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La traduction audiovisuelle : en français s.v.p.!

Par Christine York

Le marché de la traduction au Canada est particulier, dit-on, et le domaine de la traduction audiovisuelle ne fait pas exception. Il est régi non seulement par des intérêts commerciaux, mais aussi par un certain nombre de lois et de politiques : la Politique sur les versions de l’Office national du film stipule que toute œuvre audiovisuelle doit être disponible dans les deux langues officielles; le CRTC a formulé une politique sur l’accessibilité des émissions de télévision qui exige le sous-titrage pour malentendants et la vidéodescription; et selon l’article 83 de la Loi sur le cinéma, les distributeurs doivent présenter une version française de tout film qui est exploité en salle pendant plus de 45 jours. Toute une industrie de traduction audiovisuelle s’est développée au Québec, et comme pour d’autres secteurs de la traduction, c’est surtout en français que cela se fait!

Les traducteurs et traductrices spécialisés dans la traduction audiovisuelle sont appelés sous-titreurs, doubleurs ou, plus couramment, « adaptateurs ». Ce terme, qui englobe les deux autres, est privilégié par la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC) qui, depuis 2008, considère les adaptateurs comme des créateurs au sens de la loi. Yves Gambier, professeur émérite de l’École de langues et de traduction de l’Université de Turku en Finlande et spécialiste de la traduction audiovisuelle, était au Québec cet hiver pour donner un cours à l’Université Laval et a bien voulu partager quelques observations sur le milieu. Il se dit surpris par l’utilisation de termes différents de ceux qui prévalent ailleurs, entre autres le mot « adaptateur » : « Derrière cette étiquette, faut-il voir le rejet des diverses formes de sous-titrage, du doublage, du voice over, etc. comme des “traductions”? L’enjeu n’est pas que formel, il est conceptuel. »

Selon Robert Paquin, qui a travaillé sur des centaines de films et séries télévisées, il faut faire davantage d’adaptation dans le doublage et le sous-titrage que dans la traduction commerciale ou même littéraire. Dans une entrevue menée par Quentin Poupon, étudiant à l’Université Concordia, M. Paquin décrit quelques contraintes du doublage et explique la préférence de l’industrie québécoise du doublage pour le français international.

Français international, dites-vous? Eh oui, c’est la forme de langue privilégiée pour le doublage au Québec. Valérie Florentin a constaté que les DVD de certaines séries télévisées américaines contiennent parfois deux pistes de sous-titres, « French » et « Canadian French ». Dans son article, qui résume un pan de sa thèse de doctorat, elle compare les deux traductions sur le plan de la syntaxe, du lexique et du traitement des références culturelles.

Alors qu’il faut avoir une formation spécialisée pour faire de l’adaptation et être comédien membre de l’Union des artistes pour faire du doublage, le milieu du sous-titrage est plus ouvert. Quelques entreprises à Montréal offrent des services de sous-titrage interlinguistique et de sous-titrage pour malentendants. Jean-Philippe Thériault s’est entretenu avec deux professionnelles du domaine et a constaté que le service a pris de l’expansion.

Le sous-titrage pour malentendants et la vidéodescription, qui s’adresse aux personnes aveugles ou malvoyantes, sont les principales techniques d’accessibilité aux médias. Elles se sont d’abord développées en anglais, aux États-Unis. La vidéodescription en français a tardé à prendre sa place au Canada. Toutefois, depuis décembre 2014, les francophones ont accès à une chaîne de télévision qui diffuse tout son contenu avec vidéodescription et sous-titrage codé. Louisane Leblanc en a rencontré la vice-présidente.

Autre secteur de la traduction audiovisuelle en pleine expansion : la traduction de vidéos d’entreprises conçues pour le web. Pour mettre en perspective la situation du Québec, nous avons demandé à une traductrice belge de nous parler de son expérience. Profitant de l’engouement pour les images en mouvement sur le web (vidéos institutionnels et de formation, YouTube, etc.), Susanne Verberk se consacre depuis 2007 à la traduction pour le milieu de l’audiovisuel.

Nous espérons que ce dossier vous ouvrira les yeux sur ce milieu fascinant et sur la pratique, en anglais certes, mais le plus souvent en français au Québec, de la traduction audiovisuelle.

Pour plus d’information :

Lacasse, Germain, Hubert Sabino and Gwenn Scheppler. 2013. « Le doublage cinématographique et vidéoludique au Québec : théorie et histoire ». Décadrages. 23-24 (Printemps 2013), 28-51.

Lapierre, Solange. « Dossier : Le doublage, art de l’illusion ». Circuit 107 (printemps 2010), pp. 5-17.

Larochelle, Samuel. « Dans les coulisses de la traduction audiovisuelle ». Dossier Industrie de la traduction. La Presse, 22 septembre 2015. 

York, Christine. « Teaching Subtitling: A Matter of Constraints and Conventions ». Circuit 119 (printemps 2013), p. 19.


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