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La grande inconnue

Par Philippe Caignon, terminologue agréé et traducteur agréé

Dans notre société, rares sont les personnes qui savent vraiment ce qu’est la terminologie. Il y a environ une décennie, par exemple, un ami de la famille m’a posé la question suivante : « qu’enseignes-tu à l’université ? » J’ai répondu « la terminologie ». La réaction immédiate de mon interlocuteur m’a plutôt surpris : « La science des terminators ? » Si ma conscience professionnelle de langagier et d’enseignant n’avait pas dominé mon état d’esprit, j’aurais probablement acquiescé… en esquissant un petit sourire en coin « diabolique ».

Un terme polysémique

En fait, « terminologie » est un mot de la langue générale, mais on ne le lie pas d’emblée à une discipline ou à une profession. Pour la plupart des gens, il évoque un vocabulaire spécifique. C’est d’ailleurs la première acception qui figure dans l’entrée du Petit Robert informatisé 2017 : « Vocabulaire particulier utilisé dans un domaine de la connaissance ou un domaine professionnel. » Bien entendu, le second sens décrit davantage un exercice intellectuel utilisable par des professionnels de la langue : « Étude systématique des “termes” ou mots et syntagmes spéciaux servant à dénommer classes d'objets et concepts », mais là encore, on ne fait pas état de la discipline. On reste aux premiers niveaux sémantiques sans approfondir toute la signification réelle du mot.

Il faut mentionner qu’un dictionnaire de langue générale reflète l’usage commun des locuteurs d’une langue naturelle, pas l’usage lexical pointu des spécialistes de cette langue. Il a surtout une fonction informative utilitaire, sa fonction didactique sociale reste secondaire. De plus, il se heurte à des impératifs économiques de formatage incontournable : nombre de pages stable d’une année à l’autre, par exemple.

Une absence aux répercussions importantes

En conséquence, le concept de terminologie comme discipline, voire comme profession, n’existe ni dans les dictionnaires de langue générale, ni dans la langue générale elle-même. De fait, si le grand public ne connaît pas l’existence de la terminologie en tant que domaine, les donneurs d’ouvrage non langagiers, qui utilisent la même langue générale et les mêmes dictionnaires que le grand public ne seront pas portés à employer des professionnels dont ils ignorent l’existence.

Il s’agit d’un problème de taille qui affecte non seulement les employeurs, mais aussi les étudiantes et les étudiants de tous âges qui ne savent pas que la terminologie est une profession. Dès lors, presque aucune collégienne et aucun collégien ne se dirige vers les programmes de traduction universitaires pour suivre des études en terminologie. L’offre et la demande en souffrent toutes deux et sont prises dans un « cercle vicieux » qui nuit grandement à la profession.

Une profession d’avenir

Pourtant, la terminologie a de l’avenir! Elle s’inscrit en effet dans l’économie de la connaissance, économie fondamentale du XXIe siècle qui ouvre vraisemblablement une nouvelle ère de la grande économie mondiale et dont tous les pays, dont le Canada, font activement la promotion.

Il faut dire que les terminologues participent à la gestion du savoir. Ils transforment l’information de masse brute en connaissance repérable, analysable et exploitable par tous, même par les algorithmes informatiques. En outre, ils sont les porte-étendards de la démocratisation du savoir en diffusant les résultats de leurs travaux dans des dictionnaires spécialisés, des lexiques simplifiés, des vocabulaires explicités et des bases de données gratuites, comme Termium et Le grand dictionnaire terminologique (GDT).

Une profession en besoin de promotion

Au Canada et au Québec, la profession de terminologue jouit d’un privilège unique. Au niveau fédéral, par exemple, elle est représentée par les membres du Conseil canadien des normes qui font rayonner avec brio le savoir-faire canadien à l’ISO (Organisation internationale de standardisation) au sein du comité technique 37 (ISO/TC 37 – Terminologie et autres ressources langagières et ressources de contenu). Au niveau provincial, elle est encadrée par un ordre professionnel, l’OTTIAQ, qui a créé un comité de la terminologie dont le rôle consiste à publier des normes professionnelles solides et à promouvoir la terminologie.

C’est justement dans le cadre d’une stratégie de promotion soutenue que le présent numéro de Circuit a été conçu et produit. Piloté par Nycole Bélanger, qui s’est entourée de collaboratrices et de collaborateurs brillants, ce numéro nous fait découvrir la réalité professionnelle des terminologues en exercice ainsi que les programmes et cours universitaires suivis par des terminologues en devenir. Nous pouvons êtes fiers et nous sentir privilégiés d’être guidés par des professionnels qualifiés qui sont au fait des dernières connaissances en terminologie.

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Professionnalisme et délais d’exécution d’un travail

Comme traducteurs professionnels, nous avons à cœur les exigences de nos clients et déployons tous les efforts voulus pour les respecter. Les tâches conseils, qui semblent une nouvelle découverte alors qu'elles existent depuis bien longtemps, permettent au traducteur de suggérer aux clients des moyens de mieux faire le travail. Et il arrive que mieux faire son travail nécessite un peu plus de temps. Quel que soit le texte à traduire, celui-ci nécessite un minimum de temps non compressible. S'il faut demander plus de temps pour l'exécution d'un travail, il faut pouvoir le justifier rigoureusement et bien faire comprendre au client qu'il y va de son intérêt. On aura compris que les reports de délai de « confort » sont exclus de cette démarche. Un délai ferme mentionné lors de la conclusion d'un contrat avec un client demeure ferme, à moins de conditions indépendantes de la volonté du traducteur, et il ne doit pas être renégocié. En acceptant le travail, on accepte cette contrainte. Même avec les meilleurs arguments, le traducteur ne réussira pas toujours à obtenir un sursis qu'il juge indispensable à la bonne exécution de son travail. C'est l'expérience, l'attitude professionnelle et le jugement qui dictent au traducteur quand faire preuve d'autorité professionnelle au sujet de la renégociation d'un délai.

André Senécal, traducteur agréé

Merci !

Merci à Philippe Caignon pour son édito dithyrambique à mon égard. J'avoue qu'il a réussi à me tirer une larme ! Mais en toute honnêteté, Circuit était un magazine de qualité avant que j'arrive et il le restera après mon départ grâce à toutes les personnes formidables qui y contribuent. J'apprécie le compliment évidemment, mais je tiens à le partager avec tous mes prédécesseurs et tous les collaborateurs que j'y ai croisés. Ce ne serait pas juste sans cela. Merci à Circuit aussi pour ce qu'il m'a apporté de défis et de plaisirs et longue vie à notre magazine !

Betty Cohen, trad. a.


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Dans notre société, rares sont les personnes qui savent vraiment ce qu’est la terminologie. Il y a environ une décennie, par exemple, un ami de la famille m’a posé la question suivante : « qu’enseignes-tu à l’université ? ». J’ai répondu « la terminologie ». La réaction immédiate de mon interlocuteur m’a plutôt surpris : « La science des terminators ? » Si ma conscience professionnelle de langagier et d’enseignant n’avait pas dominé mon état d’esprit, j’aurais probablement acquiescé… en esquissant un petit sourire en coin « diabolique ».


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