Évolution de la terminologie comptable à l’ère
de l’internationalisation

Dans le contexte de la mondialisation des marchés financiers, la nécessité d’élaborer et d’appliquer un ensemble unique de normes comptables de grande qualité favorisant la transparence de l’information financière s’est accrue et a contribué à l’adoption de nouvelles normes comptables internationales.

Par Danielle Assaad, trad. a.

Le 1er janvier 2011, le Canada a adopté, à l’instar de plus de 120 pays depuis 2005, les Normes internationales d’information financière (« normes IFRS », pour International Financial Reporting Standards). Ces normes énoncent les principes servant à la préparation des états financiers des entités ayant une obligation d’information du public. D’autres catégories d'entités peuvent, au choix, appliquer les normes IFRS ou bien un des différents ensembles de normes comptables canadiennes s’appliquant à leur cas.

L’adoption des normes IFRS a eu des répercussions sur la langue comptable en usage au Canada, puisque leur terminologie s’écarte parfois de façon marquée de celle employée dans la version française des normes comptables canadiennes. Il y a donc désormais deux terminologies comptables en usage au Canada : la terminologie internationale et la terminologie canadienne. Les deux étant normalisées, elles doivent être utilisées en fonction de l’ensemble de normes comptables que les entités sont tenues ou ont le choix d’appliquer.

Évolution des normes comptables canadiennes

Jusqu’en 2005, certains concepts abordés dans les normes comptables canadiennes étaient harmonisés en partie avec les normes IFRS et avec les principes comptables généralement reconnus (PCGR) aux États-Unis, soit les normes comptables élaborées par le Financial Accounting Standards Board (FASB), lesquelles constituent l’autre grand ensemble de normes comptables d’envergure internationale. Cependant, depuis 2006, année où le Conseil des normes comptables du Canada a décidé d’adopter les normes IFRS – qui entreraient en vigueur le 1er janvier 2011 –, certains concepts traités dans les normes comptables canadiennes sont désormais harmonisés uniquement avec les normes IFRS. Ainsi, plusieurs termes et expressions en usage depuis longtemps dans les normes comptables canadiennes ont été remplacés ces dernières années par une terminologie plus internationale. À titre d’exemple, mentionnons la notion de net income, auparavant rendue par « bénéfice net » et désormais rendue par « résultat net ».

Les normes IFRS

Les normes IFRS sont élaborées en anglais par l’International Accounting Standards Board (IASB), organisme privé international de normalisation comptable établi à Londres. La traduction française des normes IFRS a d’abord été réalisée en Europe. Cependant, depuis juillet 2009, ces normes et leurs mises à jour sont traduites en français par les Services linguistiques de CPA Canada, mandat qui leur a été confié par l’IASB. Cette version a force exécutoire au même titre que la version anglaise, et elle doit être appliquée par l’ensemble des pays francophones ayant adopté les normes IFRS.

Forts de ce mandat, les Services linguistiques de CPA Canada peuvent exercer une certaine influence sur le choix de la terminologie et ont réussi à faire apporter plusieurs modifications terminologiques à la version française des normes IFRS. Toutefois, l’internationalisation des normes les a contraints à tenir compte de certains choix terminologiques faits par les traducteurs européens dans les versions précédentes ainsi que du contexte européen. Ils ont dû s’adapter à une terminologie qui s’écartait souvent de l’usage canadien, et même de l’usage européen francophone avant l’internationalisation. Pensons notamment à des termes comme « actifs courants », « actifs non courants », « état de la situation financière », « état du résultat net et des autres éléments du résultat global », « goodwill », « produits des activités ordinaires », « résultat global total », ou encore « tableau des flux de trésorerie ».

Virage mondialisant

La terminologie comptable internationale et la nouvelle terminologie comptable canadienne « internationalisée » s’inscrivent dans le virage mondialisant amorcé ces dernières années dans plusieurs autres domaines. Les traducteurs des normes IFRS et des normes comptables canadiennes ont dû faire des choix qui peuvent paraître étonnants, mais qui étaient nécessaires pour tenir compte de la nouvelle réalité internationale avec laquelle les utilisateurs francophones de ces normes doivent désormais composer.

Danielle Assaad se spécialise dans la révision de documents normatifs en comptabilité et en certification. Elle prépare actuellement un mémoire de maîtrise en traductologie sur les normes IFRS.