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Traduire, c’est s’affranchir un peu

Les traducteurs, sous la pression d’une charge de travail démesurée et de délais irréalistes, finissent par recourir à des solutions préfabriquées et passe-partout dont ils abusent parfois. Mais François Lavallée veille au grain. Son dernier livre les invite à sortir de leurs « ornières », de ces traductions quasi automatiques qui débouchent sur des résultats s’approchant de ceux des machines. C’est en effet dans la capacité de ces langagiers de traduire comme des humains (pour des humains) que réside leur avantage concurrentiel.

Par Isabelle Veilleux, traductrice agréée

Lavallée, François. Le traducteur encore plus averti, Linguatech, 312 pages.

Se faire remettre en question donne toujours un petit pincement au cœur. Heureusement, François Lavallée ne nous fait pas la leçon : il expose le fruit de ses réflexions et donne moult possibilités d’amélioration. Même lorsqu’il dit qu’un résultat « ne brille ni par l’élégance ni par la clarté », il le fait en restant lui-même élégant et, le plus souvent, on ne peut que se rendre à ses arguments. Mentionnons notamment l’article sur « review », qui présente un grand nombre de solutions idiomatiques dans leur contexte pour donner un petit congé à « examiner », et celui sur « tip », qui offre également de bons conseils. L’auteur nous amène avant tout à nous poser les bonnes questions, par exemple dans les articles sur « afin/pour » et sur « beaucoup/plusieurs ». 

Des exemples fouillés

Malgré le ton parfois léger de l’ouvrage, il est le fruit de recherches approfondies. On remarquera ainsi que l’auteur ne se contente pas de reprendre des expressions consignées dans divers dictionnaires; il compare par exemple la fréquence d’utilisation de « aux fins de » et « à des fins » dans le corps des articles du Petit Robert pour constater que le dictionnaire, sans consacrer ces expressions à l’article « fin », les utilise abondamment dans d’autres entrées.

Allant au-delà du ressassé et du réchauffé, au-delà de ces interdits et de ces consignes parcellaires dont on nous rebat les oreilles depuis l’université, l’auteur fouille, creuse, cherche le sens réel des mots ou des expressions et détruit mine de rien quelques mythes tenaces. Il va jusqu’à réhabiliter quelques brebis galeuses, comme « spécifique » ou « information », que certains évitent systématiquement à tort. Mais surtout, François Lavallée nous incite à découvrir le message que véhicule le texte, sans a priori, avant d’en entamer la traduction.

Une quête sans fin

L’ouvrage cherche à faire de nous des traductrices et des traducteurs qui réfléchissent toujours plus, ses pages se lisant comme autant d’invitations à creuser encore plus profondément chaque question. Même les professionnels expérimentés y trouveront leur compte, car la recherche du mot juste et de la traduction fidèle ne finira jamais. Au fait, à quand la parution du Traducteur toujours plus averti?


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