Humour et langue des signes

Lorsqu’on regarde des personnes communiquant en langue des signes, on note la grande variété et le changement constant des expressions faciales de même que l’utilisation des mouvements du corps dans la transmission du message. On a même parfois l’impression d’observer un véritable ballet. Mais comment chorégraphier cette danse lorsqu’il est question d’humour?

Par Joëlle Fortin, interprète agréée

Étant donné la spécificité culturelle de l’humour, transmettre un message drôle peut occasionner bien des maux de têtes aux interprètes qui font le pont entre une langue de départ orale et une langue d’arrivée signée.

Voici trois difficultés importantes auxquelles les interprètes en langue des signes doivent faire face :

Afin de pallier ces difficultés, les interprètes en langue des signes recourent à des jeux de signes, à une plus grande iconicité1, à de plus nombreuses expressions faciales, à des gestes naturels, à la répétition d’un signe, à des adaptations référentielles ou même à des changements de référents.

Les tenants de la théorie du sens soutiennent que la traduction simultanée n'est pas un travail sur la langue, sur les mots; c'est plutôt un travail sur le message, sur le sens. Pour y arriver sans trop de mal en humour, l’interprète doit avoir un certain talent artistique (créativité, habiletés manuelles, capacité à se fondre dans un personnage) ainsi qu’un esprit vif (sens de la logique, esprit analytique et rapidité). Habituellement, les interprètes de haut niveau peuvent traduire l’humour, mais pas sans une bonne préparation.

Une véritable entreprise

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Spectacle Interface, société en nom collectif fondée il y a six ans, se spécialise dans l’interprétation/adaptation de spectacles d’humour en langue des signes québécoise (LSQ). Le travail de ses interprètes ne consiste pas en une simple interprétation d’une langue à une autre; bien loin de là. En effet, ils jouent sur scène et vont parfois jusqu’à adapter le contenu du spectacle. La société offre deux spectacles par année et les interprètes mettent l'épaule à la roue plusieurs mois avant la représentation. Pour un spectacle d’environ une heure et demie, il faut 150 heures de préparation. Les interprètes doivent :

C’est énormément de travail, mais le jeu en vaut la chandelle. Des personnes sourdes viennent de partout au Québec pour assister aux spectacles. Pour une rare fois, ils peuvent profiter d’une représentation théâtrale en compagnie de parents ou d’amis qui entendent sans que qui que ce soit ne se sente brimé.

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Des comédiens professionnels et leurs interprètes.
Dans l’ordre habituel : Mathieu Gratton, Martin Asselin, Patricia Paquin,
Joëlle Fortin, Frédérick Trudeau et Jean-Luc Thievent.
Photo : Archives personnelles de l’auteure.

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Martin Asselin et Joëlle Fortin,
cofondateurs de la société Spectacle Interface.
Photo : Daniel Forgues.

Joëlle Fortin est interprète français-LSQ au Service d'interprétation visuelle et tactile. Elle est aussi chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal et cofondatrice de Spectacle Interface.

1. L’iconicité en langue des signes est le phénomène par lequel, un mot/signe a une ressemblance de forme avec l’objet désigné.