Imprimer
Partage :

La réserve d’actes, une meilleure protection

Tous les traducteurs ne sont pas égaux et toutes les traductions non plus. C’est à partir de ce constat que le comité sur la réserve d’actes s’est mis au travail… pour faire valoir à l’Office des professions du Québec que certaines traductions devraient être réservées à certains traducteurs.


Voilà plus de vingt ans que le gouvernement du Québec a reconnu que l’acte de traduction de textes, paroles ou termes1 pouvait engendrer des risques pour le public et devait par conséquent être encadré. C’est ainsi que fut fondé l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec. À ce titre, l’Ordre est soumis à la même réglementation que les autres ordres du Québec, et ses membres aux mêmes obligations. Le traducteur agréé fait donc partie d’une catégorie de traducteurs distincte, une catégorie de professionnels qui ont reconnu la nécessité de protéger le public – donc leur responsabilité vis-à-vis de celui-ci – et qui ont par conséquent accepté de se plier à certaines exigences afin de démontrer ce sens de la responsabilité et ce professionnalisme.

Cependant, l’OTTIAQ étant un ordre à titre réservé, ces mêmes traducteurs professionnels sont en concurrence avec d’autres traducteurs qui offrent leurs prestations aux mêmes clients sans avoir pris la peine de faire la preuve de leur formation, de leurs compétences, ni de la simple reconnaissance de leur responsabilité vis-à-vis de leur clientèle. Il existe donc, sur le marché, deux types de traducteurs : ceux qui ont reconnu leur responsabilité en portant le titre de traducteur agréé, et ceux qui, pour des raisons qui leur appartiennent, ont choisi de ne pas le faire. À cet égard, l’OTTIAQ est logé à la même enseigne que tous les autres ordres à titre réservé. Il ne peut encadrer que ceux qui trouvent un intérêt à cet encadrement.

Parallèlement, le même gouvernement du Québec exige une certification des traductions de documents officiels comme les actes de naissance. Parallèlement aussi, les membres des autres ordres doivent répondre à des exigences exhaustives dans l’exercice de leurs fonctions, notamment dans la rédaction des documents inhérents à leurs travaux. Les comptables professionnels agréés, par exemple, produisent des documents dont le contenu, la terminologie et la phraséologie sont normés. Il en est de même pour les avocats, les notaires, etc.

Logiquement, donc, la traduction de ces documents devrait être soumise aux mêmes normes et aux mêmes exigences. Or, il n’en est rien. Le marché de la traduction de ces documents est ouvert aussi bien aux traducteurs agréés qu’à n’importe quel autre prestataire de services de traduction. Il en résulte que le public client des membres des autres professions, s’il est largement protégé tant qu’il travaille dans la même langue que le professionnel qui le sert, ne l’est absolument pas dès lors qu’un acte de traduction entre en jeu.

La réserve d’actes

L’une des solutions au problème consiste évidemment à accroître la notoriété de l’OTTIAQ et de ses membres, ce à quoi l’Ordre s’emploie. Néanmoins, une campagne de communications, si efficace soit-elle, ne garantira pas une protection complète du public. C’est pourquoi l’Ordre a décidé, à l’instar d’autres ordres à titre réservé avant lui, de demander une réserve d’actes. Qu’est-ce qu’une réserve d’actes ? C’est la mise en place d’une réglementation par laquelle certains actes professionnels sont réservés aux seuls membres d’un ordre professionnel. En l’occurrence, l’objectif serait que seuls les traducteurs agréés soient appelés à intervenir sur certains types de documents jugés importants pour la protection du public.

Ainsi, toutes les traductions n’étant pas égales et les traducteurs non plus, le public sera mieux protégé si les traductions susceptibles d’engendrer des dommages physiques, moraux ou financiers graves sont certifiées par des professionnels soumis aux mêmes règles que leurs pairs dans d’autres domaines.

Mais la route est longue…

Une demande de réserve d’actes ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut tout d’abord redéfinir les trois professions de l’Ordre séparément, définir pour chacune d’elles les actes pouvant être gravement préjudiciables en cas d’erreur, rédiger l’argumentaire, consulter les autres ordres et suivre toutes les démarches nécessaires. Le moment est propice dans la mesure où l’Office des professions a entrepris, il y a quelques années, la révision des champs d’exercice des professions afin de les clarifier et de les préciser. Il y a donc une ouverture.

Le comité sur la réserve d’actes s’est donc mis au travail dès le printemps dernier et une partie de ses travaux sera bientôt soumise au Conseil d’administration de l’Ordre. Pour le moment, l’effort porte sur les actes réservés aux traducteurs, car ils constituent la majeure partie des membres. Suivront les interprètes et les terminologues, bien sûr.

Et comme pour toute démarche d’une telle envergure auprès du gouvernement, le chemin sera probablement long et semé d’embûches. Mais n’oublions pas que patience et longueur de temps…

1. Code des professions du Québec


Partage :