TRD 3D

Eve Renaud, traductrice agréée

Je n’ai rien contre les progrès technologiques même s’il m’est arrivé d’en retarder un peu l’adoption. Ou d’en détourner légèrement la finalité moderniste. Je me réjouis, par exemple, de la taille de mon iotaPhone, assez petit pour se glisser dans ma poche, mais tout de même assez grand pour que je puisse y fixer des notocollants en guise d’aide-mémoire.

Auparavant, j’avais accueilli avec le même bonheur l’ordinateur avec DOS et disque doté de 20 vertigineux Mo de mémoire parce qu’il me dispensait de la lente opération de pagination « manuelle » d’un texte de 100 pages que réclamaient les AES et autres MICOM. En revanche, j’avoue avoir laissé un premier ordinateur doté de Windows intouché pendant une année, au sous-sol, tellement j’avais peur de retarder mon travail en ouvrant cette fenêtre sur l’avenir. Ensuite (et en suites), j’ai dûment acheté tous les ans les nouvelles versions de WordPerfect et de MS Word.

Dès que les deux logiciels se sont partagé les puces de mon ordinateur, j’ai eu l’impression d’être une promotrice de la World Wrestling Federation organisant un combat pervers entre MotParfait et Mme Word. Certains y verront l’exemplaire inclusivité de mon disque rigide (oui, oui, on a dit « rigide », naguère), mais d’autres ne manqueront pas d’évoquer un biais sexiste associant la perfection au masculin. Inquiétamment, le disque, si rigide fût-il (bien que futile, il n’ait jamais été), s’est soumis à la demande et a fait disparaître la perfection! Les traducteurs de moins de 20 ans (bon… 30. 40?) resteront de glace, n’ayant pas vécu le drame de cette disparition! Outre le symbolisme, je déplore qu’on ne puisse plus appuyer sur F3 comme nous le permettait ce bon vieux WordPerfect pour voir le moindre des codes de formatage d’un texte. N’insistez pas : MsWord a beau arborer le ruban bleu, le ¶ n’arrive pas à la cheville de l’F3 du rival.

Il y a un mois, par contre, j’ai cru avoir manqué une marche du progrès quand un quidam m’a suggéré de lui envoyer je ne sais plus quoi par fax. Diantre… Et puis je me suis rappelé ce machin qui avait l’air d’une imprimante mais sonnait comme un téléphone et pissait de la télécopie comme des rouleaux de papier peint. Mais voilà longtemps que je suis fax free! J’interprète en virtuose les compositions a-toner pour Skanner et Kouriel et je sais orchestrer des partitions en si bémol majeur pour numériseur et imprimante.

Justement, je viens de voir un reportage sur l’impression tridimensionnelle et j’ai compris immédiatement l’immense potentiel de la chose en traduction. On le sait : il n’y a pas d’antidote parfait aux parenthèses oubliées, aux doubles espaces et aux virus qui peuvent attaquer une phrase au point de la rendre boiteuse. Or, l’imprimante 3D permettrait de voir la moindre faille structurelle avant d’envoyer le fruit de votre travail au client. Quand vous êtes à peu près convaincu de la solidité de votre texte, lancez l’impression. À vous le choix des matériaux, entre le plastique, la cire, la céramique, le verre et le métal, voire le sucre d’orge et la guimauve.

Si le résultat ressemble à ceci  :

 

c’est sans doute que votre traduction est un peu hermétique.

Si vous obtenez ce résultat  :

Envoyez sans crainte au client! 

Voilà un outil qu’il me tarde d’ajouter à mon arsenal!