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Myriadisation : pour un néologisme aussi joli qu’efficace

Terme déjà utilisé en France, myriadisation pourrait devenir une traduction efficace de crowdsourcing. Pour bien nommer ce phénomène en croissance exponentielle, il serait intéressant de populariser un vocable qui cadre bien dans l’esprit de la langue française.

par Caroline Mangerel, traductrice agréée

Aussi joli qu’efficace, le terme myriadisation provient bien entendu de l’idée de myriade, comme lorsqu’une foule nombreuse se met ensemble pour effectuer une tâche, notamment une traduction. Ce n’est pas tous les jours qu’un néologisme séduit par sa forme! Depuis pourriel, on a vu peu de créations lexicales ravir tant le sens de l’esthétique que celui du professionnalisme.

Origines

Le mot est proposé en 2011 par Gilles Adda1 puis repris par sa collègue Karën Fort dans ses publications subséquentes2. Il désigne un travail « délocalisé (outsourced) et effectué par un grand nombre de personnes (crowd), payées ou non». D’abord utilisé uniquement par des chercheurs français dans les domaines du traitement automatique des langues, de la sociologie du travail et de la ludification, par le CNRS français et plusieurs laboratoires de linguistique, myriadisation a été repris récemment par Slate.fr (juillet 2016) et Forbes France (juin 2017).

Usage et limitations

La reconnaissance officielle du terme traîne néanmoins de la patte. Il est indiqué comme traduction de crowdsourcing dans le lexique en ligne Lingalog.net et repris dans Wikipédia, dans l’article intitulé « Amazon Mechanical Turk » (sur le logiciel de micro-travail). Il reste que myriadisation est presque toujours suivi de crowdsourcing entre parenthèses, quand ce n’est pas le contraire. Le mot n’est pas encore employé à grande échelle : on lui préfère généralement des termes comme externalisation ouverte ou production participative (favorisés notamment par l’OQLF et les bases terminologiques de l’ONU et de l’Union européenne) ou encore externalisation active. Aucune trace non plus de myriadisation dans le Dictionnaire analytique de la mondialisation et du travail (DAMT) basé à l’Université de Montréal, qui est pourtant au premier plan de ce genre de terminologie.

Au cours des années à venir, nous aurons à traduire et à décliner de plus en plus la notion de crowdsourcing, et ce, dans un grand éventail de domaines. N’est-il pas tentant de s’écarter la langue de bois tortueuse de l’externalisation ouverte, d’abandonner le fruste emprunt du crowdsourcing, pour s’élancer plutôt dans l’onde limpide de la myriadisation? Choisissons un terme imagé, harmonieux et d’un seul tenant, élaboré sur une étymologie bien imbriquée dans la langue française. Tous et toutes ensemble pour la myriadisation!

1Dans G. Adda, K. Fort, B. Lang, J. Mariani, B. Sagot, « Un turc mécanique pour les ressources linguistiques : critique de la myriadisation du travail parcellisé », juillet 2011. L’article propose d’emblée : « Nous néologiserons crowdsourcing en ‘myriadisation’ » (p. 1).
2Voir par exemple K. Fort, « Experts ou (foule de) non-experts ? la question de l’expertise des annotateurs vue de la myriadisation (crowdsourcing) », Corela : Cognition, représentation, langage, vol. 15, no HS-21, 2017, p. 1-14.
3Adda et coll., p. 1.


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