicité. Si moi je l’ai retenue, c’est sans doute parce que, depuis les années 1980, on m’adresse questions et reproches sur la séquestration de l’accent qui devrait, dit-on, coiffer ma première initiale.

Je date d’avant l’ordinateur grand public. Je remonte à une époque où l’on utilisait une Remington – on ne parlait même pas encore de « vieille Remington », c’est dire – sorte d’appareil de torture en fer forgé, qui exigeait des efforts surhumains pour la moindre lettre. Le doigt que la maladresse faisait glisser entre deux touches était condamné à l’écorchement. Bien entendu, il fallait littéralement redoubler d’effort pour frapper les deux touches nécessaires à la production d’une minuscule accentuée. Par ailleurs, les touches de l’accent grave et de l’accent circonflexe plaçaient l’accent tout juste assez haut pour coiffer une minuscule. Par conséquent, aucune majuscule accentuée n’était possible, outre le « É » qui disposait d’une touche réservée. Je connais pourtant des Elizabeth et des Elise de mon âge qui ne s’en sont jamais prévalues.

Puis advinrent l’ordinateur et les claviers qui permettaient les majuscules accentuées, après quelques années de valeureux efforts pour mémoriser les codes ASCII permettant de produire des majuscules avec tildes, umlaute, ogoneks et pontets, soukoun, esprits rudes et crampons, qu’ils fussent souscrits, suscrits ou adscrits. Certes, les majuscules accentuées sont très utiles pour clarifier les classiques du genre IL EST INTERNE A L’ASILE, et je vous fais grâce des exemples de confusions cocasses qu’entraîne l’omission d’un fatha, d’un candrabindu ou d’une mouette basse (qui sont aussi, comme chacun sait, des diacritiques).

Fort des progrès de l’informatique, l’OLF, qui se contentait alors de trois lettres (je le précise à l’intention de nos jeunes lecteurs qui risqueraient autrement de me reprocher cette autre prétendue omission), décida donc, en 1980, de recommander, sinon normaliser, l’ornementation diacritique des majuscules. La recommandation figurait sans doute sur La Disquette linguistique, offerte en formats 3½ et 5½, mais vous n’avez peut-être plus votre exemplaire.

Je me suis volontiers pliée à cette recommandation partout où moi aussi je la jugeais nécessaire. Toutefois, j’ai divergé et je diverge encore obstinément sur une seule lettre : ma première initiale. En 1980, j’écrivais déjà mon prénom sans accent depuis nombre d’années et j’ai donc décidé de m’opposer à cet OLF qui me débaptisait d’office. Je suis devenue résolument critique plus que diacritique. J’ai poussé la résistance jusqu’à l’héroïsme : j’ai supporté la perte d’un point par travail et par examen infligée par un professeur d’université qui s’entêtait grave à propos de l’accent du même nom sur le mien et soulignait chaque fois ce dernier de trois traits rouges. Il m’accusait de dénaturer un prénom aussi primordial. Preuve de mon stoïcisme : lui s’appelait Joly et je ne lui ai jamais rien reproché à cet égard.

J’ajouterai que mon abnégation diacritique est également teintée d’écocivisme : vous imaginez la quantité d’encre dont j’ai évité le gaspillage depuis toutes ces années ? Je sacrifie volontiers un accent qui n’est pas tonique pour que la Terre le devienne chaque fois davantage. Je m’écrirai et m’écrierai toujours de même : sans accent !

Mais pourquoi diable vous raconté-je tout ça… ? Ah, oui : je voulais vous inviter à profiter du fait qu’Internet accepte désormais « les noms de domaine qui contiennent un ou plusieurs caractères non-ASCII, comme les caractères accentués du français ». Bon ben, il ne me reste plus qu’à vous aiguiller vers l’intéressant billet de La Boîte à mots qui traite de la question.

Dossier

Langues autochtones et professions langagières
Philippe Caignon, terminologue agréé et traducteur agréé

Les travaux de la Commission de vérité et réconciliation du Canada ainsi que les témoignages des familles au cours de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ont mis en avant les nombreux problèmes personnels, familiaux et sociaux que vivent les membres des communautés autochtones du Canada.

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La traduction à l'ère de la décolonisation
Par Karina Chagnon

La traduction au Canada est le plus souvent conçue et enseignée comme un transfert entre deux « solitudes » culturelles et linguistiques, l’anglaise et la française. Or, la société allochtone prend de plus en plus conscience des mouvements politiques et des pratiques culturelles autochtones.

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Translation as a way to save Indigenous languages
By Marguerite Mackenzie and Julie Brittain

Most Indigenous languages in Canada are in various stages of endangerment, while many others are no longer spoken, so one might wonder why translation is even needed when Indigenous people increasingly speak English or French. But it is the very fact of having arrived at this situation that makes the need for translation, both into and out of the majority languages, all the more urgent.

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Translation of Haida Narratives into English
By Tiffany Templeton

Haida Gwaii, an archipelago on the Northwest coast of British Columbia, has been inhabited for as long as 13,000 years. It was named the Queen Charlotte Islands by British Captain George Dixon in 1787.

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Oser écrire et traduire « ce qui ne se dit pas » : la queerisation comme outil de décolonisation en contexte franco-canadien
Par Kathryn Henderson

Lorsque vient le moment de traduire des textes autochtones abordant des réalités qui échappent au binarisme homme-femme imposé par les colonialismes canadiens et québécois, on prend rapidement conscience que la décolonisation littéraire et politique devra passer par la queerisation de notre langue.

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Meet Akwiratékha’ Martin, translator in Kanien’kéha. Ó:nen’k tsi akwé:kon tenkawennanetáhkwenke’.
An interview by René Lemieux

Akwiratékha’ Martin is Kanien’kehá:ka from Kahnawà:ke who taught at the Kanien’kehá:ka Onkwawén:na Raotitióhkwa Language and Cultural Center from 2002-2016. He is now teaching Kanien’kéha at Kahnawà:ke Survival for grades 7-11.

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