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Attestation lointaine du mot « terminologue »

Par Alain Otis, traducteur agréé (ATIO, CTINB)

D’où vient le mot « terminologue »? Selon le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey (t. III, p. 3797), ce mot est apparu d’abord au Québec, vers 1960.

Après de patientes recherches – non, en fait, cette découverte est le fruit d’un pur hasard –, l'auteur de ces lignes croit pouvoir dire que le mot vient bel et bien du Québec, mais qu’il est apparu quatre-vingts ans plus tôt, comme en fait foi l’extrait ci-dessous, tiré d'un texte de l'écrivain, avocat et sénateur acadien Pascal Poirier dans l'hebdomadaire montréalais L’Opinion publique du 18 mars 1880, p. 2 :

… L’un des correspondants de la Patrie, dans un mouvement de passion politique – facit indignatio versum – a mieux fait. Il a attaqué la phrase. C’est là qu’il faut chercher la racine du mal. Tant que nous ne connaîtrons pas l’emploi du que relatif, la place que doit occuper une incidente, tant que nous ne saurons pas ciseler une phrase et lui donner cette coupe, cette forme française que nous admirons chez les maîtres, à quoi nous sert d’être farcis de terminologie? Apprenons d’abord notre langue, et nous deviendrons terminologues par surcroît.

Pascal Poirier aurait-il « inventé » le mot « terminologue »? C’est possible. En tout cas, il le met en italiques. Quelqu’un d’autre aurait pu y penser, la dérivation étant tout de même logique. Le terme peut bien se trouver enfoui dans les pages d’une revue oubliée ou d’un journal depuis longtemps disparu. Un jour, un chercheur, après de patientes recherches … l’exhumera peut-être encore une fois et dira que « terminologue » a été employé avant 1880. Sic transit gloria mundi « Ainsi passe la gloire du monde ». Cela vaut aussi pour les mots.

Pascal Poirier (Shediac, 1852; Ottawa, 1933) a fait ses études classiques au Collège Saint-Joseph, à Memramcook (N.-B.). En 1872, il est nommé « maître de postes » de la Chambre des communes par sir John A. Macdonald. Il fait des études de droit et est admis aux barreaux du Québec et du Nouveau-Brunswick. En 1885, il est nommé au Sénat et y siège jusqu’à sa mort, en 1933, ce qui en fait le sénateur aux plus longs états de service. Membre de la Société royale du Canada (1899), chevalier de la Légion d’honneur (1902), il a publié, entre autres, Glossaire acadien (1927) et Le parler franco-acadien et ses origines (1928), ouvrages dans lesquels il n’a pas cru bon d’inclure « terminologue ». Dommage.

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Pascal Poirier, en 1892

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