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Le traducteur de demain… et son chien

Claude BedardOu comment la technologie est en voie de façonner notre Saint Jérôme intérieur

Que de chemin parcouru depuis la feuille de papier dans la machine à écrire – et pour la consultation terminologique,
le meuble à tiroirs ! Ayant commencé ma carrière dans un tel contexte, je m’émerveille le plus sincèrement du monde devant l’immense évolution de nos outils de travail.

Par Claude Bédard, trad. a.

Loin de moi, donc, la moindre idée de retourner aux conditions d’antan. Cependant, formé que je suis à la vieille école de « l’art de traduire », je ressens un certain malaise en observant les transformations que certains outils sont en voie d’opérer sur notre Saint Jérôme intérieur. Tout comme le maître, dit-on, finit par ressembler à son chien, sommes-nous appelés à être façonnés par nos nouveaux outils ? Non content de poser la question, je tente ici une réponse.

Outils de rappel terminologique : l’externalisation de la mémoire

Divers outils de rappel terminologique existent désormais, notamment les systèmes de prétraduction (par exemple LogiTerm) et l’affichage automatique des termes dans les logiciels de mémoire de traduction (par exemple SDL Trados). À ces fonctions de rappel automatique on peut ajouter la capacité de consulter facilement, à tout moment, la terminologie existante.

Résultat : la nécessité pour le traducteur de mémoriser la terminologie n’existe plus guère. Certes, on peut avancer qu’un tel « allégement mnémonique » libère de l’espace cérébral en faveur de la « créativité ». Mais en même temps, ne crée-t-on pas… à partir de ce que l’on sait, d’un bagage déjà acquis ? Ce qui « encombre » notre mémoire, n’est-ce pas un matériau important pour la création ?

Mémoires de traduction : la loi des segments et de leur recyclage

Désormais, entre le traducteur et son texte, il y a la mémoire de traduction (MT), avec la logique et les contraintes inhérentes à ce genre d’outil. Dans le cas des salariés, cette mémoire est contrôlée par un tiers : l’employeur. Cet effet est plus sensible dans le cas des pigistes, la mémoire étant contrôlée par le donneur d’ouvrage ; la voie est ouverte à que j’appelle, non sans une pointe de malice, le guichet de la « sous-traitance assistée par ordinateur » (STAO) – une forme moderne de subordination du traducteur naguère qualifié d’« indépendant ».

Voyons un peu les conséquences de ce genre d’outil sur la vie du traducteur.

Le traducteur de segments : « Ceci n’est pas un texte. »

Pour traduire intelligemment un texte, le traducteur a intérêt à avoir avec lui une « relation chaleureuse ». Or un logiciel classique de MT présente du texte à traduire une image dématérialisée, inexpressive. Le traducteur a devant lui deux colonnes de cellules, qui contiennent à gauche les « segments » qui constituent le texte à traduire, et à droite leur traduction.

Le malaise vient du fait qu’un texte, c’est davantage qu’une compilation de « segments » : c’est un être vivant articulé visuellement en paragraphes, en intertitres, en énumérations, en tableaux, dont la présentation graphique (le cas extrême étant celui de PowerPoint) fait partie du message qui atteint le lecteur.

Cette dématérialisation du texte à traduire est aggravée par le découpage rigide en « segments » opéré par l’outil (avec plus ou moins de justesse, d’ailleurs). Or les phrases d’un texte, souvent, collaborent entre elles pour transmettre au lecteur le message ou l’effet souhaité ; le traducteur a alors intérêt à les « penser » plusieurs à la fois, pour parfois reconfigurer différemment leur contenu. Le traducteur, on le sait, a pour mandat de faire passer le message du texte, et non de traduire fidèlement chacun de ses « segments » ; un outil qui impose un tel découpage me semble être de nature à formater l’esprit du traducteur d’une façon qui nuit à l’intelligence de sa tâche.

Enfin, notons que bien des utilisateurs d’un logiciel de MT (notamment les pigistes en formule STAO) obéissent en fait à une contrainte imposée par le donneur d’ouvrage ; ce contexte de travail mal accepté – l’image de la chaîne de montage vient facilement à l’esprit – peut affaiblir leur engagement professionnel : « On me demande de traduire des segments ? Eh bien, c’est exactement ce que je vais faire… »

La belle-mère dans le lit conjugal : « Est-ce vraiment MA traduction ? »

La logique du recyclage de segments tirés de la MT d’un tiers entraîne chez le traducteur, notamment dans la situation d’un pigiste, une perte plus ou moins grande d’autonomie. Désormais, entre le traducteur et le texte à traduire, il y a ce ramassis de phrases recyclées. La belle-mère dans le lit conjugal, en quelque sorte.

Certes, il y a toujours eu l’impératif de respecter les usages du client, donc de se référer à des textes antérieurs. Mais dans la mesure où un certain nombre des phrases du texte qui lui est présenté sont déjà traduites (avec une rémunération calculée à l’avenant), le traducteur – devenu « traducteur de trous » – se sent forcément à la remorque des portions déjà traduites du texte. Dans différentes dimensions, les décisions et initiatives qui touchent l’ensemble du texte sont plus ou moins bridées par le contenu préexistant. Et le traducteur peut en venir à se demander : « En fin de compte, suis-je vraiment assis devant MA traduction ? »

Et si, en plus, les segments recyclés sont d’une qualité peu impressionnante (ou pire), le traducteur a le choix de les laisser en place (de peur de déranger des décisions antérieures, dont il est mal placé pour évaluer la pertinence ou la portée) et de se soumettre à leur influence, soit de les améliorer – avec la conscience de courir le risque précité ainsi que la frustration, au demeurant, de savoir que ce surcroît d’efforts pénalise plus ou moins sa rémunération.

Le cas extrême de pénalisation est celui où les phrases recyclées à l’identique (correspondances parfaites) ne sont pas rémunérées. Or, laisser ces traductions intactes relève parfois du non-sens : et on imagine la tentation qui démange le traducteur d’en faire la démonstration par l’absurde au donneur d’ouvrage ! Se pose ici une question savoureuse : y a-t-il faute professionnelle à ne pas effectuer un travail pour lequel on n’est pas rémunéré ?

Autre cas, de plus en plus fréquent : celui du dossier partagé en tranches entre plusieurs traducteurs, un réviseur étant alors chargé d’« harmoniser le tout ». On devine là aussi, pour d’autres raisons, la tentation pour le traducteur de s’épargner toute initiative qui dépasse le cadre étroit de sa propre tranche.

Et dans le cas de certains donneurs d’ouvrage, la terminologie est imposée de façon rigide, les consignes sont strictes… L’obéissance, en somme, devient la qualité la plus appréciée du traducteur, avec des conséquences évidentes sur sa motivation. En somme, la STAO est de nature à induire un affaiblissement de la responsabilisation professionnelle.

Le consulteur compulsif : le réflexe de mendier des solutions toutes faites

Les mémoires de traduction (y compris les mémoires publiques, comme Linguee, facilement consultables sur Internet) sont autant de tentations de se nourrir de solutions toutes faites. Moi qui vous parle, quand un détail me résiste, j’ai de plus en plus le réflexe d’aller voir si d’autres traducteurs n’auraient pas rencontré ce problème et proposé des solutions – alors que naguère je me serais concentré plus fort et aurais fait appel à ma… créativité. Vous savez, cette créativité que l’« allégement mnémonique » était censé libérer ? Hmmm.

Certes il n’est pas raisonnable de vouloir réinventer sans cesse la roue. Mais le « geste de traduire » – qui consiste à faire germer et surgir la traduction dans son esprit – va-t-il progressivement céder le pas à celui de « mendier des solutions toutes faites » ? Le traducteur va-t-il à la longue se transformer en un « consulteur compulsif », faire de moins en moins appel à la traduction qui lui vient spontanément ? Dans les universités, les professeurs admonestaient (et le font encore, je crois) leurs étudiants lors des épreuves en classe de ne pas passer leur temps avec la tête dans les dictionnaires ; iIs devaient bien avoir une raison.

La « marchette » du traducteur débutant

Pour le débutant fraîchement embauché, les mémoires de traduction sont une véritable bénédiction – et l’employeur, de son côté, n’est pas moins enthousiaste. Si l’on compare aux conditions d’un autre siècle (la machine à écrire et le meuble à tiroirs), l’apprentissage du traducteur est nettement accéléré – et l’effort de révision et d’encadrement est réduit d’autant.

Mais c’est ici que, paradoxalement, ma perplexité est la plus grande. Car tous les effets évoqués plus haut s’appliquent à un traducteur qui n’aura jamais connu d’autre contexte de travail. Dans un environnement qui invite à réutiliser au maximum des solutions antérieures (ce qui, pour un débutant, est plein de bon sens, car on apprend volontiers par imitation), le traducteur va-t-il véritablement apprendre à déployer ses ailes ? Va-t-il en venir à considérer le « geste de traduire » comme un pis-aller, plutôt que comme l’âme même du métier ?

Il est troublant de penser que parmi les débutants d’aujourd’hui, certains n’auront toujours pas, dans quelques années, fait l’expérience de traduiretoutes les phrases d’un même texte1. Or, une dimension en principe importante de la compétence professionnelle d’un traducteur est la prise en charge intégrale d’un texte, de son système de vocabulaire, de sa cohérence interne, des recherches et des décisions à prendre à ces différents égards. Le traducteur de la vieille école que je suis reste songeur devant une telle évocation.

Il y a enfin ce phénomène, bien contemporain, de la recherche instantanée – notion fétiche du « juste-à-temps » – qui s’oppose volontiers à celle du « bagage de connaissances ». Le travailleur du savoir postmoderne serait un être qui voyage léger, sûr de sa capacité de trouver à tout instant l’information dont il aura besoin pour la tâche du moment. Inutile, donc, de s’encombrer l’esprit avec des connaissances sans cesse menacées de péremption : « De quoi vous sert cette oblongue capsule ? D’écritoire, Monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »2

Il n’en fut pas toujours ainsi. Naguère, dans un autre siècle (la machine à… bon, vous avez compris), le traducteur désireux de progresser devait se livrer à des lectures de fond, tant en langue source pour apprivoiser le vocabulaire du domaine, ses nuances d’utilisation et son potentiel d’évocation, qu’en langue cible3 afin de se meubler l’esprit de toutes sortes d’usages et de tournures qui, espérait-il, remonteraient à la surface au moment opportun pour guider et nourrir son « geste de traduire » – dans une démarche qui va à l’encontre, remarquons-le, de l’« allégement mnémonique » dont il était question plus haut.

Or, dans un monde de consultation effrénée, où tant de ressources sont disponibles « en temps réel » au fur et à mesure des difficultés rencontrées, le traducteur en herbe ressentira-t-il la motivation de se livrer à un préhistorique effort « en temps différé » ?

Le postéditeur : après le « juste-à-temps »… le « juste-assez » ?

Avec les récents systèmes statistiques, la traduction automatique (TA) connaît un regain d’intérêt, non seulement chez les consommateurs de traductions sur le Web, mais aussi chez de gros entrepreneurs en traduction, eux-mêmes donneurs d’ouvrage et en concurrence à l’échelle mondiale.

Un tel modèle d’affaires, qui fait la promotion d’une productivité nettement accrue, véhicule évidemment une invitation à une qualité plafonnée : tout « acharnement professionnel » devient un geste mal venu, qui remet en question l’utilité même de la TA.

Promu « rafistoleur de phrases », le traducteur devenu postéditeur a pour démarche de « réagir » aux phrases créées par la machine ; sa créativité consiste désormais à imaginer des corrections qui nécessitent le moins de changements possible dans le texte. Exit, on l’aura compris, le « geste de traduire ».

Certains avancent aussi que la TA donnera au traducteur plus de temps pour « peaufiner la traduction machine ». Moi, je crains qu’elle ne lui donne au contraire une excellente raison de s’en contenter.

Le traducteur de demain, opérateur de rétrocaveuse ?

Selon le discours technologique, le traducteur de demain sera plus « performant », plus « efficace », plus compétent à « collaborer avec la machine », plus « habile » à manier les multiples « outils » qui multiplieront sa puissance de travail…

Heureusement peut-être, il y a les nostalgiques. Allez, sortez vos mouchoirs.

L’image me vient de l’opérateur de rétrocaveuse, que son ventre de bière rend désormais inapte à manier une pelle ou une pioche… Le traducteur de demain, donc : incapable de manier les mots sauf par l’extrémité d’un puissant bras informatique ? virtuose du déjà-dit, du déjà-traduit ? surperformant extérieurement, mais sous-développé intérieurement ? abondamment encadré, mais sous-mobilisé, sous-motivé, sous-responsabilisé ?

Avec tous ces outils qui lui présentent désormais des solutions ou des bouts de solution, le traducteur est subtilement invité à rester à la surface des choses. À perdre de vue, peut-être, la profondeur de sa tâche. Car la traduction a une profondeur. Celle du texte à traduire, de son contexte, de son message, de son intention, de la nécessité du « faire-comprendre ».

Et le traducteur lui-même a une profondeur : celle des ressources qu’il porte en lui, après les avoir accumulées, nourries, façonnées ; celle de la pensée, celle de l’expression originale par les mots, celle de la communication...

Toutes ces profondeurs sont certes à la portée du traducteur de demain. Mais il va devoir, je pense, consentir à allonger le bras à l’extérieur du confort de sa cabine.

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Titulaire d’une maîtrise en traduction, Claude Bédard œuvre depuis près de 40 ans en traduction technique et en TAO. Il est notamment l’auteur du livre La traduction technique : Principes et pratique (1986) et a publié de nombreux articles consacrés à la traduction technique et à la TAO. Il est le concepteur original du logiciel LogiTerm. En 2003, il a reçu le prix Mérite OTTIAQ pour ses réalisations dans le domaine des professions langagières.

___________________
1 Claude Bédard, Mémoire de traduction cherche traducteur de phrases.
2 Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, acte I, scène 4.
3 Claude Bédard, Les lectures d’observation : la moisson du traducteur technique.

Postédition : tout reste à faire, surtout la norme

Louise-BrunetteDepuis l’adoption quasi universelle des mémoires de traduction et en raison des avancées récentes, spectaculaires,
de la traduction automatique, nous avons été témoins d’une mutation majeure de l’exercice de la traduction.

Par Louise Brunette et Geneviève Patenaude

Pour l’instant, les fonctions traditionnelles de la traductrice subsistent de par la nature même du discours, qui reste spontané, c’est-à-dire ni répétitif ni prévisible. Il n’en reste pas moins qu’une bonne proportion des textes aujourd’hui présentés à la traduction ont été prétraduits ou récupérés par un logiciel. Dès lors, la traductrice, même en début de carrière, se voit appelée à poser un jugement sur les objets
de traduction, c’est-à-dire à agir comme contrôleuse de la qualité.

En contexte professionnel, nous sommes en présence du tandem qualité et traduction automatique – qui, aux fins du présent article, englobe les mémoires de traduction –, c’est-à-dire d’un ensemble de données objectives et d’un principe qualitatif marqué au coin de la subjectivité, parce que modulé en fonction des besoins de l’utilisateur (donneur d’ordre, client ou lecteur). La question que nous nous posons est donc : comment la traductrice intervient-elle pour assurer la qualité des sorties machines ?

Pratiquement, l’opération ultime de contrôle de la qualité des prétraductions est la postédition, que nous définissons ainsi : ensemble des interventions humaines sur une sortie machine comportant du texte prétraduit à divers degrés par un système de traduction automatique (TA),
une mémoire de traduction (MT) ou un hybride des deux technologies et dont l’objectif est d’assurer la qualité du texte traduit. Nous supposons ici que la postéditrice est une traductrice professionnelle, même si ni l’industrie ni la profession n’ont encore déterminé qui sont les personnes les mieux préparées pour la tâche. À ce propos, il convient de signaler que la postédition, malgré ses trente années d’existence, n’a fait l’objet d’aucune norme, tacite ou officielle, et que cette lacune se fait cruellement sentir dès qu’il s’agit de réfléchir sur sa pratique.

Particularités de la postédition

Nous qualifions la postédition de tâche de paratraduction (service à valeur ajoutée selon la norme européenne sur les services de traduction) et la distinguons clairement de la révision. Cette dernière concerne les traductions entièrement humaines et consiste en une lecture effectuée dans une perspective de vérification et de formation. Nous appelons par ailleurs correction l’intervention sur les correspondances floues des MT : à l’opération de lecture se greffent des fonctions de mise à jour ou de modification. Quant à la postédition, elle est une lecture suivie d’opérations de « réparation », l’expérience et les données issues de nos travaux révélant que les premiers rendus de la TA donnent rarement satisfaction.

Les prétraductions ne sont pas non plus utilisées de la même façon par tous. Ainsi, certaines postéditrices, jugeant inutilisable la sortie machine, retraduisent à partir de zéro. Un peu dans le même esprit, des postéditrices n’adoptent que les correspondances parfaites des mémoires de traduction. Dans ces cas, le recours aux remontées des machines est relatif.

Il existe aussi des cas d’utilisation massive des sorties de TA, surtout dans les cas où :

  • le logiciel est personnalisé, c’est-à-dire développé pour satisfaire les besoins d’une institution, d’un grand bureau ou d’une importante agence de traduction ;
  • les consignes du donneur d’ordre sont sans appel, comme dans les cas où le client exige que les correspondances déclarées parfaites par le logiciel de MT soient adoptées telles quelles ;
  • l’équipe technique préédite les textes à confier à la traduction machine ;
  • les liens entre les services informatiques (TA) et les postéditrices sont étroits.

Enfin, on constate une utilisation moyenne des prétraductions dès que :

  • la remontée de MT ou de TA est jugée moyenne ;
  • les liens entre concepteurs de système et équipe de postédition sont distants.

Postédition et qualité

Quelle que soit la modalité appliquée, il est impossible d’encadrer la postédition sans une norme, et il est impératif de passer à l’action. En effet,
si les traductrices professionnelles comptent sur l’industrie ou sur les entrepreneurs pour établir les règles pratiques ou qualitatives en postédition, elles travailleront bientôt dans des environnements conçus uniquement par les développeurs de logiciels, c’est-à-dire tenant peu compte des exigences cognitives ou ergonomiques des traductrices et des réviseures, comme ce fut le cas avec les MT. Rappelons par exemple que le découpage en segments des MT met à mal la notion de contexte, capitale dans la profession.

Il est donc normal, dans ce processus d’élaboration, de se demander à qui servirait cette norme. Conséquemment, nous croyons que la norme doit avoir une orientation pédagogique et professionnelle. En fait, les deux aspects se confondent puisque l’université devrait préparer, selon nous, à l’exercice professionnel de la postédition. Qui plus est, nous visons une norme professionnellement vérifiable et correspondant à une théorie réaliste issue de la recherche.

Étude sur la postédition

L’absence de balises (ou l’excès de directives) pour la postédition met notamment en lumière l’importance de la création d’une norme dans ce domaine. C’est dans cette optique que nous cherchons à définir les moyens de faciliter, pour les traductrices-postéditrices, la transition de la production d’un texte traduit (processus de création) à l’évaluation d’une sortie machine, et de circonscrire l’ensemble des pratiques nouvellement mises en place et couramment étiquetées postédition. Or, à ce jour, comme nous l’avons constaté, les innovations touchant les technologies de traduction sont, la plupart du temps, le fait de techniciens bien plus que des traductrices elles-mêmes. Quiconque consulte des bibliographies sur
la traduction automatique le vérifie sans peine. Par ailleurs, la majorité de ces nouveautés servent presque essentiellement les intérêts des demandeurs de traduction, toujours guidés par l’espoir d’une réduction des coûts et d’un gain de productivité spectaculaires. Par ailleurs, nous avons observé que plus se raffinent et se multiplient les outils, plus grands sont les risques de pertes de temps à l’utilisation. Par exemple, il arrive souvent que la traductrice, ayant accès à nombre de corpus de vocabulaires ou de textes, consacre plus de temps que traditionnellement à la comparaison de ces sources. Ainsi, l’objectif premier de la postédition se perd en cours de route ; de fait, le gain espéré est réduit à néant par les doubles vérifications et la pluralité des sources engendrant des recherches chronovores.

À la recherche d’une méthode

Dans la recherche de la conciliation des attentes des professionnelles de la postédition et de celles de leurs fournisseurs et clients, nous avons enregistré in vivo diverses pratiques professionnelles chez douze postéditrices ; il s’agissait d’arriver à une modélisation de méthodes de travail exemplaires consignées dans une norme. L’analyse des résultats devrait nous conduire sous peu à la proposition d’une norme modulée. Nous savons d’ores et déjà qu’il faudra intégrer une souplesse relative à l’application de la norme ; d’une part, les professionnelles ont du mal à accepter une entorse à leur objectif qualitatif, et, d’autre part, le client refuse de voir les avantages comptables des technologies de traduction (MT et TA) annulés par le prix de la postédition. Par-dessus tout, la profession sera le grand acteur de la pratique postéditrice : sans consensus au sein de la profession, la structuration de la postédition comme activité professionnelle ne dépassera pas l’état de vœu pieux où elle est cantonnée depuis trente-cinq ans.

Sur le plan de l'ergonomie, il est évident jusqu’ici qu’en face de toutes sorties machines, la postéditrice alterne entre une série de tâches autrefois bien distinctes par leur nature et dans le temps. Ainsi, la traductrice est-elle passée d’une fonction de rédaction à une tâche de vérification là où les correspondances sont parfaites ; en outre, elle fait un travail d’adaptatrice si la correspondance est partielle et va même jusqu’à effectuer des tâches de réparation au besoin. Ce passage de l’une à l’autre activité alourdit considérablement la charge cognitive liée à l’opération traductive.
Les adaptations nécessaires par rapport au travail traditionnel sont loin de ne concerner que la langue (lexique, terminologie, grammaire) ; elles touchent le texte, c’est-à-dire des notions aussi fondamentales que la cohésion, le contexte et les sources.

En guise de conclusion

À partir de nos observations contextuelles, nous désirons mettre à plat les éléments de cette révolution ergonomique pour, dans un premier temps, faire en sorte que la machine ne dicte pas sa ou ses lois à la postédition professionnelle, mais bien que la norme serve de guide aux utilisateurs. Pour y arriver, la profession doit se demander si elle veut assimiler la postédition à une pratique traduisante. Si elle répond oui, comment arrivera-
t-elle à assortir cette pratique :

  • d’un corps de doctrine fondée sur la recherche ;
  • d’un ensemble de pratiques normées et réalistes ;
  • d’une reconnaissance pédagogique ;
  • d’une reconnaissance professionnelle ;
  • d’une utilisation d’outils informatiques adaptés ;
  • d’une proposition de tarification ?

Espérons que la norme ainsi établie résultera de la concertation de la profession et des industries de la langue et non seulement d’un désir de réduction de coûts au détriment de la qualité.

Louise Brunette, term.a, trad.a, a choisi l'enseignement et la recherche universitaires après plus de 30 ans de pratique assidue de la terminologie, de la traduction et de la révision. Coauteure avec Paul Horguelin de la 2e édition de Pratique de la révision, elle est spécialisée en démarches évaluatives appliquées à la traduction et à la terminologie humaine ou automatique. Elle enseigne à l’Université du Québec en Outaouais et travaille à la rédaction d’un ouvrage sur les stratégies de révision.

À qui profite l’outil…

Pascale Amozig-BuckszpanLa pratique de la traduction professionnelle, notamment chez les travailleurs autonomes, s’est profondément modifiée au cours des deux dernières décennies. L’expansion des marchés, associée au développement technologique et des systèmes d’information, a révolutionné le métier de traducteur et sa pratique. Notre profession n’a pas échappé non plus à la dictature de l’instantané commandée par cette révolution technologique. Le traducteur doit faire plus et
plus vite.

Par Pascale Amozig-Buckszpan

Nous avons d’abord assisté à l’informatisation du poste de travail du traducteur et surtout, par la suite, à l’avènement des outils de traduction qui sont désormais des parties intégrantes de notre environnement professionnel.

Les outils linguistiques du traducteur sont aussi nombreux que variés. Depuis l’émergence des traitements de texte, des correcteurs orthographiques et des dictionnaires électroniques, nous avons pu observer la prolifération des systèmes de mémoire de traduction, la création des corpus bilingues consultables en ligne et la démocratisation de la traduction automatique par le biais de sites proposant des traductions en ligne immédiates et gratuites.

Il serait difficile de nier les effets positifs des outils d’aide à la traduction, ni même leur caractère irréversible, tant dans la gestion terminologique que dans l’optimisation des délais. Ces outils influent néanmoins sur nos méthodes de travail et notre processus traductionnel. Ils transforment la manière dont nous abordons le texte, pensons et traduisons.

Dans une brève description des trois technologies de traduction les plus présentes aujourd’hui sur les postes de travail du traducteur, qu’elles soient intégrées ou non à l’outil d’aide à la traduction, nous examinerons leurs répercussions sur l’activité traduisante, tant du point de vue qualitatif que quantitatif, et évoquerons les dérives et les évolutions qu’elles suscitent.

Les systèmes de mémoire de traduction (SMT)

Il s'agit de bases de données linguistiques qui récupèrent la traduction sous la forme de segments source et cible appelés « unités de traduction » et les enregistrent au fur et à mesure que le traducteur progresse pour une réutilisation ultérieure. La constitution des mémoires de traduction repose, dans la plupart des cas, sur le principe du découpage des textes en segments et cette segmentation a pour conséquence une modification de l’environnement de travail du traducteur. Les SMT peuvent comporter un outil de gestion terminologique par le biais de glossaires intégrés, avec options de recherche contenant des termes validés et parfois accompagnés de leurs règles d’usage.

Les nouvelles générations de SMT ont maintenant leur propre environnement (à la différence des outils qui s’intègrent au traitement de texte tels que WorkBench de Trados). Les outils les plus représentatifs aujourd’hui sont SDLTrados, Déjà Vu, Wordfast, OmegaT, Logiterm et Multitrans. Et il en existe beaucoup d’autres.

Avantages

  • Optimisation du travail du traducteur par un recyclage automatique des traductions existantes.
  • Le traducteur disposant de plus de temps, il est donc à même de prendre en charge des volumes beaucoup plus importants et d’augmenter ainsi ses revenus.
  • Les SMT permettent de mettre en place des traductions cohérentes grâce à une terminologie harmonisée, améliorant ainsi la qualité des documents traduits. Ils permettent également, dans le cas de travail en équipe, d’homogénéiser les traductions grâce à une centralisation et une mise en réseau des mémoires et des ressources terminologiques.
  • Les SMT de nouvelle génération permettent de traiter, dans un même environnement, des formats différents (.doc, .ppt, .xls, html, xml, FrameMaker, InDesign, etc.). Le format initial est alors totalement transparent pour le traducteur. Ce dernier n’a pas besoin de maîtriser tous ces formats ni leur balisage complexe pour pouvoir traduire les documents.
  • À l’instar des formats de fichier, le formatage des documents (tables des matières, références, signets, renvois, etc.) est entièrement pris en charge par l’outil. Il est codé (à l’aide de balises) ou marqué par différentes couleurs.

Inconvénients

  • L’achat d’un logiciel d’aide à la traduction représente un investissement financier important – notamment lorsqu’on est un traducteur indépendant – qu’il faut pouvoir rentabiliser assez rapidement.
  • L’ergonomie de l’outil est souvent plus proche de celle d’un tableau de bord d’avion que d’un écran de travail de traducteur. Bien qu’aménageable, un même écran peut contenir jusqu’à sept zones, pour consultation ou édition : le segment source, le segment cible, les résultats de la recherche de concordance, les résultats de la consultation de la base terminologique, le segment en contexte dans l’affichage source, les messages d’erreur ou les avertissements, etc.
  • Les balises et les différentes couleurs interfèrent avec la lecture du texte et gênent sa compréhension. Cette étape de décryptage, ajoutée à l’interface alourdie, peut entraîner une fatigue visuelle et intellectuelle et déconcentrer le traducteur ou à tout le moins l’éloigner de sa tâche première : traduire.
  • Avec l’interface fragmentée, le traducteur n’a plus de vision globale du texte. Il n’a également plus aucune possibilité d’initiative sur la fluidité des phrases, au risque de produire un enchaînement totalement artificiel.

Dans un tel contexte d’ergonomie douteuse, le traducteur doit être extrêmement vigilant et fournir davantage d’efforts pour répondre aux exigences de qualité linguistique inhérentes à sa tâche.

Dérives et répercussions

  • L’outil est parfois imposé au traducteur par le donneur d’ouvrage, quel que soit celui qu’il possède déjà, sans lui laisser de temps d’adaptation. Au risque de perdre le projet, le traducteur doit alors, à ses frais et sur son temps de travail, apprendre à maîtriser l’outil tout en exécutant l’ouvrage dans les délais impartis, accroissant ainsi la pression et réduisant la rentabilité du projet.
  • Lorsque les mémoires sont fournies par le donneur d’ouvrage, le traducteur se retrouve à gérer des strates de mémoires de traduction, issues de nombreux traducteurs, au style différent et dans divers contextes. Il devra alors redoubler de vigilance pour garantir la cohérence du texte et l’harmonisation de son style. Et lorsqu’il lui est demandé de « vérifier » les segments déjà présents dans la mémoire de traduction, l’exercice de révision se superpose à l’exercice de traduction, obligeant le traducteur à multiplier les opérations mentales.
  • Le donneur d’ouvrage refuse parfois de payer les répétitions et les « 100 % » en prétextant qu’elles ont été validées et doivent être utilisées « telles quelles », ce qui oblige le traducteur, dans le cas d’une mémoire de traduction mal entretenue, à répercuter des segments à la qualité aléatoire sans aucun contrôle sur la qualité globale de la traduction finale. Par ailleurs, alors qu’il est rémunéré uniquement pour la traduction de ses segments, il sera demandé au traducteur d’effectuer une relecture de l’ensemble du document, pour assurer une qualité maximale, ce qui réduit, là encore, la rentabilité du projet.

Les systèmes de traduction automatique

La traduction automatique s'inscrit dans un ensemble de recherches que l'on regroupe sous l'appellation de « Traitement automatique des langues naturelles ». Elle consiste à générer automatiquement un texte source dans une langue cible (texte traduit) en utilisant des règles précises pour le transfert de la structure grammaticale. Le but avoué de ces systèmes est de produire une traduction par ordinateur, sans intervention humaine. Dans ce contexte, il est important de distinguer la traduction automatique (TA) de la traduction assistée par ordinateur (TAO), où l’intervention humaine est sollicitée soit à la fin du traitement automatique pour une révision du texte final, soit au cours du traitement, dans une approche interactive.

Les logiciels de traduction automatique sont bien antérieurs aux systèmes de mémoire de traduction puisqu’ils sont apparus dès la Seconde Guerre mondiale. Leur utilisation était alors réservée aux seules applications militaires et ils n’étaient absolument pas destinés aux traducteurs. La traduction automatique s’offre aujourd’hui une nouvelle jeunesse dans l’environnement du traducteur. Outre ceux destinés aux grands projets de recherche financés à l’échelle nationale (notamment aux États-Unis ou au Canada) ou à l’échelle européenne (par l’Union européenne), ou encore aux projets de recherche universitaire, deux types de système de TA/TAO sont accessibles au traducteur :

  • 1. Les logiciels disponibles dans le commerce
    • Systran
    • Reverso de Softissimo
    • Linguatec
    • Prompt
    • Lucy Translator
    • Apertium
    • SDL Language Weaver
    • SDLBeGlobal
    •  Moses
  • 2. Les sites de traduction en ligne disponibles gratuitement
    • Google
    • Bing
    • Babylon
    • Babelfish
    • Reverso

Ces systèmes peuvent reposer sur des règles (au moyen d’algorithmes) ou sur des données statistiques (par l’intermédiaire de corpus), ou les deux combinés, appelés alors système hybrides. Ils s’intègrent à l’environnement du traducteur, voire au SMT. Il est par exemple aujourd’hui possible d’intégrer Systran ou Google à la fonctionnalité de recherche contextuelle de Studio.

Face au regain de popularité de ces outils, dans quelle mesure le traducteur peut-il tirer parti des systèmes de traduction automatique pour optimiser la gestion de son travail sans avoir le sentiment de trahir sa profession ?

La traduction automatique en amont, comme base de travail

Le traducteur peut tout d’abord avoir recours à la traduction automatique en amont de son travail. L’objectif est alors de réutiliser le résultat et de créer une traduction cible viable. Cette opération s’appelle la post-édition. Elle est largement défendue par Louise Brunette comme une activité à part entière du traducteur. L’idée étant bien entendu de gagner du temps. Le niveau de réutilisation dépend bien entendu de la qualité du système de traduction automatique. Et plus le temps de post-édition est long et l’énergie demandée importante, moins le système sera rentable pour le traducteur. L’idée n’est pas de tout retraduire, l’objet même de la TA perdrait tout son sens. Il s’agit surtout de gagner en efficacité. Au traducteur, donc, de juger la viabilité de l’outil selon ses objectifs et ses besoins professionnels. L’idée est d’obtenir un résultat final plus rapidement que si la traduction avait été faite de zéro, à qualité égale.

La traduction automatique en complément technologique, comme source d’inspiration

Le traducteur peut également utiliser la traduction automatique en complément de la mémoire de traduction. Si la mémoire de traduction est fournie par le donneur d’ouvrage, le traducteur devra gérer cinq opérations mentales bien différentes l’une de l’autre :

  • Vérifier les segments fournis par la mémoire de traduction et créés par un traducteur humain.
  • Réviser les répétitions partielles fournies par la mémoire de traduction.
  • Estimer la qualité des phrases traduites par la TA et, au besoin, post-éditer.
  • Traduire ce qui n’a pas été traduit.
  • Harmoniser le texte.

Si aucune mémoire de traduction n’est fournie, l’exercice est alors plus léger et seules les trois dernières opérations subsistent.

Il va sans dire que la qualité de la TA dépendra du type de texte, de la combinaison de langues et du domaine, et que, dans le cadre d’une traduction professionnelle, tout résultat de traduction automatique devra faire l’objet d’une révision.

Dérives et répercussions

L’exercice mental que requiert la post-édition est bien différent de celui qu'exigent la révision ou la traduction. Le traducteur doit donc être prêt à opérer un « changement de cap » cérébral afin d’optimiser l’usage d’un tel outil. Les erreurs que l’on retrouve dans la TA sont différentes des erreurs produites par les êtres humains, ce qui nous amène à fonctionner et à penser différemment. L’exercice est passionnant mais devant la multiplication des opérations mentales, il peut s’avérer épuisant. Il demande donc un niveau de concentration et de vigilance extrêmement élevé pour les non initiés.

Les corpus en ligne

Un corpus est une collection de documents rassemblés pour permettre la recherche de termes et d’expressions. Les corpus sont des ressources utilisées depuis longtemps en traduction, notamment pour étudier les néologismes et les cooccurrences. Autrefois utilisés quasi exclusivement par les chercheurs en traduction, ils sont aujourd’hui largement accessibles au grand public grâce à leur support en ligne. En effet, la compilation de corpus est longue et fastidieuse, et les traducteurs indépendants ne pouvaient pas se permettre de dépenser tant de temps et d’efforts pour les construire. L'arrivée d’Internet a sans aucun doute contribué à banaliser la consultation des corpus.

Il existe aujourd’hui deux types de corpus à la disposition des traducteurs :

Les corpus unilingues

Ils permettent

  • de comparer les divers emplois/sens d'un même terme ;
  • d’observer la fréquence et la distribution des mots ;
  • de découvrir des cooccurrences ;
  • d’étudier un phénomène linguistique particulier ;
  • de vérifier une intuition.

Bien qu’Internet ne soit pas un corpus en soi, si l’on s’en tient à la stricte définition, le Web demeure sans aucun doute le corpus unilingue le plus couramment utilisé actuellement dans la réalité du travail (p. ex. Google, Bing).

Les corpus bilingues ou concordanciers

En s'appuyant sur des millions de traductions disponibles, ils permettent :

  • de vérifier la fréquence d’une expression ;
  • de résoudre les problèmes de traduction que d'autres traducteurs ont déjà rencontrés ;
  • de trouver des sources d’inspiration ;
  • de traduire des expressions et tournures idiomatiques dans leur contexte d'utilisation.

Parmi les plus courants, citons Linguee et TAUS.

Pour produire ses résultats, ce système de TAO s'appuie sur une base de données de traductions existantes, régulièrement mise à jour. Une fois entrée dans le moteur de recherche, la requête (un mot, un groupe de mots, ou une expression) génère deux colonnes en vis-à-vis : elles permettent de voir les correspondances langue source-langue cible dans différents contextes de traduction issus de dizaines de textes différents. L'utilisateur peut ainsi les comparer et choisir celle qui convient le mieux au contexte de sa traduction. L'origine des traductions est indiquée sur la droite. Dans Linguee, chaque proposition est dotée d'un outil de vote, ce qui permet de faire remonter les traductions les plus pertinentes, et dans TAUS, il est possible de rapporter un problème lié à la traduction proposée. Notons que ces outils ne sont pas destinés à traduire des textes entiers.

Avantages

Les corpus en ligne sont des outils de vérification, des aides à la rédaction et surtout une source d’inspiration pour les traducteurs. Ils donnent une image assez actualisée de la langue, en particulier dans les domaines de spécialité. Ils ont surtout un avantage essentiel sur les dictionnaires ou les glossaires : la mise en contexte. Leur taille immense et la vitesse à laquelle ils fournissent les résultats d’une recherche en font des outils d’autant plus précieux.

Inconvénients

Ces corpus ne répondent pas toujours à une méthodologie définie. Ils sont du texte brut laissé à la seule discrétion du traducteur. Ils peuvent être dangereux pour le traducteur débutant compte tenu du caractère aléatoire de leur qualité. Il n’est pas certain que leur contenu ait été vérifié par une quelconque autorité.

Le recours abusif à ces outils peut par ailleurs déséquilibrer un document traduit en intercalant différents styles. Les phrases sont décontextualisées et leur recyclage peut appauvrir la qualité de la traduction et faire apparaître une discontinuité dans le style ou la terminologie. Au traducteur d’être extrêmement vigilant et d'harmoniser le document final. Il est important que le traducteur reste critique sur le texte déjà traduit, même dans l’urgence.

Par ailleurs, l’immensité du volume des données peut dérouter le traducteur ; devant tant de documents à consulter, la recherche devient vite chronophage ou perturbante.

Un détail dans le processus ?

Si l’on veut dresser un bilan, on dira que les pressions qui s’exercent sur la profession sont de plus en plus fortes tant en termes de délai que de prix. En plus d’une maîtrise parfaite d’une langue source et d’une langue cible, et parfois même d’un domaine, on exige du traducteur des compétences en informatique allant bien au-delà de sa formation initiale, et tout cela pour une rétribution qui est rarement à la hauteur des exigences. Les outils sont de plus en plus utilisés pour aménager à la baisse la matrice de paiement. Les répétitions sont de plus en plus souvent non comptabilisées dans la facture finale. Il est donc clair aujourd’hui qu’un professionnel de la traduction doit maîtriser de nombreuses compétences connexes, pour lesquelles il n’a pas toujours été formé et pour lesquelles il ne reçoit aucune rémunération.

Même si le traducteur reste ouvert à tout type d’ingénierie linguistique, il est indéniable que les fabricants de TAO s’adressent directement aux entreprises dans l’idée de court-circuiter le traducteur, qui devient un « détail » dans le processus. Beaucoup diront également qu’à force d’utiliser ces supports technologiques, de devoir réutiliser les mémoires de traduction des autres traducteurs de nos clients ou de consulter les corpus en ligne et les résultats des systèmes de traduction automatique, nous sommes en train de perdre ce qui fait l’essence même de notre métier : notre créativité.

Que reste-t-il alors de l’activité traduisante ?

Trouver sa place

Les outils de traduction répondent à des besoins réels mais, comme nous l’avons vu, ils imposent également un certain nombre de contraintes. Pour répondre aux exigences du marché, le traducteur doit trouver sa place dans ce déferlement technologique. Il doit redéfinir sa profession et déterminer ses besoins. À nous, spécialistes de la langue, de nous réapproprier notre environnement technologique de même que ces outils, sans avoir à les subir. La post-édition est certainement l’une des activités du futur de notre profession. La balle est dans notre camp.

Il n'est pas dans l'intérêt du traducteur d'ignorer ou de rejeter ces outils. Il devra plutôt s’y adapter lorsque cela sera nécessaire, en demeurant conscient des atouts et des faiblesses de ces logiciels. C'est ainsi qu'il pourra les utiliser de manière optimale, de façon notamment à répondre à ses propres besoins et priorités.

Cette prise de conscience déterminera certainement la conception de notre profession ainsi que sa pratique future.

Pascale Amozig-Bukszpan exerce en Israël comme traductrice indépendante spécialisée en localisation. Elle prépare actuellement une thèse de doctorat sur l’analyse de l'intégration technologique dans l'environnement du traducteur.

Beyond Translation Memory: Possible Benefits of Different Functions of Translation Environment Tools

Translation environment tools (TEnTs) are relatively common and easy to access nowadays. Their use is virtually inevitable in many fields, as translators have to create quality translations of large documents in relatively short turnaround times.

By Henrietta Ábrányi

Many researchers in the field of translation studies deal with translation memories or terminology databases from different points of views, and only mention other functions of TEnTs quite briefly. As a result, there are still many questions surrounding them.

As a translation tools teacher at a Hungarian university, I often find that students have high expectations at first, which then transform into a kind of disappointment when they realize that the tools are not something they can learn easily without practising (a lot). After a few classes, many of them still tend to think that these tools just hinder the translation process, especially if technical problems occur. Another concern among students—and even fellow teachers—is that, in their opinion, these tools are not worth the time and money if one translates in a variety of fields or deals only with general texts.

Yet, in my opinion, the use of TEnTs is not an option anymore. It is inevitable if a translator wants to keep up with the high expectations of the translation market. I would like to highlight some benefits of the lesser known functions of the tools available from a freelance translator’s point of view, when working with texts of different lengths in a variety of fields.

What is a translation environment tool?

Computer tools that aid the work of translators were defined and classified differently in the past, which has led to rather misleading and ambiguous terminology in the field. The term ‘computer-assisted/-aided translation tools’ (CAT tools), for example, has been used in two different ways. First, it means any computer tool designed to help the translator’s work in any way, including online or offline dictionaries, glossaries, grammatical aids, parallel texts, utilities for project management, etc. Others use the term as a synonym for ‘translation memory tools’ which covers only those tools that work with a translation memory at a minimum (storing translations for later reuse). Nowadays, researchers suggest using the term ‘translation environment tools’ instead of CAT tools, as it covers more than just programs working with a translation memory, and instead of ‘translation memory tools,’ because that expression focuses only on one function which, while of central importance, is not the only useful component.1

Recent TEnTs contain, for example, a terminology component, an alignment module, concordance search, a QA component, spell-checker and different analysis features, and they can deal with a variety of different file formats. A relatively new component is what is called ‘sub-segment matching or leveraging’ (see below).

Why use TEnTs?

The use of TEnTs is in fact inevitable if a translator works with long and highly repetitive texts using a simple and consistent style, sentence structure, and consistent terminology (e.g. updated or revised manuals, where only the new or modified parts of the document are to be translated).2 TEnTs speed up the translation process because the translator is able to filter empty or changed segments. That way s/he does not have to translate the whole text from scratch, and the translation will be consistent in terms of style, sentence structure and terminology.

But, could TEnTs be useful for translators who do not work with the above types of texts? If a translator deals only with general texts, for example, it does not matter how much s/he works, it is not likely that any matches will come from the translation memory. However, there are other functions of TEnTs that might be useful, even for them.

Terminology

For most translation tasks, terminology work is necessary, even when dealing with general texts. Yet, not only can terms, in a strict sense, i.e. defining a particular concept and thus having a specific meaning in a specific field of expertise, be added to a terminology database, but also any words/expressions that a translator often encounters. However, a ‘bulk’ terminology, consisting of entries on different topics, does not have to be created because separate databases can be created (e.g. ‘general’, ‘geography’, ‘history’), which can all be assigned to the same project if the translator so wishes. So, if historical expressions are found in a geographical text, they do not have to be checked again if they are already in another database. Moreover, definitions, sources or examples can also be added to the entries, which help translators decide which expression to use in a particular context (e.g., in Hungarian we have different equivalents for captain referring, for example, to the head of a company in an army, or to the commander of a ship). All of this speeds up the translation process and helps the translator create a consistent translation and choose the appropriate expressions.

Alignment

The second useful component is alignment.This feature allows translators to store their previous translations—available electronically but created without translation tools —in a translation memory for reuse within the translation environment. This means not having to search through documents to find a previously translated part of the text, which may be very time-consuming if the document is large or if there are several documents to be checked. In one of the most recent translation tools, translators now have the opportunity to create ‘corpora’ where—besides aligned documents—monolingual texts can also be stored and used for reference. Thus, everything can be stored in one place and there is no need to open the stored texts as they can be searched with the concordance search feature, which looks for (parts of) words, expressions or even clauses and full sentences in translation memories and corpora and finds not only the word in question, but also the context in which it appears. Such tools may speed up the translation process, help the translator create consistent texts (e.g. in terms of style) and, if authentic target language texts are added to the corpus, it may help translators distance themselves better from the original text and its sentence structure or wording, and thus avoid creating a text that reads like a translation.

Although translators around the world usually translate only into their native language, in Hungary this is usually not the case, as many translators have to translate into their first (or even second) foreign language. The above function is therefore even more useful because, as a non-native speaker, it is very difficult to create a text that sounds authentic to the target reader.

Sub-segment matching

Finally, another useful function for any translator is what is called ‘sub-segment matching.’ In short, the translation environment tool monitors the selected resources (e.g. translation memory, term base, corpora or dictionaries) and gives the translator suggestions, while s/he is typing. Suggestions appear after typing the first few characters in a list or in the segment and they can be inserted in a second. Suggestions may include words, expressions or clauses. Thus, even smaller units that otherwise would not appear among translation memory matches when the percentage is too low can be reused. This is another function that speeds up the translation process as translators do not have to type each character and can avoid spending long hours searching. It also contributes to consistency as suggestions are provided based on previous work (e.g. when translating recipes with instructions formulated differently, such as imperatives or ‘we/you can decorate’).

In conclusion, translation environment tools can help any translator speed up the translation process by avoiding long searches and providing ‘containers’ to store everything used in the process. While doing this, the tools may even help create better quality translations as they contribute to a more consistent and correct style, terminology and phraseology. Moreover, translation tools can even help translators distance themselves from the original text and avoid creating texts that read like translations. All of these features are even more useful when several translators are working on the same large translation task. With the help of TEnTs, differences, such as in style, may be reduced to a minimum and the text can form a consistent whole.

1 Zetzsche, Jost. The Translator’s Tool Box: A Computer Primer for Translators. International Writers’ Group, LLC, 2008.

2 Feder, Marcin. A Tentative Proposal for Machine Assisted Human Translation (MAHT)—Tool-Specific General Text Typology. Linguistica Antverpiensia, New SeriesThemes in Translation Studies 36(1) 365–374, 2002.

Henrietta Ábrányi is a freelance translator and a translation tools teacher at the Translator and Interpreter Training Centre at the Eötvös Loránd University in Budapest, Hungary. She is currently writing her PhD thesis on the impact of translation environment tools on the translated text.

Évolution de la notion de qualité

Anna Mohacsi-GoroveTrouver la définition de la notion de qualité a toujours constitué un défi, tant pour les chercheurs que pour les professionnels, car il s’agit d’un concept aux multiples facettes et aux contours flous, demeurant assez difficile à saisir. Toutefois, celui-ci a connu une évolution importante au fil des années dans le domaine de la traductologie.

Par Anna Mohácsi-Gorove

Cet article vise à présenter un aperçu de l’évolution du concept de qualité en distinguant quatre principaux courants : au départ, les premiers essais de définition étaient fortement orientés vers le texte source, par la suite, de plus en plus de tentatives d'objectivation sont apparues, puis la fonction du texte a pris une plus grande importance et, de nos jours, un point de vue beaucoup plus économique apparaît, prioritairement centré sur les notions de bénéfice et d’efficacité.

Orientation vers le texte source

Le tout premier ouvrage voué à la notion de qualité est le recueil des interventions au troisième congrès de la Fédération Internationale des Traducteurs tenu en 1959 à Bad Godesberg. Cet ouvrage présente les résultats d’une enquête menée par les éditeurs auprès de plus de 100 professionnels de la traduction. Les réponses obtenues étaient plutôt vagues et anecdotiques, nourries par l’expérience personnelle des participants. En voici des exemples : une bonne traduction ne devrait pas être ressentie comme étant une traduction, la qualité d’une traduction dépend du degré de compréhension de l’intention de l’auteur par le traducteur, etc. Les interventions publiées dans ces actes soulignent de nombreuses facettes importantes de la qualité, sans toutefois déboucher sur une définition vraiment complète et concrète. Cette première période de la recherche d’une définition de la qualité est caractérisée par le primat de l’équivalence voulant que les décisions du traducteur soient basées sur l’analyse approfondie du texte source et que la traduction reflète l’original le plus fidèlement possible.

Tentatives d’objectivation

Avec Nida (1964), le point de vue du lecteur entre en jeu : selon cet auteur, une bonne traduction doit reproduire le dynamisme complet de la communication. Il évoque les critères suivants de la qualité : l’efficacité de la communication (maximiser la compréhension en minimisant l’effort du lecteur), la compréhension de l’intention initiale (reproduire fidèlement le message de l’auteur) et l’identité de la réponse suscitée par le texte. Dans l’ouvrage commun de Nida et Taber (1969), les trois critères de définition de la qualité évoqués sont la fidélité au texte source, l’intelligibilité ainsi que le degré d’implication du lecteur. Il faut donc produire une traduction qui rende le message de l’original, et ce, dans un style impeccable et qui accroche le lecteur. Les auteurs proposent de nombreuses méthodes objectives pour mesurer la qualité d’une traduction : le test de closure, l’analyse des réactions aux différentes versions d’un texte, la facilité de résumer un texte traduit, les corrections intuitives lors de la lecture de la traduction à haute voix, etc. Bon nombre d’autres recherches décrivent des méthodes visant à mesurer objectivement la qualité, notamment par l’évaluation des textes traduits par l’homme et par la machine.

Approche fonctionnelle

La notion de base de l’approche fonctionnelle est le scopos1, c’est-à-dire la fonction de la traduction. Selon cette approche, les décisions du traducteur devraient dépendre du type de texte à traduire et de la connaissance approfondie du lecteur et de la culture cible, et ce, afin de préserver la fonction initiale du texte en l’adaptant le plus possible. Selon l’approche fonctionnelle, la fonction du texte prévaut sur le texte source strictement dit : l’essentiel est de déclencher la même réaction chez le lecteur de la traduction que chez le lecteur du texte original. Si l’on traduit par exemple un poème, la forme et la musicalité deviennent plus importantes que le contenu, car le lecteur cible doit vivre la même expérience artistique que le lecteur de l’original, même si pour ce faire il faut transformer la signification.

Approche économique

L’approche économique tente de saisir la notion de la qualité en plaçant le processus de la traduction dans son contexte économique. Ainsi, la qualité d’une traduction peut être mesurée en fonction du temps consacré à sa révision. Et si l’on va plus loin : on peut dire qu’il faut tout simplement savoir déterminer la qualité « souhaitée » ou optimale d’une traduction en tenant compte de l’efficacité du processus. La qualité souhaitée ou « minimale » se détermine en fonction du temps et de l’argent accordés à un projet de traduction, de l’usage auquel le texte est destiné, du public et de nombreux autres facteurs déterminant le contexte de la traduction. Il faut donc apprendre à ne pas toujours vouloir faire un travail parfait et à se contenter d’une qualité minimale qui – par contre – correspond parfaitement aux attentes, souvent exprimées tacitement par les circonstances (rémunération, délai, etc.).

Pour mieux connaître les pratiques du marché, nous avons mené une enquête par questionnaire à laquelle ont participé 28 entreprises de traduction en Europe et en Amérique. Le nombre des participants étant peu élevé, on ne peut en tirer de conclusions générales, mais les réponses permettent quand même de se faire une image de la pratique en ce qui a trait à l’assurance de la qualité. Ici, nous nous contenterons d’évoquer deux questions : l’une porte sur les critères principaux employés lors de l’évaluation les traductions, l’autre sur les méthodes de vérification de la qualité les plus employées par les participants.

Pour examiner les critères employés par les entreprises pour évaluer la qualité, nous avons demandé aux participants de classer les différents facteurs principaux d’évaluation de la qualité par ordre d’importance. Les critères définis étaient les suivants : équivalence du contenu, utilisation correcte de la langue et de la grammaire, création d’un texte qui se lit comme un texte en langue cible, équivalence du formatage et cohérence de la terminologie.

Si l’on regarde le diagramme ci-dessous, on voit au premier coup d’œil que les réponses sont fort différentes. Selon la plupart des participants, soit 41 %, l’équivalence du contenu est le critère le plus important, mais les autres critères peuvent également se révéler primordiaux pour quelques répondants. Seul le formatage n’a jamais été choisi en premier. On constate que 56 % des entreprises classent l’usage correct de la langue au deuxième rang, la cohérence terminologique vient au troisième rang, tandis que le formatage est classé en dernier. Le style idiomatique du texte, que nous avons défini par le fait que la traduction doive se lire comme un original, est primordial aux yeux de 30 % des participants, mais le pourcentage des entreprises l’ayant relégué à la quatrième place est de 30 % également. Il est intéressant de constater que l’écart entre le nombre d’entreprises indiquant l’équivalence du contenu comme le critère le plus important et celles qui classent le style idiomatique au premier rang n’est que de 11 %, ce qui ne représente que trois entreprises.

Nous avons été étonnés de constater que l’usage correct de la langue n’a jamais été classé au dernier rang, bien qu’il existe des projets dans le cadre desquels il est explicitement demandé de ne pas passer trop de temps à réviser la grammaire et de corriger uniquement les fautes qui nuisent à la compréhension globale du texte, et ce, bien évidemment pour des raisons d’ordre financier et des contraintes de temps. Toutefois, il faut admettre que chaque projet, chaque traduction naît dans des circonstances différentes et que l’importance des critères peut varier d’un projet
à l’autre.

tableau importance critères

Pour terminer, nous évoquerons ici une autre question de l’enquête citée : nous avons demandé aux entreprises d’indiquer leurs outils et méthodes d’assurance de la qualité. La méthode la plus importante mentionnée est bien évidemment celle de la révision (avec ou sans relecture), mais – attention ! – tout de suite après viennent les aides intégrées aux outils d’aide à la traduction (TAO), comme les bases terminologiques et les mémoires de traduction ainsi que les modules d’assurance de la qualité intégrés à ces logiciels. Évidemment, il faut savoir bien les utiliser pour en tirer profit, mais la plupart des entreprises jugent que l’utilisation de ces outils est efficace pour assurer la bonne qualité de leur travail.

En guise de conclusion, nous pouvons donc envisager assez favorablement les outils d’aide à la traduction et les voir comme une ressource importante permettant d’assurer la qualité de notre travail, tout en précisant qu’ils ne peuvent pas remplacer le travail professionnel des réviseurs et relecteurs. Les outils de TAO permettent d’éviter certaines erreurs (à condition que les bases terminologiques et les mémoires de traduction soient à jour et bien entretenues) et de repérer des fautes qui peuvent être corrigées automatiquement, comme les fautes de frappe, les espaces doubles, les problèmes de cohérence terminologique, etc., mais l’intervention des professionnels de l’assurance de la qualité reste indispensable tout au long du processus.

1 Notion introduite par Vermeer (1978).

Anna Mohácsi-Gorove enseigne à l’Université Eötvös Loránd de Budapest. Elle rédige présentement sa thèse de doctorat sur l’assurance de la qualité et la révision en tant que clé de ce processus. Elle est également traductrice indépendante et formatrice en TAO.

Sources
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