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Productivité et conditions de travail

Pierre Cloutier, trad. a.

Productivité et conditions de travail tiennent à l’essence même de notre métier, à la trame de notre quotidien. Mille cinq cents à deux mille mots traduits par jour, cinq mille révisés. Page noircie, point à la ligne? C’est la règle du jeu dans cette course contre la montre où le ratio entre intrants et extrants doit se révéler positif, où la traduction doit être un centre de profit et non un centre de coût si elle veut être entendue, appréciée, avoir voix au chapitre.

Par ailleurs, au-delà de la nécessité économique, un gestionnaire avisé saura valoriser la fonction en responsabilisant les membres de l’équipe, en multipliant les possibilités de formation et d’information, en stimulant le dynamisme de ses collaborateurs par la reconnaissance, monétaire et non monétaire. Il se positionnera auprès de l’échelon supérieur en soulignant le risque couru par l’entreprise ou par ses clients externes si la traduction n’est pas à la hauteur. Il apprendra aussi à parler argent et rentabilité. Car exécutants minutieux et solitaires par nature, nous devons apprendre à parler la langue de nos clients, la langue de la gestion, pour nous faire entendre et tenir notre rang dans l’entreprise.  

La traduction est-elle offerte à son juste prix, ou la présence de grandes agences internationales, la volonté de certains des principaux donneur d’ouvrage de réduire les tarifs au plus bas coupent-elles l’herbe sous le pied d’une profession dont les membres pourraient légitimement souhaiter une rémunération horaire et annuelle à la hauteur? La question se pose, tandis que les plus récents sondages notent un fléchissement des rémunérations.

Autre problématique de l’heure, l’automatisation. Bien qu’elle facilite le traitement des textes à partir d’un certain taux de redondance des dossiers, elle se révèle à la fois coûteuse à l’achat initial, chronophage, complexe, génératrice de fatigue industrielle… et de tarifs dits dégressifs. Elle fragmente et complexifie l’intervention du traducteur qui pourra dans un proche avenir assumer les fonctions de postéditeur. Dans un proche avenir, nous serons appelés à bien distinguer entre les tâches pouvant être assurées au mieux par un traitement machine et celles qui sont spécifiques, de fait exclusives, à l’esprit humain puisqu’elles mettent en œuvre les ressources intangibles mais créatrices de valeur ajoutée de ce qu’il est convenu d’appeler une culture générale ou une culture d’entreprise.     

Bonne lecture.


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