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La campagne ensoleillée de l’OTTIAQ

Par Silvana Nahman, traductrice agréée (OTTIAQ), rédactrice agréée (SQRP), spécialiste en communication écrite

« Libérez vos mots », « Faites voyager vos idées », « Faites résonner vos paroles ». C’est avec ces trois appels à l’action parés d’un habillage ludique aux couleurs éclatantes que l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) a lancé en septembre la deuxième phase de sa campagne d’affichage auprès de la communauté des affaires.

En 2016, la première phase avait marqué les esprits. Innovateur, l’Ordre avait misé pour la première fois sur des slogans accrocheurs – « Ça se traduit en productivité », « Ça se traduit en bénéfices », « Ça se traduit en résultats », « Ça se traduit en confiance » –, une signature simplifiée – « Traducteurs agréés du Québec » – et une stratégie d’affichage très dense au cœur du quartier des affaires de Montréal. Cette combinaison gagnante avait permis à l’OTTIAQ d’obtenir une grande visibilité, notamment dans les médias, malgré un budget ne représentant qu’une goutte d’eau dans l’océan des dépenses publicitaires au Québec.

L’Ordre n’allait évidemment pas s’arrêter en si bon chemin. Le rayonnement de la première campagne se devait d’être consolidé par une seconde phase tout aussi éloquente pour continuer à bâtir la notoriété et la réputation des professions de l’OTTIAQ. Il fallait en outre inciter les clients potentiels à faire appel aux membres de l’Ordre et les aider à trouver facilement ces professionnels reconnus.

Le groupe de travail chargé de la campagne a donc refait équipe avec l’agence Réservoir pour piloter la deuxième phase de cette offensive, qui s’est déployée en deux volets. Le premier, une campagne de référencement payant, a été amorcé en mars dernier et vise à mettre l’Ordre bien en évidence sur les pages de résultats des moteurs de recherche. Ainsi, des publicités ciblées associées à des mots clés que les internautes sont susceptibles de saisir pour trouver un traducteur, un terminologue ou un interprète ont pour but d’augmenter le trafic sur le site Web de l’Ordre et, notamment, de diriger les visiteurs vers le répertoire des membres. La campagne se poursuit jusqu’en décembre sur tout le territoire du Québec.

Le second volet de cette phase II mise à nouveau sur une campagne d’affichage, mais se déploie au-delà du centre-ville. Outre une présence notable dans le quartier des affaires au cœur de Montréal – de nombreuses affiches numériques dans les abribus –, des panneaux grand format statiques et numériques s’étalent cette fois dans des lieux de passage très achalandés, notamment aux abords nord et sud de la ville – à proximité d’autres centres reconnus pour leur grande densité d’entreprises – ainsi que dans la ville de Québec. Les slogans dynamiques des annonces invitent les organisations à faire tomber les barrières et à accroître le rayonnement de leurs messages grâce aux services des membres de l’OTTIAQ.

Les professionnels chevronnés que chapeaute l’Ordre sont habituellement des travailleurs discrets. En fait, plus leur travail est de qualité, plus il passe inaperçu aux yeux de l’utilisateur final… Avec cette campagne qui sort des sentiers battus, l’OTTIAQ démontre encore une fois son leadership et braque les projecteurs sur le travail des traducteurs, des terminologues et des interprètes agréés du Québec.

1 Réal Paquette, traducteur agréé, président du conseil d’administration de l’OTTIAQ, spécialiste en adaptation publicitaire; Diane Cousineau, traductrice agréée, présidente-directrice générale de l’OTTIAQ, Silvana Nahman, traductrice agréée, rédactrice agréée, spécialiste en communication écrite; Claude Dutil, administrateur nommé, publicitaire à la retraite

Traduire, c’est s’affranchir un peu

Les traducteurs, sous la pression d’une charge de travail démesurée et de délais irréalistes, finissent par recourir à des solutions préfabriquées et passe-partout dont ils abusent parfois. Mais François Lavallée veille au grain. Son dernier livre les invite à sortir de leurs « ornières », de ces traductions quasi automatiques qui débouchent sur des résultats s’approchant de ceux des machines. C’est en effet dans la capacité de ces langagiers de traduire comme des humains (pour des humains) que réside leur avantage concurrentiel.

Par Isabelle Veilleux, traductrice agréée

Lavallée, François. Le traducteur encore plus averti, Linguatech, 312 pages.

Se faire remettre en question donne toujours un petit pincement au cœur. Heureusement, François Lavallée ne nous fait pas la leçon : il expose le fruit de ses réflexions et donne moult possibilités d’amélioration. Même lorsqu’il dit qu’un résultat « ne brille ni par l’élégance ni par la clarté », il le fait en restant lui-même élégant et, le plus souvent, on ne peut que se rendre à ses arguments. Mentionnons notamment l’article sur « review », qui présente un grand nombre de solutions idiomatiques dans leur contexte pour donner un petit congé à « examiner », et celui sur « tip », qui offre également de bons conseils. L’auteur nous amène avant tout à nous poser les bonnes questions, par exemple dans les articles sur « afin/pour » et sur « beaucoup/plusieurs ». 

Des exemples fouillés

Malgré le ton parfois léger de l’ouvrage, il est le fruit de recherches approfondies. On remarquera ainsi que l’auteur ne se contente pas de reprendre des expressions consignées dans divers dictionnaires; il compare par exemple la fréquence d’utilisation de « aux fins de » et « à des fins » dans le corps des articles du Petit Robert pour constater que le dictionnaire, sans consacrer ces expressions à l’article « fin », les utilise abondamment dans d’autres entrées.

Allant au-delà du ressassé et du réchauffé, au-delà de ces interdits et de ces consignes parcellaires dont on nous rebat les oreilles depuis l’université, l’auteur fouille, creuse, cherche le sens réel des mots ou des expressions et détruit mine de rien quelques mythes tenaces. Il va jusqu’à réhabiliter quelques brebis galeuses, comme « spécifique » ou « information », que certains évitent systématiquement à tort. Mais surtout, François Lavallée nous incite à découvrir le message que véhicule le texte, sans a priori, avant d’en entamer la traduction.

Une quête sans fin

L’ouvrage cherche à faire de nous des traductrices et des traducteurs qui réfléchissent toujours plus, ses pages se lisant comme autant d’invitations à creuser encore plus profondément chaque question. Même les professionnels expérimentés y trouveront leur compte, car la recherche du mot juste et de la traduction fidèle ne finira jamais. Au fait, à quand la parution du Traducteur toujours plus averti?

Fantaisies digitales

Par Eve Renaud, traductrice agréée

« Mais arrête de te fixer sur les fautes! » ai-je crié un jour, exaspérée, à ma mère qui relevait quelque péché linguistique véniel dans un billet écrit avec force euphémismes pour lui annoncer l’éclatement de la boule de Noël rapportée d’Autriche par tante Henriette au cours d’une partie de crosse impromptue, dans le salon, avec passoires comme instruments éponymes et papier d’emballage bien scotché en guise de balle.

« J’ai écrit trop vite », ai-je faux-fuyanté comme tant d’autres avant et après moi.

J’aurais peut-être dû laisser ma mère se concentrer sur l’entorse à l’orthographe et bafouer mon honneur d’élève primée au lieu de l’orienter vers l’entorse à la discipline! Quoi qu’il en soit, ma mère a rétorqué d’un cinglant : « C’est l’excuse de ceux qui ne savent pas écrire. » Elle a la même réplique péremptoire pour quiconque ampute du s final son Vallières patronymique et allègue qu’il n’y a pas de faute dans les noms propres.

Mes parents, qui ne comptent pas Crésus dans leur arbre généalogique, ont envoyé leurs trois rejetons à l’école privée, et l’absence d’un s ou la présence inopinée d’un e dans nos élémentaires écrits prenait sans doute à leurs yeux la même teinte rouge que leur compte bancaire en fin de mois.

Pendant un temps, j’ai pratiquement fait mienne sa répartie-muselière. Si ma mère le disait, ce devrait être vrai. Jusqu’à ce qu’arrivent les machines à écrire à mémoire dont… j’oublie le nom. Or, comme mes doigts filaient à 85 mots/minute, la machine perdait les pédales mais gagnait en appétit et avalait les mots par paquets, transformant le judicieux « ajouter le riz en remuant à la cuiller de bois pour bien imprégner chaque grain de matière grasse » en un énigmatique « ajouter le riz en remuant chaque grain de matière grasse ».

Le progrès technique venait enfin de légitimer le « Désolée pour les fautes, mais j’ai fait vite ». Sans doute immémorial. J’imagine l’apprenti égyptien tremblant devant le scribe courroucé qui le menace de lui faire avaler son calame en voyant « dromadaire » écrit avec deux bosses. Ce qui expliquerait en outre l’étymologie du mot « calamité ».

L’ordinateur a pris le relais sur le chapitre de la vitesse coupable. La collègue qui a écrit récemment « je mettais fait dire » sait parfaitement écrire, mais ses doigts ont écrit au son, comme le font souvent les miens. Témoin ce « nos regardent se perdent » repêché il y a deux mois dans un premier jet.

Pressé par les échéances, mon cerveau me commande parfois des télescopages étranges, tel cet « esprix littéraire » corrigé à contrecœur dans une traduction sur le Goncourt d’Antonine Maillet.

En fait, j’avais noté beaucoup d’exemples de ce genre de mots-valises, mais les petits éparpiers où je les ai notés fébrilement ont été victimes d’une trilogis de déménagements entre bourreau, maison et chalet, et je ne retrouve pour l’heure que ce trébuchement de mes doigts et mus et agités qui ont écrit, victimes d’un criant syndrome de Stockholm, « les hôtages des FARC ».

Vrai devrait!

Johanne Boucher, ou la force tranquille de l’engagement

Le 30 novembre 2016, Johanne Boucher prend sa retraite de l’OTTIAQ après en avoir été, entre autres, présidente, puis directrice générale. Elle s’était également engagée à fond dans l’ACGL, l’AILIA, le CTTIC et autres CIQ. Retour sur un parcours entièrement voué à la promotion de notre profession.

Par Danielle Jazzar, traductrice agréée

À première vue, Johanne Boucher paraît timide, réservée, effacée même. Ce regard tranquille, ce sourire discret et ces pas feutrés qui ont arpenté les couloirs de l’OTTIAQ pendant des années se transforment toutefois dès qu’on parle du métier de traducteur : le regard devient alors pétillant, le port de tête s’élève fièrement et la voix se raffermit. C’est qu’elle a fait partie de la petite armée de fourmis qui, à force de détermination, ont porté l’étendard de la profession.

Son parcours

Les ingrédients qui tracent ce chemin : un père enseignant de français, une fratrie de huit enfants, un milieu soucieux de la qualité de la langue et, surtout, une curiosité et une soif de tout apprendre, entre autres l’anglais. S’ensuit une vie jalonné de rencontres, autant d’occasions à saisir au vol ou de portes à ouvrir pour avancer. C’est d’ailleurs une discussion avec une traductrice du Bureau de la traduction, à la fin de son secondaire, qui détermine le choix de son métier. Son baccalauréat en poche, elle entre dans le monde du travail et y gravit vite les échelons.

Mais pour Johanne Boucher, pratiquer son métier n’est pas suffisant… elle doit faire sa marque. Elle s’engage donc dans l’Association des conseils en gestion linguistique. C’est le début d’un long chemin consacré aux principaux enjeux auxquels sont confrontés les métiers de la langue, soit la francisation de la terminologie, les lexiques et le métier de terminologue.

Par ailleurs, l’informatisation des services de traduction, qui a été le premier grand défi de sa carrière, l’amène à penser que le traducteur peut aller au-delà du travail autonome et devenir un entrepreneur. Faire grandir la profession et augmenter sa visibilité auprès du public devient alors son cheval de bataille. Elle est au cœur de l’action dans pratiquement toutes les associations qui touchent au métier de traducteur.

Sa personne

Bien sûr, il faut concilier travail, famille et vie associative. Johanne Boucher a eu beaucoup de soutien de sa famille et elle possède un sens de l’organisation à toute épreuve. Le secret de cette organisation multitâche bien huilée? C’est d’abord, dit-elle, qu’elle est allée à bonne école et que la moindre formation qui se présentait était l’occasion d’ajouter une pierre à l’édifice et de mémoriser une information ou un petit truc qu’elle conservera précieusement et qu’elle appliquera tout au long de sa carrière. Le plus utile d’entre eux : ne travailler qu’avec un dossier à la fois sur son bureau. Grâce à cette discipline, tout a toujours marché. Son deuxième truc, qu’elle appris toute jeune au sein de sa nombreuse fratrie, c’est de laisser tomber la poussière avant d’agir. Cela donne le temps de réfléchir et de réagir calmement sans faire de gaffes.

Le mot qui la définit : l’engagement. Selon Johanne Boucher, quand on s’engage, on va jusqu’au bout, à la date et à l’heure définies. Il faut aussi être fiable; faire comprendre aux autres qu’ils peuvent compter sur nous. Lorsqu’on s’engage dans du bénévolat, quel qu’il soit, il faut respecter ses promesses. Elle souhaite que la jeune génération s’engage autant qu’elle-même l’a fait. Car, à son avis, la tendance à tout mâcher et à tout simplifier pour une génération pourtant brillante mènera à la paresse intellectuelle. Elle déplore le manque de culture générale, de même que l’incitation à ne s’intéresser qu’à une seule chose à fond et à laisser tomber le reste. Elle s’est d’ailleurs beaucoup impliquée dans la formation de la relève, qui a été l’un de ses chevaux de bataille. Elle a toujours insisté pour avoir des stagiaires, car, dit-elle, les jeunes doivent apprendre des personnes expérimentées : la profession doit se perpétuer.

Un conseil pour les jeunes : il faut se prendre en main; il faut bâtir sa carrière soi-même et ne pas attendre d’être acculé au pied du mur pour le faire. Il faut prendre au vol toutes les occasions qui se présentent, s’inscrire à toutes les formations, tous les projets, se porter volontaire pour les réaliser. Relever toutes sortes de défis, même ceux qui touchent la gestion. Que l’on aime ou pas, il faut tout essayer, mettre la main à la pâte.

Ce dont elle est le plus fière : avoir travaillé avec de nombreuses personnes aux points de vue divers dans plusieurs associations en même temps, et les avoir amenées à travailler ensemble malgré leurs différences. C’est justement pour honorer son talent de rassembleuse qu’une de ses équipes lui a offert une petite sculpture qui, à ses yeux, vaut tous les prix de la terre.

Ce qu’elle souhaite par-dessus tout : la reconnaissance des traducteurs par les employeurs. Et, selon elle, ce n’est pas gagné… Elle a eu l’occasion de comparer deux grandes entreprises où elle a travaillé. Dans la première, les traducteurs étaient reconnus et appréciés à leur juste valeur, et on le leur disait. C’était très valorisant. Dans la deuxième, l’indifférence à l’égard du travail des traducteurs était tellement démotivante qu’elle n’a pas pu y rester.

Des projets? Bien sûr!

Loin d’être passive, Johanne Boucher est aujourd’hui bénévole dans un comité de l’OTTIAQ qui s’intéresse à l’interprétation en milieu social et, si l’Ordre est désigné comme hôte du Congrès mondial de la FIT en 2020, elle participera avec plaisir à l’organisation de cet événement. Si l’occasion se présente, elle acceptera des mandats de consultation auprès d’autres ordres professionnels afin de les faire profiter de l’expérience qu’elle a acquise tant à la présidence qu’à la direction générale de l’OTTIAQ. Bref, elle ne retourne pas à la pratique de la traduction, mais elle compte bien garder un pied dans le monde professionnel.

Johanne Boucher n’a pas dit son dernier mot!

Interdisciplinarité et multilinguisme

Par Caroline Mangerel, traductrice agréée

Mutatis Mutandis est la revue du Grupo de investigación en traductología basé à l’Université d’Antioquia (Colombie). Elle publie des articles et des entretiens sur la traduction et la traductologie destinés aux chercheurs et aux étudiants en traduction, de même qu’aux professionnels de cette discipline. Sa démarche vise l’ouverture au débat et le renforcement de la communauté universitaire autour de la traduction et de la traductologie.

Piloté par Mónica María del Valle Idárraga et Paula Andrea Montoya Arrango, le dossier La traducción literaria en el Gran Caribe (la traduction littéraire dans les Caraïbes) propose une dizaine d’articles, caractérisés par l’interdisciplinarité et la transdiscursivité, qui abordent les questions des langues et des imaginaires en contact, des stratégies de traduction littéraire, des réseaux de pouvoir dans le marché éditorial et de la réception des traductions. Elle met également de l’avant quelques profils de traducteurs et présente deux entretiens.

Mutatis Mutandis fait partie du Public Knowledge Project (PKP), dans le cadre duquel est développée une plateforme qui permet l’accès libre aux articles scientifiques.

Mutatis Mutandis. Vol. 10, no 1, 2017.

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Across Languages and Cultures est publiée par Akadémiai Kiadó, éditeur hongrois de revues universitaires. Axée sur le multilinguisme, les politiques langagières et les politiques de traduction, cette revue semestrielle encourage la publication de nouvelles méthodes et modèles de recherche.

Le numéro de juin 2017 présente huit articles qui proposent des réflexions sur une variété de pratiques langagières, notamment la révision, l’interprétation, la transcréation, la postédition, le doublage et la localisation.

Across Languages and Cultures. A Multidisciplinary Journal for Translation and Interpreting Studies. Vol. 18, no 1, juin 2017.

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