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Traduire les droits et responsabilités des citoyennes et des citoyens

La Charte montréalaise des droits et libertés est un exemple probant de communication juridique, dans le sens qu’elle traduit dans un langage semi-spécialisé, clair et abordable des concepts auxquels les citoyens sont confrontés tous les jours dans leurs efforts de mieux vivre ensemble. C’est ainsi que Giuliana Garzone, professeure titulaire de traduction à l'Université IULM de Milan, décrit ce document. Lors d’une récente conférence à l’Université McGill, la professeure Garzone a notamment évoqué le rôle crucial joué par les jurilinguistes dans la traduction et la codification des droits. Elle s’exprimait en toute connaissance de cause puisqu’elle a traduit la Charte vers l’italien, en collaboration avec la professeure Paola Catenaccio de l’Université de Milan et le professeur Davide Mazzi de l’Université de Modène1.

Reconnue comme une force dynamique en Italie pour la promotion de la compréhension interculturelle et de la diversité linguistique, la professeure Garzone soutient que dans des contextes multilingues, comme Montréal, l'acte de traduire en soi a une signification politique. En effet, la décision même de traduire la Charte en plusieurs langues témoigne d’un l'esprit d'inclusion et d'ouverture de la part de l’administration publique. Le droit à la ville, la protection des droits des citoyens et la définition de leurs responsabilités constituent la trame de fond de cette Charte.

Nonobstant sa spécificité, la Charte montréalaise reflète le caractère universel de la politique de diversité linguistique et culturelle de l’UNESCO. C’est pour cela que la professeure Garzone estime qu’elle peut servir de modèle pour d’autres villes dont le cosmopolitisme se compare à celui de Montréal. Mais sa particularité se décline autour de certaines notions fondamentales telles que la solidarité citoyenne, le respect des identités sexuelles, le développement durable, la transparence administrative, l’ouverture à la diversité et la valorisation de celle-ci.

Traductrice qu’elle est, la professeure Garzone insiste sur l’importance des mots et en particulier de ce qu’elle appelle les politèmes récurrents dans le texte, c’est-à-dire les mots à caractère politique qui provoquent le débat. Parmi ces mots, on peut compter le vocable de « citoyen » que la Charte utilise dans le sens de citoyen de proximité; ainsi peut-on dire que toutes celles et tous ceux qui habitent le territoire sont en droit de jouir pleinement de leurs droits et se doivent d’assumer leurs responsabilités dans cet espace partagé. Par ailleurs, le style de rédaction tant en français qu’en italien donne la préséance aux citoyennes, si bien que plusieurs articles commencent par « Le cittadine e i cittadini … » Malgré que ce soit une entorse à la grammaire traditionnelle de l’italien, la volonté politique met l’accent sur les citoyennes en tout premier lieu.

Adapter les concepts à la réalité

Mais qu’est-ce qu’un citoyen? Selon la professeure Garzone, en droit international on distingue normalement les citoyens – au sens strict du terme – des résidents. Toutefois, sous l’effet de la migration et des vagues d’immigration, plusieurs personnes qui ne jouissent pas de la nationalité résident sur un territoire. C’est pour cela que la Ville de Montréal a opté pour une définition plus large de la notion de citoyenneté de manière à assurer l’accès aux services, une mesure de protection normalement accordée aux seuls citoyens de droit, et une plus grande participation citoyenne à la vie urbaine. La notion de citoyenneté promue dans la Charte diffère donc de celle qui prévaut dans les textes de l’UNESCO; dès lors, le citoyen montréalais est en fait un citoyen de proximité. C’est ainsi qu’il faut lire, comprendre, et traduire ce concept même si la définition s’éloigne des normes terminologiques. La traduction se doit de respecter la réalité sur le terrain.

Par ailleurs, la Charte propose une nouvelle notion, celle de droit d’initiative – « il diritto d’iniziativa » en italien – de manière à encourager les citoyens à contribuer au développement de la Ville.

La professeure Garzone insiste donc sur l’importance pour les langagiers de bien saisir les concepts novateurs lorsqu’il s’agit de les encoder dans un texte juridique semi-spécialisé.

James Archibald
Université McGill


1. Carta montrealese dei diritti e delle responsabilità. Con il coordinamento di James Archibald,
dell’Unità di formazione in traduzione, Università McGill, la versione in lingua italiana della Carta montrealese dei diritti e delle responsabilità è stata cortesemente realizzata da: Giuliana Garzone, Paola Catenaccio, Dipartimento di Scienze della Mediazione Linguistica e di Studi Interculturali, Università degli Studi di Milano e  Davide Mazzi, Dipartimento di Studi Linguistici e Culturali, Università degli Studi di Modena e Reggio Emilia.

http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/charte_mtl_fr/media/documents/charte_montrealaise_italien.pdf


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